Mardi 22 janvier 2008

Vous vous rappelez que je vous avais raconté mon rapport aux livres. J'évoquais les bibliothèques dans cet article. L'histoire qui suit est une espèce de suite...



- Tu vas voir. C'est trop génial. On peut regarder tous les livres qu'on veut. Mais, c'est comme à la maison, on n'a pas le droit de les abîmer. En plus, on ne peut pas courir partout et il ne faut pas faire de bruit. On peut parler, mais pas trop fort. Il faut chuchoter.
- D'accord.

Je les tiens par la main, chacun d'un côté. Pour parler, ils se penchent en avant en tournant la tête. C'est Simon, l'aîné qui est le plus bavard. Ses beaux yeux bleus pétillent. En grand habitué, il savoure à l'avance le plaisir qui est le sien. Quant à Jules, il écoute. Il attend pour voir. Ses petits doigts se crispent dans ma main quand nous nous apprêtons à entrer dans le bâtiment moderne de
la bibliothèque. Nous en avons souvent parlé mais c'est la première fois que je l'emmène avec nous.

Après un bref passage à la banque où il tend fièrement sa photo d'identité à la jeune bibliothécaire pour qu'elle enregistre son inscription, nous entrons dans le hall qui donne accès aux différentes sections. D'un pas sûr, Simon nous conduit au secteur jeunesse. Devant le décor qui suggère une forêt luxuriante avec des coins aménagés garnis de coussins et de banquettes, le petit reste immobile. Est-ce l'éclairage discret, tous ces enfants confortablement installés ou le silence et le calme qui le bloquent ? A moins que ce ne soit la quantité de livres ? Il y en a partout : dans des bacs posés à même le sol, sur des présentoirs, sur des étagères, sur les tables à hauteur d'enfant, partout. Simon investit déjà les lieux.


- Regarde, Jules, c'est « Plouf ! », comme à la maison.

Reconnaissant son album préféré, le petit se précipite. Et nous sommes bientôt tous les trois confortablement installés. Je me retrouve pour la soixante-quinzième fois à lire à mes deux garçons l'histoire de ce loup affamé, tombé dans un puits que nous connaissons par coeur. Les albums se succèdent, tantôt choisis par Simon, tantôt par Jules. Je ne boude pas mon plaisir.

Une bibliothécaire propose aux enfants de venir avec elle pour l'heure du conte. J'en profite pour glisser dans la section adultes. Le décor change. C'est bien moins coloré mais tout aussi confortable et accueillant. Les ouvrages sont disposés sur de grandes étagères. On les aborde non par la couverture mais par le dos. Bien sûr, ils sont plus gros, plus nombreux. L'ambiance est la même : studieuse. Les gens sont presque tous plongés dans leur lecture. Certains froncent les sourcils, d'autres ont un sourire dessiné sur le visage. Il en est même qui lisent en remuant les lèvres dont ne sort aucun son. Tout au fond, il y a un jeune homme avec un atlas sur les genoux. Mais il ne regarde pas la page. Son regard est loin. Il n'est plus là. Il est ailleurs.

Car là est la magie des livres. Grâce à eux, on peut voyager sans même quitter son fauteuil. Grâce à eux, on peut rencontrer des gens qu'on ne verra sans doute jamais, certains ayant disparu depuis des siècles. Les livres permettent de dépasser les barrières de l'espace et du temps. Ils sont un passeport pour l'ailleurs et les bibliothèques sont des ports d'embarquement pour des destinations insoupçonnées.


Depuis l'âge qu'a Simon aujourd'hui jusqu'à la fin de mes études, combien d'heures ai-je passées à la bibliothèque municipale de mon quartier ? Chez moi, il n'y avait pas de livres. Pour être précis, il y avait bien la collection complète des œuvres d'Alexandre Dumas enfermées dans une armoire vitrée. Mais on n'avait pas le droit de l'ouvrir, comme si nous allions user ce superbe trésor relié cuir et doré à l'or fin... Heureusement pour moi, on m'a un jour conduit à la bibliothèque où les livres, tous les livres, étaient là, disponibles, accessibles. J'y ai appris la presse, j'y ai appris le goût des histoires, j'y ai appris les poètes, j'y ai appris les encyclopédies. Plus tard, j'y ai appris l'érotisme, le sordide et les gens qui souffrent. J'y ai appris ce qu'on n'apprend pas à l'école. J'y ai appris que la vie, toute la vie, était inscrite dans les livres. Longtemps j'ai cru qu'ils ne racontaient que de belles histoires. Mais dans les bibliothèques, j'ai appris que les livres pouvaient décrire toutes les facettes de la vie.

