Mardi 25 mars 2008

A Chris, qui saura bien pourquoi.


 

 

 

C'est arrivé d'un coup. Déjà depuis longtemps, j'avais ralenti le rythme, petit à petit, sans m'en rendre compte. Puis brusquement mes pas se sont arrêtés. Mon coeur et ma tête me disaient qu'il fallait continuer mais mes pieds refusaient de bouger. J'étais planté au beau milieu du chemin, les épaules tombantes et le regard vague.


Alors, j'ai laissé glisser au sol mon sac à dos qui semblait peser des tonnes. Pourtant, je ne me suis pas senti plus léger. Je me suis posé sur une pierre et j'ai contemplé la route.


A gauche, là d'où je venais, il y avait tous les souvenirs de ce que j'avais déjà parcourus, de tous ces gens que j'avais croisés, aimés et haïs. Parfois, ça avait été de grands moments, parfois de sinistres rencontres. Parfois, ça avait été merveilleux, parfois sordide. Parfois... Déjà tout ce chemin parcouru avec ses joies et ses peines. Déjà...


En regardant vers la droite, je savais que le chemin continuait, du moins je savais qu'il y avait encore un chemin jusqu'au prochain virage. Au-delà de ce virage, je ne voyais rien. De toute façon, on ne sait jamais ce qu'il y a après le prochain virage. Peut-être la rencontre de ma vie m'attendait-elle là-bas. Peut-être tout simplement la faucheuse... Chacun doit poursuivre sa route, rien n'est jamais écrit et on ne sait rien de ce qu'on va trouver au prochain carrefour.


Seulement, à cet instant précis, je n'avais aucune envie de me mettre à nouveau debout pour poursuivre. Il s'est mis à pleuvoir à grosses gouttes. Elles tombaient sur moi et sur mon sac resté en plein milieu. Une flaque s'est formée autour de cette île qui contenait toute ma vie. Une île déserte perdue dans la multitude des autres îles. Je voyais passer les autres voyageurs qui arpentaient la route les yeux baissés vers le sol prenant garde à éviter les flaques. Pas un d'entre eux n'a semblé m'apercevoir en passant près de moi. Chacun sa route... Même en couple, même en groupe, on voyage toujours tout seul.


L'averse était maintenant très forte. J'étais trempé jusqu'aux os mais je ne bougeais toujours pas. Personne n'était passé depuis déjà longtemps.


- Tu comptes attendre là encore longtemps ?


Je ne l'avais pas entendu arriver. La voix était douce et posée. Un homme. Vers la cinquantaine sans doute. Je ne me suis pas retourné pour vérifier.


- Belle averse, n'est-ce pas ?

- C'est vrai.

- Et là, au beau milieu de nulle part, sous la pluie, tu t'interroges et tu te demandes ce que tu fous sur ce chemin ?

- C'est à peu près ça.

- Ne tourne pas en rond, c'est tout à fait ça. Il y a un moment que je t'observe. J'ai l'habitude. Tu n'es pas le premier à poser ton cul sur cette pierre et je parierais bien mon chapeau que tu ne seras pas le dernier. Pourtant, tu es celui qui reste le plus longtemps. Surtout avec cette flotte, il y en a plus d'un qui aurait mis les bouts depuis une sâcrée lurette, mon gars. Comment tu t'appelles ?

- Roland, Roland Ivy.

- Ah, c'est toi, le Roland ou plutôt, je devrais dire les Roland...

- Oui, Roland Ivy, c'est moi.

- Pas facile de faire face à sa propre vie quand on en a mille, mon gars. Pas vrai ?

- En fait, je me demande à quoi cela peut bien servir de continuer. La route est longue et semée d'embûches et puis il y a des jours où je la trouve tellement vaine, tellement vide.

- Mais pourquoi tu ne changes pas de route ?

- Celle-là où une autre, ça sera toujours pareil.

- Tu en es déjà là ?

- Oui.

- Alors, il ne te reste plus qu'à emprunter la voie secrète.

- La quoi ?

- Parce que tu t'imagines que tu as tout vu, tout entendu, tout senti au motif que tu flânes en multipliant tes existences, mon pauvre vieux. La voie secrète, c'est le chemin que peu de voyageurs arrivent à trouver. La plupart du temps, ils s'engouffrent sur la route et enfilent les kilomètres sans lever le nez. Ils arrivent alors au bout du chemin et s'étonnent de n'y avoir rien vu. La voie secrète se mérite. Il faut ouvrir l'oeil si tu ne veux pas rater son embranchement.


Sa voix s'est tue et je n'entendais plus que les gouttes qui tombaient. J'ai bien senti qu'il n'était plus là. Alors, je suis resté immobile sous la pluie. Et les nuages se sont écartés dans mon dos. Le soleil a percé développant mon ombre jusqu'à mon sac au milieu de la route. La pluie continuait à tomber en gouttes plus molles. J'ai relevé la tête. Dans le lointain, il y avait un arc-en-ciel qui se déployait. Au pied de l'arc-en-ciel, juste après le virage, il y avait un petit sentier qui se perdait dans la forêt.


