ATTENTION ! ATTENTION ! CE TEXTE EST UNE PURE FICTION. PEUT-ETRE DE MAUVAIS GOUT, JE VOUS L ACCORDE. TOUTES MES EXCUSES A CEUX QUI SE SONT INQUIETES.
DES EXPLICATIONS ET DES EXCUSES PLUS CIRCONSTANCIEES SUIVENT BIENTOT.
Monsieur Ivy m'a demandé de mettre en ligne les textes suivants. Je les ai saisis sur mon propre ordinateur en respectant les différents
feuillets qu'ils m'a confiés ce matin à la fin de ma garde. J'ai passé l'après-midi à transcrire ses textes et j'espère avoir bien compris les indications qu'il m'a données.
Cordialement,
Sacha
Feuillet 1
Salut à tous,
Si vous lisez ces lignes, c'est que Sacha, le jeune interne qui s'occupe de moi, les a publiés pour moi ; je lui ai indiqué mes identifiants
pour qu'il le fasse.
Je voudrais sincèrement le remercier d'avoir accepté et je lui adresse toute ma gratitude.
Je lui ai confié mes notes ce vendredi 29 février et je ne sais pas quand il aura pu le mettre en ligne. Je ne peux pas le faire moi-même car
je suis hospitalisé et je ne dispose pas de mon ordinateur. De toute façon, je n'ai pas de connexion internet.
Je me doute que vous vous demandez où je suis passé depuis mon dernier article dans lequel je vous invitais à vous inscrire à ma newsletter.
J'ignore si vous y avez répondu mais je dois avouer que je ne suis pas très préoccupé par cet aspect. Pourtant, parce que depuis que je suis ici, je pense pas mal à vous, je me dis que je vous
dois quelques éclaircissements sur ma disparition.
Aussi, parce que je n'ai pas grand chose à faire et que je commence à reprendre un peu mes esprits, je vais essayer de vous raconter ce qui
m'est arrivé. Ca fera peut-être une bonne histoire dans les aventures de Roland...
A bientôt, j'espère
Roland
Feuillet 2
Tout commence mardi matin. Je suis obligé de me rendre dans la campagne profonde pour une visite professionnelle. Alors, de bonne heure, je
quitte la Rolanderie et ses autres occupants encore endormis après leur avoir préparé le petit déjeuner qu'il trouveront à leur réveil. Il fait encore nuit, il ne fait pas vraiment froid
mais il y a un peu de brouillard.
Je n'ai pas vraiment la pêche ce matin. La nuit n'a pas été bonne et j'avoue que la perspective des quelques 120 km de petites routes qui
m'attendent ne me mettent pas d'humeur joyeuse. Histoire de passer le temps, je mets le poste en route mais les infos du jour ne m'intéressent pas plus que ça alors, je pousse un CD dans le
lecteur. Simon and Garfunkel me chantent leurs douces mélodies tandis que je plonge dans les méandres tortueux de la route qui enfile les combes les unes après les autres.
Avec le brouillard et les sinuosités de la route, j'ai l'impression que les kilomètres n'avancent pas sur le compteur. Ca promet d'être
long...
Feuillet 3
J'ai à peine fait 40 km et j'en ai déjà assez. Je décide de faire une petite pause car les trois cafés et le jus d'orange que j'ai pris au
réveil ont déjà terminé leur petit voyage dans mon tube digestif.
Peu à peu, le jour a commencé à se lever. Le brouillard se fait moins dense. La nature s'éveille. Il y a un petit ruisseau qui coule dans le
fossé. Le plus dur de l'hiver est passé. Tant mieux, je ne goûte pas particulièrement cette période de l'année.
Je me sens très las ce matin. Non vraiment, je ne tiens pas la forme. Mes épaules sont lourdes, j'ai des raideurs dans la nuque. Et puis, le
brouillard m'oppresse un peu. J'ai beau essayer de me secouer, ça ne passe pas.
Un camion qui circule ne sens inverse me sort un peu de ma rêverie et je me dis qu'il faut reprendre la route si je veux arriver à l'heure à
mon rendez-vous. Je fouille dans les coffres qui sont sous les sièges à la recherche d'un autre CD, quelque chose d'un peu plus punchy. Je passe en revue Les Stones, Joe
Cocker, Zazie, Bénébar, Julien Doré (défense de rire). Finalement, je choisis Genesis en concert. En mettant le contact, je monte le volume et je
repars.
Feuillet 4
Tout le long du disque, j'ai fait 50 km. Les virages ont succédé aux virages, les montées aux descentes. J'ai traversé quelques villages où je
n'ai croisé personne. Je n'ai pas vu une voiture en marche. Si, je suis resté coincé derrière un tracteur pendant 3 km. Cette route n'en finit décidément pas. J'ai eu beau essayer de me réveiller
en gueulant avec Phil Collins. « I knoooow what I liiiiike and I liiiiike what I Knooooow... » Rien n'y a fait.
Tout en roulant, je tire les Clash du tiroir sous mon siège. Ils vont me filer un coup de fouet. Je l'espère, sinon je n'ai pas de
solution de rechange. Les riffs sauvages attaquent fort, les guitares saturées sont fidèles au rendez-vous et la batterie cogne comme jamais. La voix de Joe Strummer monte dans
l'habitacle en crachant toute sa haine des années Tatcher.
C'est quand ils ont attaqué London Calling que c'est arrivé. J'ai senti une violente douleur dans le bras gauche et immédiatement
dans la poitrine. Fort heureusement, j'ai pu garer la voiture sur le bas côté tout en encaissant le choc. J'ai coupé le contact en essayant de reprendre ma respiration. J'ai attrapé mon portable
que j'avais posé sur le tableau de bord.
