Elle est effectivement montée, Marina. Mais l'église toute proche avait déjà sonné 19 heures depuis de longues minutes quand elle est arrivée et elle était seule. Elle semblait préoccupée. Elle s'est approchée de l'estrade et s'est tournée vers les quinze visages qui ne la quittaient pas des yeux.
- Chers amis, bonsoir. (Elle fit une pause en prenant le temps de regarder chacun des membres de l'assemblée). Nous avons un problème. Le modèle qui devait venir poser ce soir nous a appelés il y a quelques minutes. Malheureusement, elle ne pourra pas venir.
Des murmures sont montés dans la salle qui, depuis l'entrée de Marina, était restée parfaitement silencieuse.
- Croyez bien que nous en sommes désolés. Si je ne suis pas venue vous le dire dès son appel, c'est que nous avons essayé de joindre un ou une remplaçante en appelant des modèles avec lesquels nous travaillons habituellement. Nous n'avons pu joindre personne. Je suis très contrariée de vous annoncer que nous devons annuler cette séance. Je vous donne donc rendez-vous à la même heure la semaine prochaine et je vous prie de bien vouloir nous pardonner cet impondérable. Bien évidemment, si vous souhaitez rester pour travailler un autre sujet, la salle est libre jusqu'à 21 heures.
Les murmures se sont transformés en grognements auxquels se sont ajoutés des bruits de chaises qu'on repousse. La plupart des artistes commençaient à ranger leurs affaires quand Christelle prit la parole :
- Attendez. Ne partez pas. Nous en avons un modèle. Roland peut poser pour nous. De toute façon, il m'attend. Il n'a rien à faire d'autre.
Adossé au mur du fond, j'ai eu envie de me retourner quand les regards se sont braqués sur moi.
- Mais, je n'ai jamais fait ça. Je ne saurai pas. Je ne sais même pas comment ça se passe...
Ma voix s'est cassée avant la fin de ma phrase et Christelle a repris :
- Ne fais pas le timide. Tu y arriveras très bien. On est entre amis. Tu verras, ça va bien se passer. Allez, Roland, un petit effort...
Ils ne l'ont pas dit, Marina non plus, mais tous ces regards dirigés vers moi reprenaient en chœur : " Allez, Roland... ". Je n'ai pas trouvé les mots pour
leur dire non. Quand j'ai haussé les épaules, un grand " Ah ! " est monté et ils se sont tous assis face à l'estrade.
(La suite demain)
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