De toutes ces heures, je retiens la consultation des petites armoires à tiroirs où les fiches de tous les ouvrages en stock étaient classées. Depuis, la présence des ordinateurs a fait disparaître ces meubles particuliers. De ces heures, je retiens surtout mes déambulations dans les rayons piquant parfois un ouvrage dont le titre ou l'auteur m'accrochaient. J'ai souvent laissé faire le hasard. Souvent j'étais déçu mais combien de fois ai-je été conquis ?

Je suis assez vite devenu un spécialiste de la classification décimale. J'ai pris un plaisir immense à rechercher, à retrouver et à ranger les différents livres selon les dix catégories imaginées pour classer toutes les connaissances humaines. Pour autant, c'est le secteur des romans qui m'a toujours le plus accroché. Tous ces auteurs alignés par ordre alphabétique ont exercé sur moi une attirance magnétique qui a participé à la mise en place de mon insatiable appétit de lire.

C'est naturellement vers ce secteur que mes pas me conduisent. D'un regard lent, je parcours les étagères. Boudard côtoie Chateaubriand. Viennent ensuite Gary, Hemmingway, Jarry. Je saute quelques rayonnages. J'arrive à Labro, Montaigne, Pascal, Queneau, Sartre... Ma mémoire s'emballe. Je me revois adolescent découvrant « La nausée ».

Presque instinctivement, j'ai sorti quelques livres que j'ai glissés sous mon bras. Mais le temps passe si vite. Je sais qu'il me faut rejoindre la section jeunesse car mes deux petits bouts vont me chercher. L'heure du conte ne dure pas si longtemps...

Je les retrouve l'un contre l'autre plongés dans « Puni-Cagibi !». Simon ne lit pas encore mais il raconte tout de même l'histoire à son petit frère. Je leur annonce qu'il faut désormais faire le choix des livres que nous allons emporter pour quelques jours à la maison. En quelques secondes, je me retrouve en face d'une pile dans laquelle il va falloir trier. J'explique qu'il est possible d'emprunter quelques livres mais en nombre limité. Alors, nous faisons une sélection dans la masse que mes deux garçons ont réunie. A mon grand étonnement, Jules ne lâchera pas « Plouf ! » qu'il a gardé toute l'après-midi.

Ce soir, nous prolongerons la magie de la bibliothèque avec cette petite partie que nous aurons rapportés chez nous. Une sélection qui nous permettra d'attendre jusqu'à notre prochaine visite, notre prochain voyage.

par Roland Ivy publié dans : Histoires comme ça communauté : L'écriture dans tous ses états
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Lundi 21 janvier 2008

 

- Dominique, tu dors ?

- Non, non.

- Tu as entendu ?

- C'est le bébé. Ne bouge pas. J'y vais.

- Tu m'appelles si tu as besoin d'aide...

- Oui. Essaie de te rendormir.


D'un bond, Dominique est dans le couloir. Dans la chambre le bébé grogne doucement. Pas la peine d'allumer ; la veilleuse qui diffuse une douce clarté bleue lui permet d'avancer jusqu'au berceau. Une main posée sur le petit front suffit à constater qu'il a de la fièvre. Pour autant, il vaut mieux vérifier l'ampleur des dégâts.


Dix ans de pratique en tant que pédiatre lui donnent la dextérité pour rapidement déshabiller le petit et lui mettre le thermomètre qui indique 38°5. A trois mois, la poussée des premières dents s'accompagne souvent de pics de fièvre importants. Dominique examine le bébé et vérifie que les tympans ne sont pas congestifs. De plus, dans la bouche, les gencives sont toutes gonflées. Non, pas de doute. Dans ses bras, le petit continue à pleurer.


- Tout va bien ?

- Oui, Claude. Ce sont juste les dents... Puisque tu es debout, peux-tu me passer le sachet que j'ai rapporté de la pharmacie ? Il est dans la cuisine, dans la corbeille à fruits.

- J'arrive tout de suite.


Pendant que Claude disparaît, Dominique berce doucement le bébé et lui fredonne un petit air. Mais l'enfant ne se calme pas.


- Tu veux que je lui donne quoi ?

- D'abord, des granules de chamomilla homéopathique. Tu renverses le petit tube bleu et tu appuies sur le bouchon cinq fois. Les granules vont tomber dans le bouchon.

- Comme ça ?

- Parfait. Verse les granules directement dans sa bouche sans les toucher avec tes doigts.

- Tiens mon petit lapin...

- Ensuite tu vas préparer l'Efferalgan. Il faut verser le produit dans le tube doseur. Il pèse 6kg et demi. Il y a des graduations sur le côté...

- Pas de problème.

- Pendant ce temps, je vais lui masser les gencives avec du baume apaisant.


Tout en passant son index sur les gencives douloureuses, Dominique reprend sa chanson. Peu à peu, bébé se calme. Claude et Dominique ne sont pas inquiets, ils sont juste préoccupés par cet impondérable qui leur fait passer leur première nuit blanche de parents.