D'un bond, j'ai attrapé mon sac et j'ai repris ma route.

par Roland Ivy publié dans : Histoires comme ça communauté : Au fil des mots
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Vendredi 21 mars 2008


 

J'ai toujours des soubresauts de surcharge de travail avec une pointe  de flemme (je l'avoue). Alors aujourd'hui, je vous réchauffe un petit plat que je vous avais déjà servi et je vous engage à (re)lire un texte que j'avais intitulé Retour de Vacances.


Faut m'excuser mais actualité oblige... et puis je suis certain que vous ne me ferez pas une Cène.


Bon Week-end à tous.

par Roland Ivy publié dans : Humeurs communauté : Au fil des mots
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Mardi 18 mars 2008

Pour ceux qui souhaiteraient voir les photos de Car Warner qui illustrent
mon précédent article en grand format, n'hésitez pas à me les demander, je vous enverrai alors une présentation par courriel qui explique comment elles ont été réalisées. 

Elles sont véritablement magnifiques...

Bonne soirée à tous 

Roland


par Roland Ivy publié dans : Histoires comme ça communauté : L'écriture dans tous ses états
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Mardi 18 mars 2008

Mesdames et Messieurs les administrateurs et chers collaborateurs,

 

C'est avec un réel plaisir que je m'adresse à vous ce soir à l'occasion de cette cérémonie qui marque un tournant décisif dans le développement de notre société. Outre les excellents résultats enregistrés par notre groupe au cours de cette année et que nous développerons tout à l'heure, j'ai le plaisir de vous annoncer que notre projet de fusion avec la société Italia.Inc, qui jusqu'à aujourd'hui était le leader du marché dans notre secteur, s'est enfin concrétisé. Cet après-midi, en effet, j'ai eu le privilège de signer une convention d'absorption. La constitution du nouveau groupe dont nous possédons 51% des parts est sans conteste l'événement le plus important...

 

Regardez-le donc le PDG. Il va exploser s'il continue à se gonfler de la sorte. Il peut être fier de lui. D'accord, le projet de fusion était vital pour la société. D'accord, il y avait urgence. De toute façon, soit nous absorbions l'Italia.Inc, soit c'est eux qui nous absorbaient. Le marché n'est plus assez gros pour les deux sociétés. Ce sont les administrateurs qui doivent être contents. La boîte se retrouve maintenant dans une situation de quasi monopole.

 

... Comme notre illustre fondateur devrait être content de ce que nous avons réalisé aujourd'hui. En effet, que de chemin avons-nous parcouru depuis le modeste atelier de produits alimentaires ouvert à la fin des années vingt jusqu'au grand groupe que nous sommes devenus...

 

Tu parles, Charles. Je me demande ce que le Vieux, comme on l'appelait tous affectueusement, penserait des conditions dans lesquelles s'effectue cette opération. Ah, le Vieux. C'était un drôle de patron. Au début, quand il a créé la boîte, il n'y avait que lui et sa femme. Et puis, au cours des années, il s'est employé à faire en sorte que son développement profite à tout le village. J'avais à peine seize ans quand il m'a accueilli dans son bureau. Il m'a tout appris, comme un père. Faut dire que, pour lui, les employés, c'était un peu comme la famille.

 

... La fusion que nous opérons permettra, sans le moindre doute, de répondre aux défis du XXIème siècle dans le domaine de l'agro-alimentaire et sera considérée comme un modèle en matière de gestion des ressources humaines...

 

Passons sous silence les 300 suppressions de postes sur le site de Milan et la mise en retraite anticipée de 80 personnes dans l'usine du village. Gestion des ressources humaines, en voilà un terme que le Vieux n'aurait jamais employé. Pour lui, les employés, c'étaient des gens. Il nous appelait tous par notre prénom. Il connaissait même ceux de nos gosses. Les gens, il les aimait lui. Il savait que c'était le travail qui était fourni par chacun d'entre nous qui profitait à tous. Quand la boîte faisait des bénéfices, on avait des augmentations. Ou alors ils étaient réinvestis dans le développement de la commune. Le dispensaire, la crèche, la salle des fêtes, la piscine, tout ça, c'est le Vieux qui nous l'a apporté.

 

... Avant de vous inviter à trinquer ensemble auprès du buffet qui vous attend au fond de la salle, je vais passer la parole à notre Directeur des Services financiers qui va vous faire une présentation des résultats du groupe...

 

Encore un truc qui ne se serait pas passé du temps du Vieux. Un buffet exclusivement pour les administrateurs et les cadres. Des grandes bouffes, il y en a eu, mais tout le monde était invité, avec femmes et enfants.

 

Mon regard se pose sur les tables où les extras déposent des plateaux de petits fours et commencent à sortir les bouteilles de Champagne des bacs à glace. Alors que montent les applaudissements et que le Dir-Fin commence son laïus, je repense au Vieux qui a quitté son Italie natale et à traversé les Alpes pour fuir la montée du fascisme.

 

alpes.jpg

 

C'était l'hiver, il faisait froid. Ce brave type amoureux de la bonne chair avait tout plaqué. Pour lui, pas question de rester avec Mussolini au pouvoir. Alors, il a chargé son âne et s'est décidé à passer en France. Pas à pas, il a cheminé à travers les chemins escarpés et a franchi des torrents.

 

rivi-re-motagne.jpg

 

Je l'imagine, dans les montagnes, grignotant la charcuterie qu'il avait emporté avec lui.

