Avec toutes mes amitiés
Roland
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Les cris se rapprochent. Ils ne sont plus très loin. Je n'en peux plus. Les chiens aboient sur la droite, les rabatteurs crient derrière moi. Qu'est-ce que c'est que cette mascarade ? Jusqu'où iront-ils ? C'est un cauchemar ? C'est impossible.
Pourtant tout avait si bien commencé. Il y a quinze jours, en rentrant du meeting organisé au siège national du Parti, j'avais trouvé dans ma boîte aux lettres une enveloppe sur laquelle était inscrit d'une belle plume : Monsieur le Président du Parti Pour le Maintien des Traditions. En décachetant l'enveloppe, j'y avais trouvé un bristol sur lequel la même main avait tracé le message suivant :
Monsieur le Président,
Votre Parti défend avec vigueur les traditions ancestrales dont la chasse à courre est l'une des plus ancienne. Afin de vous manifester notre gratitude à l'égard du combat que vous menez depuis maintenant de nombreuses années malgré vos détracteurs , nous avons le plaisir de vous convier à notre chasse à courre que nous organiserons cette année en votre honneur le dimanche 03 février prochain.
Une voiture passera vous prendre à votre domicile à huit heures trente.
Signé : La Société des Amoureux de la Nature
Jamais entendu parler de cette société. Sans doute un groupuscule secret de sympathisants. Vu la qualité du bristol, je me suis dit qu'il ne pouvait pas s'agir d'un canular. Au cours de la semaine qui a suivi, je me suis fait faire un habit rouge qui ferait du plus bel effet lors de cette cérémonie. Je ne suis pas très habitué aux chevaux mais je monte suffisamment bien pour suivre la marche dans cette aventure. Et puis, je me suis dit qu'il serait toujours utile de trouver de nouveaux donateurs pour mon Parti qui connaît quelques difficultés depuis le hold-up réalisé sur nos électeurs par la droite classique qui reprend nos thèses depuis quelques mois.
Ce matin, je me suis préparé de bonne heure tout en me demandant si l'on passerait véritablement me chercher. A l'heure dite, alors que j'enfilais mes bottes, le gong de la porte d'entrée a retenti. Lorsque j'ai ouvert, un homme en livrée se tenait face à moi, la casquette dans une main et une enveloppe dans l'autre. Il a claqué les talons, s'est incliné et m'a remis le pli :
Monsieur le Président,
Charles va vous conduire au lieu de la chasse qui, vous le comprenez, doit rester secret.
C'est un homme de confiance. Il ne parlera pas car il est muet.
Nous vous souhaitons une agréable route. Pour agrémenter votre trajet, vous trouverez dans le réfrigérateur de la Bugatti une bouteille de votre whisky préféré.
A tout à l'heure
J'ai saisi ma cravache ainsi que ma bombe et j'ai suivi Charles qui m'a ouvert la portière avec cérémonie. Je me suis installé confortablement et j'ai laissé le chauffeur me conduire vers notre destination. Nous avons quitté Saint-Cloud et nous avons pris la RN118 pour rejoindre l'autoroute Aquitaine. Sans doute notre mystérieuse chasse devait-elle avoir lieu en Sologne. J'ai plongé vers le bar et après deux verres, je me suis assoupi car la nuit précédente avait été un peu courte.
Lorsque je me suis réveillé, nous venions de nous arrêter dans la cour d'un magnifique château. Le chauffeur est sorti, il m'a ouvert la portière et m'a montré les escaliers de l'entrée d'honneur. Étonné que personne ne vienne à ma rencontre, je me suis avancé dans le vestibule et j'ai poursuivi ma progression à travers les pièces richement meublées mais dans lesquelles je ne rencontrai personne. Je suis arrivé dans la grande salle à manger. Un immense feu brûlait dans la cheminée. Au bout de la table, un plantureux repas était disposé sur une table richement dressée. La vaisselle brillait sous les feux des candélabres. Un nouvelle enveloppe était en évidence contre la carafe qui contenait un vin au rouge rubis profond. Tout en me servant un verre, je pris connaissance du billet :
Monsieur le Président,
Le début de notre chasse sera annoncé par les cors. Dans l'attente, nous vous prions de bien vouloir vous installer à table. Prenez le temps de vous restaurer car la battue promet d'être palpitante.
Bon appétit.
Je me demandais quels étaient ces hôtes qui m'avaient fait venir ici et restaient invisibles. Pour autant, je ne me fis pas prier pour engloutir le repas qui m'était destiné. Le vin était excellent. J'étais complètement rassasié et un peu ivre lorsque j'entendis les cors résonner dans la cour.
Je me suis précipité et je les ai enfin vus. Il étaient une trentaine. Tous étaient déjà à cheval. Ils écoutaient religieusement la musique que les
aboiements de la meute ne couvraient pas. Lorsque la musique s'est arrêtée, je me suis approché.
- Messieurs, je suis bien heureux de vous rencontrer mais permettez-moi de vous dire que je trouve votre accueil un peu bizarre.
- Monsieur le Président, nous vous saluons. Soyez le bienvenu parmi nous aujourd'hui pour cette chasse.
- A propos de chasse. Qu'est-ce qu'on va poursuivre aujourd'hui, le sanglier, le chevreuil ?
- Vous.
- Pardon?...
- Vous m'avez bien compris. Ce que nous allons chasser aujourd'hui, c'est vous, Monsieur le Président. Vous serez notre gibier. Comme vous êtes très attaché à la défense des traditions, nous le ferons selon les traditions. Nous vous poursuivrons du haut de nos montures et vous aurez le privilège de goûter le plaisir que ressent le gibier depuis la traque jusqu'à la mise à mort. Pour vous permettre de prendre un peu d'avance et pour que le sport soit plus plaisant, nous vous laisserons dix minutes avant de lâcher les chiens. Que la chasse vous soit agréable. Vous disposez maintenant de dix minutes.
- Mais... C'est une plaisanterie... Vous vous moquez de moi... Vous n'avez pas le droit... Je vous préviens que ça ne va pas se passer comme ça... Vous entendrez parler de moi...
- Si je puis me permettre, il ne vous reste plus que neuf minutes et trente secondes.
Je l'ai regardé, incrédule, et je suis parti en courant.
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Vous me l'avez écrit