La respiration du petit devient plus régulière. Il s'est endormi sur l'épaule de Dominique. Claude écarte la couette, prend le petit dans ses bras, dépose un baiser sur son front et le recouche.


Dans la nuit, Claude et Dominique tirent la porte de la chambre de leur enfant, s'embrassent tendrement et filent se recoucher.

par Roland Ivy publié dans : Humeurs communauté : Au fil des mots
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Dimanche 20 janvier 2008

 

- Quand la voiture démarre, tu cours. Écarte bien les jambes pour ne pas te prendre dans les miennes. Très vite, tu vas sentir qu'on décolle. Compris, Francès ?

- Oui. Enfin, je crois.

- Alors, on y va.

 

- Antonio tire sur la sangle et je me retrouve collé à son dos. Comme deux siamois étrangement réunis, nous marchons sur la piste et nous nous approchons de l'extrémité du câble qui traîne derrière la décapotable. Le grand champignon de toile vert et jaune s'est gonflé derrière nous et nous avons du mal à avancer. Mon compagnon fixe le mousqueton sur son baudrier et me crie :


- Alors, Francès, t'es prêt ? C'est parti...

 

Il fait un signe de la main vers la voiture et Luisa met les gaz. Je me sens tiré vers l'avant. Je me mets à courir les pieds en canard. A peine avons-nous fait dix mètres que le parachute s'élève au dessus du vieil aéroport. Pourtant je continue à actionner mes jambes comme si notre ascension en dépendait. Malgré le vent, j'entends Antonio qui éclate de rire.


- C'est bon, Francès, tu peux arrêter de courir.

 

En prenant de l'altitude, nous nous rapprochons de la verticale de la voiture qui continue sa course folle.


- On va larguer le fil. Attention !

 

D'un coup, je nous sens propulsés vers le haut et le vent cesse de me siffler aux oreilles. Je jette un coup d'oeil à Luisa qui a pris une courbe au moment où nous avons libéré le câble. Elle nous fait un grand geste du bras et je l'entends crier :


- A tout à l'heure dans les mangos...

 

Il fait un temps magnifique. Le ciel est dégagé et Antonio commente le paysage.


- Là-bas, vers l'ouest, c'est la Bolivie... Aucun risque que le vent nous pousse de l'autre côté de la frontière.

- Ça tombe bien, j'ai laissé mon passeport dans la voiture

- Remarque avec le maillot de Zidane sous ta combinaison, je suis convaincu que tu seras bien accueilli.

 

J'avais acheté ce maillot spécialement pour ce voyage. J'avais dit au type qui devait m'accueillir à l'aéroport de Caracas qu'il pourrait me reconnaître car je porterais le maillot de l'équipe de France. En fait, c'était une fausse bonne idée. Dans l'avion, nous étions au moins six à porter ce maillot, sans parler des gamins. La finale de Saint-Denis qui s'était tenue trois jours plus tôt était encore dans toutes les mémoires.


Sans que je comprenne quoi que se soit à ce qu'il fait, Antonio mène notre parachute en tirant sur les fils. Parfois, il me semble que nous remontons. En fait, nous plongeons vers la vallée. J'ai bien perçu que nous faisons de grands cercles autour d'une espèce de pré cerné de grands arbres. Au bout d'un quart d'heure, Antonio me montre la voiture qui débouche dans le pré.


- Luisa est arrivée. Juste à temps car on va se poser.

 

Je l'entends qui grogne au cours de la manoeuvre. Tout ne semble pas se passer comme il le souhaite. A l'approche de l'atterrissage, une petite appréhension monte en moi.


- Il y a un problème de vent. Je n'arrive pas à nous mener où je veux. Je crois qu'on va se prendre les arbres. Tu as ton casque, Francès ?

 

Instinctivement, ma main se porte à ma tête. Avec la panique, je réalise à peine que c'est la première chose qu'Antonio m'avait fournie en m'équipant. Il en a lui-même vérifié le serrage. Je trouve que le sol se rapproche un peu trop vite. Nous fonçons sur la cime des arbres chargés de fruits...


Contrairement à ce que je craignais le choc n'est pas très violent. Quelques branches cassent en nous offrant le passage jusqu'au sol. Au dessus de nous, un sinistre déchirement troue le silence.


- Mierda !

 

Trop content d'avoir atteint le sol en un seul morceau, j'avoue ne pas m'inquiéter de l'état de la toile. Par contre, Antonio qui se libère de moi d'un geste sec paraît très contrarié.


- Les garçons ? Où-êtes vous ?

- On est là, Luisa.

- Alors, Roland, ce vol ? Tout va bien ?