 

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Il a passé une bonne partie de l'hiver dans la montagne. Ce n'est qu'au printemps qu'il a décidé de replonger vers la vallée.

 

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Il est descendu dans les alpages.

 

montagne-pain.jpg

 

Toujours plus bas.

 

montagne-brocolis.jpg

 

Il est finalement arrivé au village

 

mas-provencal.jpg

 

Il s'y est installé et a commencé à travailler sur les marchés.

 

village-march-.jpg

 

Les saisons se sont succédées. De simple vendeur de fruits et légumes, il devenu maraîcher. Après la guerre, il y a ajouté la vente de produits de son pays.

 

cuisine-italienne.jpg

 

Le tonnerre d'applaudissements, sonne la charge de l'assistance vers le buffet. Les gens se précipitent vers les tables. Je m'écarte. Je n'ai pas envie de partager cette beuverie. J'ai eu bien mieux. Je viens de goûter aux plats du Vieux...

 

 

Note : Toutes les illustrations sont d'un photographe anglais nommé Car Warner.

 

par Roland Ivy publié dans : Histoires comme ça communauté : L'écriture dans tous ses états
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Samedi 15 mars 2008


Aïe, Aïe, Aïe, Aïe, Aïe...

D'un coup, c'est mon chef qui se fait porter pâle.

Alors, je suis obligé de prendre en charge une partie de ses dossiers à lui.

Au bout du compte, aucun des trois boulots ne sera réalisé correctement.

Même pas sûr que le super-chef me dira merci...

Le premier qui me dit que j'ai un travail de planqué, je l'assassine. Il aura droit aux souffrances les plus atrôces ! Non finalement, je le snobe. Mon mépris sera la plus grande de mes réactions. C'est ça un grand homme. Ca ne traite pas de con le premier imbécile venu...





par Roland Ivy publié dans : Humeurs
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Mardi 11 mars 2008

 

Comme vous pouvez le constater, je suis peu présent en ce moment.


Je tiens à vous rassurer tout de suite : Non, je ne suis pas en train de vous préparer un coup tordu du genre « Echappé belle ». Non je ne vous fais pas la tête. Non la direction technique de la Rol Ivy Inc. ne m'a pas mis en révision...


Tout simplement, je suis surchargé de travail et c'est à peine si j'arrive à manger à heures fixes.


Donc, pas de panique. Dès que mon patron réussit à comprendre que je ne peux pas continuer plus longtemps à faire mon travail ET celui de mon collègue qui est en congé, je reviens...


D'ici là, portez-vous bien !!!



par Roland Ivy publié dans : Humeurs
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Jeudi 6 mars 2008

 

« Couloir 8, Roland Ivy... »

 

Forcément, couloir 8, le plus mauvais de tous. Celui où l'on fait la course en aveugle sans le moindre repère donné par les autres participants. Le couloir où l'on est tout seul et où l'on doit s'arranger avec le plus grand rayon de courbure, celui où la sortie du deuxième virage est la plus longue. On a beau se dire qu'avec le décalage, il y a la même distance à parcourir pour tous et le même nombre de barrières à franchir, le couloir 8, c'est le strapontin de la finale, celui qui est réservé au plus faible, à l'invité surprise...

 

Ça fait bientôt dix ans que je cours mais c'est surtout lors des trois dernières années que j'ai tout sacrifié mon projet fou. Trois dures années où j'ai contraint mon corps, où j'ai mené une vie de moine. Trois années pendant lesquelles j'ai soulevé des tonnes de fonte, j'ai bravé les intempéries pour faire des séries de course rapides ou lentes, pour parfaire ma technique de passage de haie, pour améliorer mon placement. Trois ans de travail quotidien. Trois ans...

 

Le cameraman passe sur moi et je fais un petit signe de la main tandis que mon image apparaît, l'espace d'un instant, sur les deux écrans géants. Ce petit instant de gloire est fugitif car le réalisateur préfère passer sur les deux champions des couloirs 4 et 5, les deux favoris.

 

Après un moment de flottement, un silence impressionnant se fait dans le stade archicomble. Tous les huit, plantés à quelques mètres derrière nos blocks, nous sommes sous les ordres du starter. C'est le même qu'en demi-finale. J'avais trouvé qu'il mettait un temps fou avant de tirer. Je me concentre sur ma course.

 

« A vos marques... »

 

Lentement, je m'approche de la ligne. Avant de prendre ma position, je pose les yeux sur la première haie. Je m'accroupis et je me positionne sur les blocks. Le pied arrière d'abord, bien au fond, puis le pied avant. Les doigts de ma main droite sont posés à proximité de la ligne et ceux de la main gauche quelques centimètres en retrait. J'utilise cette technique pour me retrouver dans l'axe de la course dès le départ.

 

« Prêts... »

 

Je monte franchement en appui sur mes bras et pressant sur mes talons. Je suis tendu comme un ressort, paré à bondir au coup de pistolet. Mentalement, je compte : un... deux... trois... Pourvu qu'il n'y ait pas de faux départ ! Ça ne serait pas un drame, mais se remettre dans sa course après un faux départ constitue toujours une épreuve que je n'apprécie guère. Le coup de feu retentit et nous libère. Seule la clameur de la foule monte dans le stade. Pas de deuxième coup de feu, la course est lancée.