- Merde. Pas de réseau...
J'ai ouvert la portière et j'ai mis longtemps à sortir de la voiture. Toujours personne en vue. Là-bas, à une centaine de mètres en remontant
sur la droite, il y a une maison nichée dans les sapins.
A plusieurs reprises au cours de ces quelques pas vers cette petite maison rouge avec des rideaux blancs aux fenêtres, la douleur m'a donné
des coups de poignard. Je suis tombé deux fois. J'ai repensé à mes grands qui vivent à Paris et que je n'ai revus depuis Noël. J'ai repensé aux petits et à leur mère que je n'ai pas embrassés ce
matin en partant. Je n'ai pas eu envie de crever. Alors, j'ai réussi à me relever.
Quand je suis arrivé à la maison, j'ai donné une claque sur la cloche qui était suspendue à côté de la porte. Une petite fille blonde avec des
couettes a ouvert. Et puis, plus rien...
Feuillet 5
J'ai eu de la chance... Quand j'ai repris mes esprits, j'étais dans le camion des pompiers qui filait à toute allure. Trois jeunes gars
s'activaient autour de moi. J'avais un masque sur le visage, et des électrodes étaient collées sur ma poitrine.
- Il revient !
- OK, je préviens l'hôpital...
J'ai appris plus tard que dans la maison, il y avait une dame qui connaissait les gestes de premiers secours. Quand la petite l'a appelée,
elle a immédiatement téléphoné au Samu. Elle m'a massé et fait du bouche à bouche pendant vingt minutes. Il faudra que je les retrouve toutes les deux...
Dans le camion, j'entendais la sirène et les pompiers qui criaient des phrases brèves, j'entendais les bips des appareils qui effectuaient des
mesures, j'étais comme dans un rêve. Par la fenêtre, au-dessus de la partie opaque, je voyais les arbres qui défilaient. Je ne sais pas pourquoi, à ce moment-là, j'ai eu la certitude que cette
fois ne serait pas la dernière. J'ai fermé les yeux et je me suis laissé aller.
De l'arrivée à l'hôpital, je ne me rappelle rien. Mais j'imagine bien la voiture qui s'engouffre dans les urgences, les médecins et les
brancardiers qui se précipitent, les pompiers qui donnent les dernières indications et le passage en salle d'intervention.
Feuillet 6
- Comment vous sentez-vous ?
- Bien, je suppose. Non, à vrai dire, j'ai mal à la poitrine, sur le dessus et sur le côté.
- Vous avez fait un infarctus. On vous a fait un massage cardiaque. Vous avez plusieurs côtes cassées. Ces douleurs sont tout à fait normales.
Je vais vous donner quelque chose.
- Merci.
On dirait un gamin. A le voir, je lui donne à peine plus de vingt ans. Ses cheveux bruns sont coupés en brosse et se redressent sur sa tête.
Il porte des petites lunettes rondes comme John Lennon. A travers, je vois ses yeux verts qui pétillent. Il a l'air fatigué. Lui non plus n'a pas dû dormir beaucoup.
- C'est la première fois que vous faîtes une attaque ?
- Oui.
- Y a-t-il des antécédents dans votre famille ?
- Mes deux grands-pères sont morts d'une crise cardiaque.
- Vous fumez ?
- J'ai arrêté depuis 5 ans.
- Sage décision. Vous avez quel âge ?
- 45 ans.
- Vous consommez des excitants, de l'alcool ?
- Pas mal de café.
- Combien ?
- Je ne sais pas... 8, 10, 12 par jour...
- Pfffffff... Est-ce que vous êtes stressé ?
- C'est à dire que j'ai une vie plutôt bien remplie. J'ai un travail assez prenant. Je consacre du temps à des activités militantes. Je ne
dors pas beaucoup parce je suis un faux calme qui cogite beaucoup et puis j'ai un blog sur lequel je poste des textes que j'écris. Et puis, j'ai deux petits dont je dois m'occuper car leur mère a
des horaires délirants...
- Ca va, j'ai compris. Il va falloir lever un peu le pied, Monsieur. La machine ne va tenir le coup trop longtemps à ce rythme-là. C'est quoi
ce blog ?
Au fur à mesure des questions, il remplit un questionnaire. Je suis étonné par tant de professionnalisme de sa part. Il ne semble pas hésiter
une seconde. Ses gestes sont précis, efficaces.
- Est-ce que ma femme est prévenue ?
- Votre portable a sonné, tout à l'heure. C'était elle. On lui a demandé de rappeler en fin d'après-midi.
- Il est quelle heure ?
- Un peu plus de 14h30.
- Vous vous appelez comment ?
- Sacha... Euh, Docteur Marsy. Je suis interne. Je suis chargé de m'occuper de vous. Ne vous inquiétez pas. Vous feriez mieux de vous reposer
un peu.
- Merci à vous, Docteur.
Feuillet 7
Bon. Je crois que vous savez à peu près tout. Je ne vous oublie pas. Je ne boude pas. Je suis seulement coincé à 100 bornes de chez moi et des
miens. Comme ma femme ne conduit pas et qu'elle est toute seule avec les gosses, je ne la verrai pas avant vendredi. Ses parents vont arriver, elle prendra un taxi. Tous me manquent terriblement,
je voudrais les serrer contre moi, leur dire une fois encore que je les aime.
Alors, j'ai demandé à Sacha de me donner du papier et je vous ai raconté mon aventure entre deux sommes. Comme il est très intéressé par mon
histoire de blog, je lui ai demandé de vous faire parvenir mon texte. Il m'a promis de le mettre en ligne à la fin de sa garde vendredi matin.
Très vite, je vous donnerai des nouvelles.
A +
Roland
Vous me l'avez écrit