- Mais il n'a rien ton primo Francès. Par contre ma toile est foutue

- C'est bien fait pour toi. A chaque fois, c'est le même cinéma. Tu fais exprès de foncer dans les arbres pour faire peur à celui qui saute avec toi.

 

En souriant, elle me lance une mangue grosse comme un ballon de rugby. Je l'attrape au vol. Je sors mon couteau, j'entaille la peau du fruit et je croque à pleines dents dans la pulpe gorgée de sucre et de soleil.

par Roland Ivy publié dans : Histoires comme ça communauté : Nouvelles d'ici et d'ailleurs
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Vendredi 18 janvier 2008

C'est avec un poids sur l'estomac dû à l'abus de mousseux et de petits fours que Roland repousse la porte de son petit appartement.

D'un geste las, il pose sur la table la boîte de cigares que le chef de bureau lui a remise lors de son discours. Les "33 ans de bons et loyaux services", "agent toujours ponctuel", "personnage d'égale humeur", "pilier de la société", "mémoire du service" lui reviennent en vrac à la fin de cette journée qui met un terme définitif à son parcours professionnel. La petite fête organisée en son honneur désormais terminée, il entame le temps de sa retraite qu'il compte consacrer à ses petites bêtes.

Sans prendre le temps d'ôter son pardessus, il se précipite sur sa serviette en cuir noir pour en extraire une grosse boîte d'allumettes au couvercle percé afin de libérer Martine, son plus beau spécimen de tarentule qui doit trouver que la journée est exagérément longue.

Il s'installe dans son fauteuil, dispose le porte document sur ses genoux, actionne le fermoir, repousse le rabat et fouille dans la grande poche centrale.

A sa grande surprise, sa main rencontre un morceau de papier qui n'a aucune raison d'être là. Il le sort lentement. C'est une grande enveloppe couleur lavande avec un petit cœur dessiné dans le coin supérieur gauche. Aucune autre inscription…

Étonné, Roland ouvre l'enveloppe et en extrait plusieurs feuilles de bloc sténo couvertes de petites pattes de mouche en lignes très serrées dont il commence la lecture.

Cher Monsieur Roland,

C'est avec beaucoup d'émotion et énormément de tristesse que je vous adresse ces quelques lignes. Quand vous les lirez, je vous aurai vu pour la dernière fois. En effet, demain sera votre dernier jour avec nous et vous nous quitterez pour toujours sans doute pour vous installer dans la maison que votre mère vous a léguée en Bretagne.

Demain à l'occasion de la petite cérémonie qu'on vous a préparée, vous recevrez un cadeau dont je sais qu'il ne vous fera pas plaisir. Monsieur Duval n'a pas voulu m'écouter quand je lui ai dit que vous ne fumez pas le cigare mais la pipe. D'ailleurs, personne ne vous a jamais vu fumer au bureau. Moi, je vous ai vu ramasser votre pipe un soir où elle était tombée de votre imperméable quand vous vous prépariez à rentrer chez vous. J'avais proposé qu'on vous offre un ouvrage d'entomologie mais on a repoussé mon idée d'un grand geste de la main comme s'il s'était agi d'une mouche qui vient tourner autour d'un plateau de fromages. Pourtant, je vous connais, Monsieur Roland. Je dirais même que je suis celle qui vous connaît mieux que personne. Pensez-donc, depuis plus de trente ans, je vous observe. J'ai eu le temps de tout connaître sur vous.

Souvenez-vous, Monsieur Roland. Je suis là avec vous depuis le début. C'est vous-même qui m'avez accueillie lors de mon arrivée au bureau. Je sortais du cours Tapvit avec mon CAP en poche. Le chef de service, celui qui était avant monsieur Duval, m'avait dit : " Installez-vous là-bas. Je vous appellerai quand j'aurais besoin de vous !". J'avançais à petit pas à travers la grande salle où crépitaient les IBM à boule. Vous seul avez eu un regard pour moi. Vous vous êtes levé, vous m'avez déchargée de tout le fatras qu'on m'avait donné à l'intendance. Vous m'avez souhaité la bienvenue en repoussant délicatement ma chaise à roulettes quand je me suis assise. " Ne vous inquiétez pas, tout va bien se passer ". De vraies paroles de chirurgien à son patient avant de l'endormir. C'est grâce à vous, Monsieur Roland, que je ne suis pas repartie en courant ce jour-là. Vous m'avez appris la boîte et ses usages. Vous m'avez montré la machine à café. Vous m'avez conduite à la cantine à midi. J'aurais sans doute essayé le hachis Parmentier si vous ne m'en aviez pas dissuadée.

Vous m'avez aidée à prendre mes marques dans ce petit monde hostile où chacun semblait me prendre pour une petite gourde. Mais vous, Monsieur Roland, vous vous êtes toujours montré gentil avec moi.