 

Appliqué, je soigne ma mise en train. Après une dizaine d'appuis plus fréquents, j'ai trouvé mon amplitude de croisière. C'est le moment où tout est possible pour tous ; chacun peut croire en sa chance. Mon regard se fixe sur la première haie, celle qu'il faut avoir négociée sans encombre et qui conditionne le reste de la course. J'ai effectué des milliers de départs à l'entraînement, à tous les couloirs, par tous les temps, avec vent de face, vent dans le dos. Ce soir, il n'y a pas de vent. Il fait un peu chaud mais le vent ne nous gênera pas...

 

Première haie...

 

Je l'ai franchie sans le moindre problème, jambe d'attaque gauche, j'étais à une distance idéale. C'est à peine si mon bassin s'est élevé dans ma progression. Très vite, ma jambe arrière est revenue comme un élastique. Je suis déjà dans l'approche de la deuxième haie.

 

Le 400 haies, c'est un peu comme dans la vie. Tu disposes de qualités naturelles et tu dois gérer au mieux tes efforts pour franchir les obstacles dans de bonnes conditions. Comme l'entrée au CP, cette première barrière, je l'ai négociée de manière idéale.

 

Deuxième haie...

 

Ensuite, le reste se passe pendant plusieurs années sur les acquis de ce bon départ. Il faut savoir profiter de sa bonne compréhension du monde l'écrit pour enfiler les classes les unes après les autres...

 

Troisième haie...

 

Pourtant, il faut se convaincre que c'est dans cette partie de la course que des avantages décisifs s'opèrent. Tout doit se passer dans l'efficacité et le relâchement, de manière à progresser vite sans puiser dans ses réserves...

 

Quatrième haie...

 

Arrivé au collège, il faut continuer à rester concentré. Pourtant avec l'adolescence, les tentations de faire le minimum requis sont grandes. Les envies de sortie, l'impression de liberté, le sentiment d'injustice, de révolte peuvent tout foutre en l'air...

 

Cinquième haie...

 

Pas encore l'instant de vérité, les multiples séances endurées au cours de l'hiver vont retarder encore le moment où le fait de garder de solides appuis sans risquer la rupture va devenir un problème...

 

Sixième haie...

 

Là, le rôle des parents est essentiel. Face au jeune adulte, auront-ils assez de clairvoyance pour accompagner sans contraindre, pour aider sans braquer, pour comprendre sans juger ? L'entrée dans la vie d'adulte n'est pas la même pour tous...

 

Septième haie...

 

Jusqu'ici, tout va bien. Je n'ai pas changé de jambe d'attaque même si j'étais un peu trop loin de la haie. J'ai du forcer un peu pour la passer. Mon franchissement s'est fait plus aérien, j'ai plané un peu. Ma vitesse de course s'en est ressentie... Je vais être obligé de changer de jambe d'attaque sur la prochaine haie. Cette attaque par la jambe droite en fin de deuxième virage va être difficile à négocier. Bien sûr, j'ai travaillé sur cette jambe. Bien sûr, mon attaque jambe droite est presque aussi bonne mais je préfère attaquer jambe gauche, depuis toujours... Augmenter légèrement ma distance de course en me déportant sur l'extérieur et ne pas mordre sur la ligne. Les juges sont là, vigilants. Sinon, c'est la disqualification.

 

Huitième haie...

 

Quand on est gamin, on croit qu'il suffira de se présenter avec ses qualités pour obtenir ce qu'on mérite. En fait, on finit par s'apercevoir que les dés sont pipés depuis le départ. L'accès aux meilleures écoles est réservé à certains, les stages ne s'obtiennent pas si facilement que ça et la course permanente pour l'emploi n'est pas égale pour tous. Plus tu démarres bas, plus d'efforts tu as à réaliser pour te hisser un peu. Et encore, tu n'arriveras jamais au niveau des autres...

 

Neuvième haie...

 

Les barrières sont désormais toutes alignées et forment une grande haie qui occupe la piste sur toute sa largeur. Il m'a fallu aller chercher mon couloir jusqu'à l'extérieur à côté de la main courante. C'est le moment où l'avance qu'on avait avec le décalage fond d'un seul coup. Pourtant, personne ne m'a encore doublé sur ma gauche. J'entends les coups de griffes de mes concurrents sur le tartan juste derrière moi. A peine ai-je franchi la haie, qu'un bruit fracassant retentit derrière moi. Le type du couloir 7 a touché la haie. La latte vole en éclats. Des petits morceaux de bois fins comme des poignards retombent sur la piste devant moi...

 

Dixième haie

 

Je finis sur la mauvaise jambe. Je ne peux plus lever les genoux. Mes cuisses sont en feu. Je ne veux pas plier, pas maintenant. Sur ma gauche, je vois le 5 et 4 qui sont à ma hauteur. Si je passe la dernière haie sans encombres, je peux encore espérer me mêler à la lutte sur le plat... Je me couche sur ma jambe avant pour ne pas m'élever trop pendant le franchissement.

 

En ramenant ma jambe arrière, j'ai heurté la haie avec la malléole. Je suis un peu déséquilibré mais je continue ma course jusque sur la ligne. Je vois le 4 qui passe devant moi, le 3 aussi. Après, je ne sais pas.