Je me souviens du jour où on m'avait demandé de faire en urgence les photocopies pour la grande réunion du mardi matin. La machine s'est bloquée d'un coup et je n'ai pas réussi à la remettre en marche. Je commençais à paniquer, j'entendais glousser dans les travées de la grande salle. Je ne savais pas comment faire pour m'en sortir. Sans un mot, vous vous êtes levé, vous avez collé une grande claque sur le côté du photocopieur, vous l'avez éteint puis rallumé et vous avez réussi à extraire la feuille qui était coincée dans le trieur. Vous l'avez lancée dans la corbeille et vous êtes
retourné à votre place. C'est ce jour-là que je suis tombée amoureuse de vous. Vous étiez mon sauveur silencieux. La feuille, je l'ai reprise dans la poubelle. Je la garde avec tous les souvenirs que je conserve de vous.

Le jour de la fusion de la boîte avec la Gtech.Cie, un journaliste est venu faire un article. Il a pris des photographies. Sur l'une d'entre elles, on vous voit consciencieusement penché sur un dossier. Cet article a paru dans un grand journal du soir, je l'ai gardé précieusement. Il est dans mon classeur à côté du petit bouquet de muguet que vous m'avez offert en 1981. Je l'avais mis à sécher bien à plat entre deux livres de retour chez moi.

Quand la direction a décidé de remplacer les machines à écrire par des ordinateurs avec logiciel de traitement de texte, j'ai vraiment cru que j'allais perdre mon poste. Vous avez convaincu le chef de service qu'il était indispensable de faire suivre un stage de recyclage à toutes les secrétaires. J'avais une peur bleue de ce satané engin mais je me suis accrochée ; j'avais tellement peur de vous perdre.

Et il y a eu le réaménagement de la grande salle. Finis les bureaux en rangs d'oignons. Il fallait aérer, créer de la convivialité, restructurer les espaces de travail. Les bureaux ont été regroupés par quatre, disposés en marguerites. Au début, j'étais installée juste en face de vous. En guise de convivialité, je ne voyais que votre crâne à travers le plexiglas qui démarrait à mi-cloison séparant les bureaux d'une même marguerite. Le nouvel aménagement nous rapprochait mais vous rendait à peine visible pour moi. Alors, quand Christine a été licenciée – elle n'a jamais pu s'habituer aux nouveaux rythmes imposés par Monsieur Duval – j'ai demandé à prendre son bureau. J'ai prétexté un reflet sur l'écran de mon ordinateur. On m'a placée sur la marguerite située juste à côté de la vôtre. De là, j'ai une vue imprenable sur vous. Je vous observe de ce poste depuis maintenant sept ans. Je vous ai vu vieillir comme nous tous. Vous avez perdu vos cheveux, vous avez pris un peu de ventre. Mais votre regard est toujours aussi beau.

De ma place, je ne perds aucun de vos faits et gestes. C'est comme ça que je pu percer le mystère de la boîte d'allumettes que vous traînez partout. Je vous ai souvent vu y glisser quelques miettes de gâteau à l'heure du café. Je dois vous avouer quelque chose, Monsieur Roland. L'autre jour, à la cantine, c'est moi qui ai lâché les mouches qui ont tant fait râler la Jocelyne. Elle s'en est prise à vous, mais vous n'avez même pas bronché. Plus personne ne peut la supporter celle-là… Faut dire qu'elle couchait avec l'ancien chef de bureau et que Monsieur Duval n'a pas l'air de vouloir lui succéder dans tous ses dossiers.

Chaque année, lorsque la feuille des congés circulait, je me précipitais pour déposer les mêmes jours que vous. Je ne supportais pas ces vacances où j'étais loin de vous mais je me consolais toujours en pensant à la rentrée.

Quand ils ont institué les horaires mobiles et les RTT, j'ai eu très peur de vous voir moins souvent. C'était idiot de ma part car vous n'avez jamais changé vos habitudes. Tous les jours vous quittez votre domicile à 8h10. Vous prenez le bus 23 quand il passe au bout de votre rue à 8h14 et vous arrivez au bureau à 8h43 ce qui vous laisse juste le temps de prendre l'ascenseur pour commencer votre journée à 8h45. Avez-vous remarqué que nous prenons le même ascenseur chaque matin ? Vous ne manquez jamais de me sourire en appuyant sur le bouton du 14ème étage. Chaque matin, vous passez votre serviette devant l'œil électronique pour me laisser passer devant vous. J'attends ce moment avec impatience. Ce que je préfère, c'est quand nous sommes seuls dans la cabine. Comme j'aurais aimé que l'ascenseur tombe en panne au moins une fois.

Lorsque votre maman est décédée, l'an dernier, vous avez été absent pendant une semaine. J'ai cru mourir. Et si vous n'alliez jamais revenir ?

C'est pourquoi, Monsieur Roland, je suis tellement angoissée à l'idée de savoir que lundi prochain vous ne serez pas au départ de l'autobus 23 de 8h14, que vous ne serez pas à notre rendez-vous de l'ascenseur.

Je ne pouvais vous laisser partir sans vous raconter tout ça, même si j'imagine que vous me prendrez pour une petite idiote. Je vous souhaite une bonne retraite, Monsieur Roland.

Je vous salue bien tendrement.

Sylvie


Roland reposa la lettre sur ses genoux et sortit sa boîte d'allumettes de sa sacoche. Il fouilla dans la poche de son imperméable à la recherche de sa pipe qu'il bourra lentement avant de l'allumer à la flamme de son briquet.

- Martine, dit-il à travers les trous après quelques bouffées. Nous avons perdu beaucoup trop de temps. Qu'est-ce que tu dirais si une adorable petite ex-secrétaire venait s'installer avec nous dans la maison de Pornic ?

par Roland Ivy publié dans : Histoires comme ça communauté : Nouvelles d'ici et d'ailleurs
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Jeudi 17 janvier 2008

" De vagues souvenirs d'un vieux film américain ", " des similitudes avec une série TV des années 90 ". Tels avaient été quelques-uns des commentaires que j'avais reçus lorsque j'ai donné à lire une première version de ce texte, il y a quelques mois. Il est possible que j'aie été influencé bien que je n'arrive pas à me rappeler de ces " sources ". Je vous en livre aujourd'hui une version légèrement remaniée. Si vous avez des indices à me communiquer sur ce qui aura pu me suggérer cette histoire, je suis preneur...


Ma tendre amie,

Lorsque vous lirez ces lignes, il est fort probable que je ne sois plus de ce monde. Tout m’incline à penser que je ne serai plus parmi vous demain matin et que l’incroyable série d’événements positifs qui se sont déroulés pour moi au cours de cette semaine se termine par un épilogue fâcheux.

Tout était écrit.

Mais le mieux est peut-être que je vous raconte tout depuis le début.

Il se trouve que depuis dimanche, je découvre, sur le pas de ma porte, un journal. Ce journal est tout à fait normal, à cette seule différence qu’il s’agit, à chaque fois, du journal du lendemain. C’est pourquoi depuis lundi, il m’a été possible d’anticiper les événements du jour à mon avantage.

Ainsi ai-je pu prévenir les autorités avant l’accident qu'allait provoquer les fissures intervenues dans le barrage du Suzon et faire éviter la catastrophe qui n’aurait pas manqué de se dérouler en début de semaine. De même, mardi, j’ai pu me trouver au bon endroit pour que soit pris en charge au plus vite le petit Julien qui s’était égaré en jouant dans les bois de Mertaux. Connaissant à l’avance les résultats du loto de mercredi, j’ai pu jouer les bons numéros et devenir le plus fort gagnant à ce jeu depuis sa création.

Vous connaissez parfaitement ce que j’ai pu réaliser aujourd'hui. Ce n’est pas par hasard que je me trouvais sur le Pont des Gardes au moment où vous vous apprêtiez à en sauter. J’ai réussi à vous convaincre de ne pas le faire. J’espère vous en avoir définitivement persuadée.

La journée que nous avons passée ensemble a été la plus belle de toute ma vie. J’ai rencontré en vous un être exceptionnel, une personne si douce et agréable. Vous dire que je suis immédiatement tombé amoureux de vous ne changera rien à l’affaire mais c’est pourtant la vérité la plus absolue. Je vous aime, ma tendre amie. Et les nouvelles que j’ai apprises me concernant pour demain vendredi me plongent dans un désespoir incommensurable car je sais maintenant, qu’après avoir tout obtenu au cours de cette semaine – gloire, richesse, amour -, je vais tout perdre au cours de cette journée.

On annonce dans le journal que je viens de trouver en rentrant chez moi qu’on trouvera mon corps sans vie en bordure du contournement Est de la ville. Bien évidemment, je ne vais pas me rendre à cet endroit. Bien évidemment, je vais tout faire pour qu’il ne m’arrive rien. Mais depuis lundi, j’ai pu constater que tout ce qui était écrit s’est réellement passé. Je ne peux pas imaginer une seconde que, cette fois, le journal se sera trompé.

Je veux que vous sachiez que je ne regrette rien de cette semaine et surtout pas la journée d’aujourd'hui. Si je n’avais jamais reçu ces journaux, rien de tout cela ne me serait arrivé et je ne vous aurais jamais rencontrée. Pour autant, en regardant la réalité en face, je n’aurais sans doute pas réalisé les choses incroyables qui ont eu lieu depuis lundi mais surtout, rien n’indique que mon décès annoncé pour demain ne serait pas tout de même survenu.