 

Conscient d'avoir presque réalisé la course parfaite, je reste les mains sur les hanches dans mon couloir, dos à la ligne que je viens de franchir. Je lève les yeux sur le grand écran où s'affichent les résultats. Finalement, je termine 4ème. Le gars du couloir 2 m'a grillé sur le fil. 1/100 de seconde nous sépare. Je reste au pied du podium. C'est dur... Pourtant, en face de mon nom, s'affiche : Record personnel. Dans ma tête, je refais la course jusqu'à cette dernière barrière. Je ne serai pas sélectionné pour les Jeux...

par Roland Ivy publié dans : Histoires comme ça communauté : Au fil des mots
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Mardi 4 mars 2008

Lundi matin, Roland s'est levé de bonne heure. Comme tous les jours d'ailleurs, il faut dire que son sommeil est déréglé depuis de nombreuses années. A ça, il y a de nombreuses raisons : une bonne dose d'ennuis depuis la nuit des temps, des préoccupations multiples, des enfants aux nuits agitées, un réel stress professionnel auquel viennent s'ajouter un usage immodéré de boissons à base de caféine...


Comme tous les jours, dans la maison encore silencieuse, il a préparé le petit déjeuner en attendant que les autres fassent leur apparition. Comme son opérateur téléphonique n'a pas fait le nécessaire pour rétablir sa ligne que des ouvriers ont sectionnée, il n'a pas passé de temps à répondre à ses messages. Il savait devoir le faire suite au dernier texte qu'il avait mis en ligne sur son blog en fin de semaine mais, à l'impossible nul n'est tenu...


Dès le réveil des enfants, la course contre la montre a commencé. Entre les «  dépêche-toi un peu de finir ton jus d'orange » et les « Kiki, viens te doucher », tout le monde a finalement pu être à l'heure à l'école ou au bureau.


Roland a passé une matinée fort studieuse à la lecture, plume à la main, d'un rapport que son chef lui a demandé de commenter. A midi, Roland n'a pas pas pris de repas. Il a passé une heure et demie à essayer de remonter le moral à l'une de ses collègues au bord de la dépression car son mari la harcèle moralement. La pauvre en est à une phase où elle se sent maintenant moins qu'une sous-merde et culpabilise à mort.


Roland s'est inquiété de savoir comment il allait la convaincre du contraire et qu'il lui appartient de quitter son connard de mec. Bien sûr, il s'est imaginé aller lui casser la gueule mais il a vite renoncé. « A quoi bon, inventer une telle fiction ?» s'est-il dit en prenant la main de sa collègue.


En rentrant au bureau, il a fait une micro-pause au fast-food du coin auprès d'un émetteur Wifi pour poster l'article qu'il avait imaginé en lisant les commentaires laissés sur son blog lors d'une soirée passée chez des amis ce week-end. A peine, dix minutes de connexion. Dix minutes volées sur le temps du patron...


Tout au long de l'après-midi, il a couru pour préparer une importante réunion qu'il doit animer mercredi. Ensuite, il est allé récupérer les enfants à l'école. Goûter, devoirs, judo pour le plus grand, douche, préparation du repas, histoire aux enfants. Et madame n'était toujours pas rentrée du travail. Elle aura davantage de temps libre dans quinze jours. Du moins, ils l'espèrent... Elle le dit. Roland en doute.


Quand elle est rentrée, elle a eu besoin de lui raconter sa journée pendant qu'ils dînaient. Il a essayé de lui répondre et de lui apporter son point de vue sur une situation délicate. Pas très efficace le Roland en ce soir du lundi.


Ils se sont couchés et il aurait bien voulu faire des câlins avant qu'ils ne s'endorment. Elle n'y tenait pas. Tans pis, chacun a plongé dans sa nuit. Elle a rapidement sombré dans la sienne, il est resté à regarder le plafond. Les arbres devant la maison projetaient l'ombre de leurs branches à travers les persiennes...


Palpitant non ?

par Roland Ivy publié dans : Humeurs
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Lundi 3 mars 2008

Bill ? Je peux sortir ? Il n'y a plus de balles qui sifflent ? Tu as réussi à les contenir ? Bon, je tente une sortie.


D'abord, j'ai hésité pour le titre de cet article. J'avais pensé à « Stop ? Ou encore? », « Pas taper... gentil Roland... le fera plus... », « Veuillez regarder sur votre droite ! », « La solitude du manipulateur de fond ...», « Restons calmes ; ce n'est qu'une amicale partie entre camarades de jeu ».


J'ai envisagé « Avec mes plus plates excuses » ou plus simplement « Pardon... ».


Finalement, je me dis que le titre n'est pas si important que cela.


Oui, je vous ai manipulés. Oui, j'ai volontairement laissé monter une inquiétude en ne me manifestant pas pendant quelques jours avant de vous balancer mon texte intitulé « Echappé belle ». Certes, ce n'est pas très malin de jouer avec ses lecteurs et de leur faire peur inutilement. A toutes celles et ceux à qui ce texte a provoqué des soucis, des angoisses, de l'ennui..., je demande pardon et présente mes excuses les plus sincères.


Comme je n'ai pas eu d'accès à internet et a fortiori à mon administration depuis samedi, je n'ai pas eu à me terrer en attendant que l'orage soit passé, ce qui semble maintenant être le cas. Maintenant, je peux vous demander de jeter un oeil plus serein sur ce qui va suivre.