Le destin est amer, mais ainsi va la vie.

Je forme des voeux pour que vous trouviez le bonheur et vous prie de trouver dans cette enveloppe le ticket gagnant du loto pour que vous puissiez en retirer le prix. Je sais, parce que vous êtes une grande âme, que vous saurez en faire bénéficier autour de vous.

Quant à moi, je vais m’enfermer chez moi tout au long de cette journée en espérant, sans trop y croire, que le journal se sera trompé.

Je vous aime, ma tendre et douce amie.
Soyez heureuse tant que durera votre vie.
De tout mon cœur. De toute mon âme.
Avec tout mon amour.

Roland

par Roland Ivy publié dans : Histoires comme ça communauté : Au fil des mots
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Mardi 15 janvier 2008

 

- C’est un excellent choix qui se mariera parfaitement avec les plats que vous avez commandés. Je vous apporte tout de suite cette bouteille de " Clos de la Roche ". 

Alors que le sommelier s’éloigne, je regarde mon ami Max d’un œil amusé.

- Tu me fais toujours rire lorsque tu consultes une carte des vins. Il y a une telle passion dans tes yeux à ce moment précis. Qu’est-ce que tu nous as encore choisi cette fois ?

- Un Bourgogne. Un Morey-Saint-Denis. Tu verras, c’est un vin exceptionnel.

- Ça ne m’étonne pas de toi. Tu es originaire de là-bas, n’est-ce pas ?

- Oui. Je suis né à Dijon. Mon père était médecin et il avait un cabinet à Morey. J’y ai passé toute mon enfance jusqu’à ce que je monte à Paris pour mes études. Quand je consulte une carte des vins, je fais toujours une plongée dans le passé.

- Oui mais, quand tu as commandé ce vin, j’ai constaté dans tes yeux une lueur inhabituelle. Il te rappelle quelque chose de particulier ?

- C’est tout à fait ça. Regarde.

Je sors mon portefeuille et j’en extrais une photographie que je tends à mon ami.
clos-de-la-roche-remy.jpg

Devant cette photographie d’une grille en fer donnant sur des vignes, je sens pointer chez Max de la curiosité. A cet instant, le sommelier revient vers nous, une bouteille roulée dans une serviette à la main. Il me montre l’étiquette sur laquelle est reproduite l’image de la porte que je viens de montrer à Max. De ses gestes habiles, il l’ouvre devant nous et me sert un fond de ce nectar à la couleur brique si particulière. Je prends mon verre, l’agite un peu, hume les parfums, vérifie qu’il n’est pas bouchonné et fais un petit signe de la tête au sommelier qui nous sert avant de s’éloigner, l’air satisfait.

- Attends un peu, il est trop frais. Laisse-le se réchauffer, il va s’ouvrir.

- A tes ordres. C’est toi le spécialiste. Mais si je ne peux pas le goûter maintenant, raconte-moi pourquoi ce vin t’est si cher. Pourquoi diable te promènes-tu avec cette photo dans ta poche ?

- Tu dois savoir qu’en Bourgogne, le vin est une institution, un art de vivre. Chaque territoire a sa production spécifique. Les grands vins ont des appellations qui correspondent à des parcelles parfois minuscules qui ont autrefois été délimitées de façon très précise. Elles sont le plus souvent simplement marquées par des bornes et parfois sont encadrées par des murs. C’est le cas du Clos de Vougeot par exemple. La dénomination " clos " est d’ailleurs spécifique. Dans le cas du Clos de la Roche, la parcelle est juste bornée. Il y a seulement cette porte flanquée de ces deux poteaux qui en marque symboliquement l’entrée. De Dijon à Beaune s’étend la Côte. La route nationale traverse des villages dont le noms sont prestigieux. Tiens, écoute : Marsannay, Couchey, Fixin (il faut dire Fissin), Gevrey-Chambertin, Morey-Saint-Denis, Chambolle-Musigny, Vougeot, Vosne-Romanée, Nuits-Saint-Georges. Ça cause, tu ne trouves pas ?

- Tu as raison.

- Le Nuits-Saint-Georges est connu jusque sur la lune. Jules Verne l’avait mis dans son roman " Autour de la Lune ". Ses personnages en ouvrent une bouteille au cours de leur périple.

- D’accord, d’accord. Mais reviens à ton histoire, s’il te plaît.