Je vous avais prévenus


Depuis le premier jour où j'ai créé ce blog et par la même occasion le personnage de Roland, je vous avais prévenus. A chaque fois que vous vous connectez sur mon blog, il y a une petite note, juste sur la droite, dans la rubrique « Description » qui dit :


« Roland Ivy écrit des textes intimistes de fiction. Il porte un oeil parfois désabusé sur le quotidien et les petites choses de la vie, les grandes et les petites émotions. »


C'est tout de même pas de ma faute s'il est parfois difficile de faire le tri entre ce qui est purement fictif et ce qui a une pointe autobiographique dans tous les textes que les uns et les autres sommes amenés à rencontrer...


L'émotion, c'est mon fond de commerce


D'ailleurs, si j'ai bien compris quelques-uns des commentaires qui sont arrivés sur ce site depuis sa création, c'est l'un des aspects qui intéresse mes lecteurs. Nombreux sont mes textes qui exploitent cette veine. Excès de sensiblerie diront certains ; vrai talent diront d'autres. J'ai eu droit, tant en privé que sur le site, à de véritable éloges et à des insultes très sévères suite à mon « coup ». J'assume les uns et les autres.


Pour autant, nombreux sont mes textes qui traitent de l'émotion et des sentiments que des situations douloureuses peuvent susciter. Depuis trois mois, la mort, la violence, la douleur, la révolte, le dégoût, la colère sont présents dans ces pages... La tendresse, l'affection, l'amour, l'amitié, le quotidien aussi.


J'écris souvent « Je »


Plus de la moitié de mes textes sont écrits à la première personne du singulier. C'est un choix « littéraire » que j'ai fait dès l'instant où j'ai choisi d'inventer Roland, l'homme aux mille vies. Il m'a semblé que ce procédé me permettrait de raconter les épisodes de ma vie, ceux qui peuvent m'être véritablement arrivés et ceux que j'aurais totalement inventés, rêvés, fantasmés, voire espérés. Le corollaire de cet argument est que vous ne saurez jamais tout de ma vie.


Roland est un personnage imaginaire qui vit mille vies en des lieux et des époques multiples. Roland n'est pas moi. Pourtant, Roland ne vit que par moi. Donc, Roland c'est moi. Paradoxe.


Pas un seul d'entre vous ne m'a cru lorsque j'ai dit que j'avais combattu avec Vercingétorix à Alésia. Personne n'a manifesté lorsque Bill m'a fait sauter à la grenade dans un refuge de montagne. Personne n'a trouvé à redire que je participe à une chasse à courre à l'étrange gibier...


Pourtant, cette fois, le « je » a pris corps et vous vous en êtes massivement émus. J'avoue que ce trouve cela plutôt flatteur.


Flatteur, parce que l'attachement que vous m'avez manifesté témoigne que les vies de Roland que je décris dans ces pages vous ont fait construire une réalité autour de ce personnage et de moi-même. Flatteur aussi parce que vos réactions me renforcent dans le travail d'écriture qui est le mien. Croyez-le bien, ma démarche de création n'est pas faite pour provoquer l'apitoiement de mes lecteurs. J'écris des textes que j'aimerais trouver par ailleurs. « L'écriture comme antidote », cette formule qui figure comme lien chez Chris est une réalité pour beaucoup d'entre nous.


Avant de conclure, je vous indique juste comment ce texte m'est venu. Effectivement, j'ai fait un long déplacement professionnel. Par ailleurs, j'avais demandé à Noute l'autorisation d'utiliser un des ses tableaux comme illustration à l'une de mes histoires. Depuis, quelques temps (Quand le Robot Roland a été mis en maintenance, pour être exact), je m'interroge sur ce que provoquent les « absences » des uns et des autres sur notre petite communauté. Peut-être suis-je aussi dans une phase où je me demande comment soutenir le rythme des productions sur mon site vu que sa vocation n'est pas celle d'être un « journal intime »?


Parfois, une idée, même saugrenue, germe et c'est ainsi que naissent les textes. Pour rendre « Echappé belle » plus efficace, j'ai joué à fond des ficelles de la dramatisation. Les jeux qu'on joue ne sont pas toujours drôles. J'avoue être très ennuyé d'avoir causé tant de troubles chez certains d'entre vous. Je vous renouvelle mes excuses et je vais reprendre des activités plus traditionnelles auprès de vos blogs pendant un certain temps.


Mes sincères amitiés.


 

 

par Roland Ivy publié dans : Humeurs
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Vendredi 29 février 2008

ATTENTION ! ATTENTION ! CE TEXTE EST UNE PURE FICTION. PEUT-ETRE DE MAUVAIS GOUT, JE VOUS L ACCORDE. TOUTES MES EXCUSES A CEUX QUI SE SONT INQUIETES. DES EXPLICATIONS ET DES EXCUSES PLUS CIRCONSTANCIEES SUIVENT BIENTOT.

 

 

Monsieur Ivy m'a demandé de mettre en ligne les textes suivants. Je les ai saisis sur mon propre ordinateur en respectant les différents feuillets qu'ils m'a confiés ce matin à la fin de ma garde. J'ai passé l'après-midi à transcrire ses textes et j'espère avoir bien compris les indications qu'il m'a données.


Cordialement,


Sacha

 

 

 

Feuillet 1


Salut à tous,

Si vous lisez ces lignes, c'est que Sacha, le jeune interne qui s'occupe de moi, les a publiés pour moi ; je lui ai indiqué mes identifiants pour qu'il le fasse.


Je voudrais sincèrement le remercier d'avoir accepté et je lui adresse toute ma gratitude.


Je lui ai confié mes notes ce vendredi 29 février et je ne sais pas quand il aura pu le mettre en ligne. Je ne peux pas le faire moi-même car je suis hospitalisé et je ne dispose pas de mon ordinateur. De toute façon, je n'ai pas de connexion internet.

 

Je me doute que vous vous demandez où je suis passé depuis mon dernier article dans lequel je vous invitais à vous inscrire à ma newsletter. J'ignore si vous y avez répondu mais je dois avouer que je ne suis pas très préoccupé par cet aspect. Pourtant, parce que depuis que je suis ici, je pense pas mal à vous, je me dis que je vous dois quelques éclaircissements sur ma disparition.


Aussi, parce que je n'ai pas grand chose à faire et que je commence à reprendre un peu mes esprits, je vais essayer de vous raconter ce qui m'est arrivé. Ca fera peut-être une bonne histoire dans les aventures de Roland...


A bientôt, j'espère

Roland





Feuillet 2


Tout commence mardi matin. Je suis obligé de me rendre dans la campagne profonde pour une visite professionnelle. Alors, de bonne heure, je quitte la Rolanderie et ses autres occupants encore endormis après leur avoir préparé le petit déjeuner qu'il trouveront à leur réveil. Il fait encore nuit, il ne fait pas vraiment froid mais il y a un peu de brouillard.


Je n'ai pas vraiment la pêche ce matin. La nuit n'a pas été bonne et j'avoue que la perspective des quelques 120 km de petites routes qui m'attendent ne me mettent pas d'humeur joyeuse. Histoire de passer le temps, je mets le poste en route mais les infos du jour ne m'intéressent pas plus que ça alors, je pousse un CD dans le lecteur. Simon and Garfunkel me chantent leurs douces mélodies tandis que je plonge dans les méandres tortueux de la route qui enfile les combes les unes après les autres.


Avec le brouillard et les sinuosités de la route, j'ai l'impression que les kilomètres n'avancent pas sur le compteur. Ca promet d'être long...





Feuillet 3


J'ai à peine fait 40 km et j'en ai déjà assez. Je décide de faire une petite pause car les trois cafés et le jus d'orange que j'ai pris au réveil ont déjà terminé leur petit voyage dans mon tube digestif.


Peu à peu, le jour a commencé à se lever. Le brouillard se fait moins dense. La nature s'éveille. Il y a un petit ruisseau qui coule dans le fossé. Le plus dur de l'hiver est passé. Tant mieux, je ne goûte pas particulièrement cette période de l'année.


Je me sens très las ce matin. Non vraiment, je ne tiens pas la forme. Mes épaules sont lourdes, j'ai des raideurs dans la nuque. Et puis, le brouillard m'oppresse un peu. J'ai beau essayer de me secouer, ça ne passe pas.


Un camion qui circule ne sens inverse me sort un peu de ma rêverie et je me dis qu'il faut reprendre la route si je veux arriver à l'heure à mon rendez-vous. Je fouille dans les coffres qui sont sous les sièges à la recherche d'un autre CD, quelque chose d'un peu plus punchy. Je passe en revue Les Stones, Joe Cocker, Zazie, Bénébar, Julien Doré (défense de rire). Finalement, je choisis Genesis en concert. En mettant le contact, je monte le volume et je repars.





Feuillet 4


Tout le long du disque, j'ai fait 50 km. Les virages ont succédé aux virages, les montées aux descentes. J'ai traversé quelques villages où je n'ai croisé personne. Je n'ai pas vu une voiture en marche. Si, je suis resté coincé derrière un tracteur pendant 3 km. Cette route n'en finit décidément pas. J'ai eu beau essayer de me réveiller en gueulant avec Phil Collins. « I knoooow what I liiiiike and I liiiiike what I Knooooow... » Rien n'y a fait.


Tout en roulant, je tire les Clash du tiroir sous mon siège. Ils vont me filer un coup de fouet. Je l'espère, sinon je n'ai pas de solution de rechange. Les riffs sauvages attaquent fort, les guitares saturées sont fidèles au rendez-vous et la batterie cogne comme jamais. La voix de Joe Strummer monte dans l'habitacle en crachant toute sa haine des années Tatcher.


C'est quand ils ont attaqué London Calling que c'est arrivé. J'ai senti une violente douleur dans le bras gauche et immédiatement dans la poitrine. Fort heureusement, j'ai pu garer la voiture sur le bas côté tout en encaissant le choc. J'ai coupé le contact en essayant de reprendre ma respiration. J'ai attrapé mon portable que j'avais posé sur le tableau de bord.


- Merde. Pas de réseau...

 

J'ai ouvert la portière et j'ai mis longtemps à sortir de la voiture. Toujours personne en vue. Là-bas, à une centaine de mètres en remontant sur la droite, il y a une maison nichée dans les sapins.


A plusieurs reprises au cours de ces quelques pas vers cette petite maison rouge avec des rideaux blancs aux fenêtres, la douleur m'a donné des coups de poignard. Je suis tombé deux fois. J'ai repensé à mes grands qui vivent à Paris et que je n'ai revus depuis Noël. J'ai repensé aux petits et à leur mère que je n'ai pas embrassés ce matin en partant. Je n'ai pas eu envie de crever. Alors, j'ai réussi à me relever.


Quand je suis arrivé à la maison, j'ai donné une claque sur la cloche qui était suspendue à côté de la porte. Une petite fille blonde avec des couettes a ouvert. Et puis, plus rien...




Feuillet 5


J'ai eu de la chance... Quand j'ai repris mes esprits, j'étais dans le camion des pompiers qui filait à toute allure. Trois jeunes gars s'activaient autour de moi. J'avais un masque sur le visage, et des électrodes étaient collées sur ma poitrine.


- Il revient !

- OK, je préviens l'hôpital...

 

J'ai appris plus tard que dans la maison, il y avait une dame qui connaissait les gestes de premiers secours. Quand la petite l'a appelée, elle a immédiatement téléphoné au Samu. Elle m'a massé et fait du bouche à bouche pendant vingt minutes. Il faudra que je les retrouve toutes les deux...


Dans le camion, j'entendais la sirène et les pompiers qui criaient des phrases brèves, j'entendais les bips des appareils qui effectuaient des mesures, j'étais comme dans un rêve. Par la fenêtre, au-dessus de la partie opaque, je voyais les arbres qui défilaient. Je ne sais pas pourquoi, à ce moment-là, j'ai eu la certitude que cette fois ne serait pas la dernière. J'ai fermé les yeux et je me suis laissé aller.


De l'arrivée à l'hôpital, je ne me rappelle rien. Mais j'imagine bien la voiture qui s'engouffre dans les urgences, les médecins et les brancardiers qui se précipitent, les pompiers qui donnent les dernières indications et le passage en salle d'intervention.





Feuillet 6


- Comment vous sentez-vous ?

- Bien, je suppose. Non, à vrai dire, j'ai mal à la poitrine, sur le dessus et sur le côté.

- Vous avez fait un infarctus. On vous a fait un massage cardiaque. Vous avez plusieurs côtes cassées. Ces douleurs sont tout à fait normales. Je vais vous donner quelque chose.

- Merci.

 

On dirait un gamin. A le voir, je lui donne à peine plus de vingt ans. Ses cheveux bruns sont coupés en brosse et se redressent sur sa tête. Il porte des petites lunettes rondes comme John Lennon. A travers, je vois ses yeux verts qui pétillent. Il a l'air fatigué. Lui non plus n'a pas dû dormir beaucoup.


- C'est la première fois que vous faîtes une attaque ?

- Oui.

- Y a-t-il des antécédents dans votre famille ?

- Mes deux grands-pères sont morts d'une crise cardiaque.

- Vous fumez ?

- J'ai arrêté depuis 5 ans.

- Sage décision. Vous avez quel âge ?

- 45 ans.

- Vous consommez des excitants, de l'alcool ?

- Pas mal de café.

- Combien ?

- Je ne sais pas... 8, 10, 12 par jour...

- Pfffffff... Est-ce que vous êtes stressé ?

- C'est à dire que j'ai une vie plutôt bien remplie. J'ai un travail assez prenant. Je consacre du temps à des activités militantes. Je ne dors pas beaucoup parce je suis un faux calme qui cogite beaucoup et puis j'ai un blog sur lequel je poste des textes que j'écris. Et puis, j'ai deux petits dont je dois m'occuper car leur mère a des horaires délirants...

- Ca va, j'ai compris. Il va falloir lever un peu le pied, Monsieur. La machine ne va tenir le coup trop longtemps à ce rythme-là. C'est quoi ce blog ?

 

Au fur à mesure des questions, il remplit un questionnaire. Je suis étonné par tant de professionnalisme de sa part. Il ne semble pas hésiter une seconde. Ses gestes sont précis, efficaces.


- Est-ce que ma femme est prévenue ?

- Votre portable a sonné, tout à l'heure. C'était elle. On lui a demandé de rappeler en fin d'après-midi.

- Il est quelle heure ?

- Un peu plus de 14h30.

- Vous vous appelez comment ?

- Sacha... Euh, Docteur Marsy. Je suis interne. Je suis chargé de m'occuper de vous. Ne vous inquiétez pas. Vous feriez mieux de vous reposer un peu.

- Merci à vous, Docteur.

 




Feuillet 7


Bon. Je crois que vous savez à peu près tout. Je ne vous oublie pas. Je ne boude pas. Je suis seulement coincé à 100 bornes de chez moi et des miens. Comme ma femme ne conduit pas et qu'elle est toute seule avec les gosses, je ne la verrai pas avant vendredi. Ses parents vont arriver, elle prendra un taxi. Tous me manquent terriblement, je voudrais les serrer contre moi, leur dire une fois encore que je les aime.


Alors, j'ai demandé à Sacha de me donner du papier et je vous ai raconté mon aventure entre deux sommes. Comme il est très intéressé par mon histoire de blog, je lui ai demandé de vous faire parvenir mon texte. Il m'a promis de le mettre en ligne à la fin de sa garde vendredi matin.


Très vite, je vous donnerai des nouvelles.


A +

Roland

 

 

 

par Roland Ivy publié dans : Histoires comme ça communauté : Au fil des mots
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