- Quand j’étais lycéen, j’allais au Lycée de Brochon, à cinq kilomètres au nord de chez moi. Il a été construit dans le parc du château d’un certain Stephen Liégeard. Ce brave homme, qui n’est pas passé à la postérité malgré son envie, disait qu’il ne manquait qu’une seule chose à la Côte d’Or : les châteaux de la Loire. Alors, comme il était riche – sa femme surtout -, il avait fait construire une magnifique bâtisse qui ressemble beaucoup à Azay-le-Rideau. Il y avait une quarantaine de chambres. Pour tout te dire, il taquinait un peu la muse et espérait devenir Académicien. Son idée était de pouvoir accueillir les Immortels chez lui après son élection. Tous les ans, il leur adressait à chacun, une caisse de Nuits. Craignant sans doute de ne plus recevoir ce cadeau, les Académiciens ne l’ont jamais élu. Ce doux rêveur est tout de même devenu célèbre mais sans qu’on le sache vraiment. Dans sa vie publique, il était sous-préfet. C’est lui que Daudet a croqué dans son texte " Le sous-préfet aux champs ". De plus, en souvenir de sa Côte d’Or natale, on lui doit le nom de la Côte d’Azur. Ça t’en bouche un coin, n’est-ce pas ?

- Drôle de personnage, en effet.

- De nos jours, le château sert d’internat pour les filles du Lycée.

- Pas d’Immortels, mais des jeunes filles en fleur…

- C’est exactement ça. Quitte à choisir, j’aurais opté pour cette deuxième solution. Donc, quand j’étais lycéen, j’allais à Brochon. C’est là que j’ai rencontré Corinne. Elle a été mon premier amour.

- Nous y voilà…

- Tout juste. Chaque matin, nous nous donnions rendez-vous devant la porte du Clos de la Roche. Tous les matins, nous faisions, main dans la main, le chemin jusqu’au lycée. Tous les soirs, nous revenions à notre point de départ. C’est là que je la laissais. Dix kilomètres par jour, quel que soit le temps, à travers les vignes. Pendant trois ans, nous avons parcouru ensemble ces chemins tortueux et parfois boueux. Tu comprends ?

- Et alors, qu’est-elle devenue ?

- Lorsque je suis monté à Paris, Corinne est restée sur Dijon. Elle y a fait ses études.

- Et après, tu l’as revue ? Qu’est-ce qui s’est passé ?

- Elle vit à Paris. Elle est professeur de Lettres au lycée Charlemagne. Elle est mariée, elle a quatre enfants.

- Et tout à l’heure, quand tu as commandé le vin, tu as repensé à ton amour de jeunesse perdu. Toi aussi tu es un sacré rêveur, Roland, comme ton Stephen Liégeard.

- Pourquoi perdu ? Corinne est ma femme. Nous nous sommes mariés quelques années plus tard. Il faudra que je te la présente. Je lui ai souvent parlé de toi. Maintenant, goûte ce vin et déguste bien.

par Roland Ivy publié dans : Histoires comme ça communauté : Nouvelles d'ici et d'ailleurs
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Lundi 14 janvier 2008

" G pa pu fR lè Coms ke jvoulè Kr mon boss m’a filé 1 taf ‘ d’enfR. En + y’a mon mom k déchiré mè feuye. E pi la chodiR a PT. San parlé dma MR K rejoin mon PR au siL. "

Vous n'avez pas pas tous capté ?
C’est clair…
Si vous avez plus que 15 ans, vous aurez peut-être besoin de la transcription ci-dessous.

" J’ai pas pu faire les commentaires que je voulais car mon boss m’a filé un taf’ d’enfer. En plus, y’a mon môme qu’a déchiré mes feuilles. Et puis, la chaudière a pété. Sans parler de ma grand-mère qu’a rejoint mon grand-père au ciel. "

Mais j’en vois encore parmi vous - les puristes - qui ne seront pas satisfaits de cette version. En Voici une dernière. Ils y trouveront, je l’espère, de quoi satisfaire leur appétit de tournures correctes et valablement libellées.
 

" Je n’ai pas réussi à vous faire parvenir les commentaires que je m’étais promis de vous adresser parce que j’ai été fortement sollicité par des activités professionnelles aussi chrono phages qu’essentielles. De plus, il me faut vous dire que mon petit dernier, la chair de ma chair, mon petit amour, a utilisé mes premières notes sur vos textes pour réaliser une superbe composition plastique du plus bel effet, mais rendant mes productions initiales totalement inutilisables. C’est à ce moment précis qu’un incident domestique mineur nous a privés de chauffage du fait de la rupture intempestive du brûleur de l’appareil de production d’eau chaude de notre résidence familiale. Enfin, s’il m’est encore donné d’abuser de votre patience, sachez que le décès de ma grand-mère nous a contraints à un départ inopiné en province de façon à organiser le rapatriement de sa dépouille dans le caveau familial où feu mon aïeul paternel l’attendait depuis plus de trois décennies. "

Ca fait un peu bidon comme excuses mais je n'ai pas trouvé mieux.



par Roland Ivy publié dans : Humeurs communauté : L'écriture dans tous ses états
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Jeudi 10 janvier 2008

 

- Tiens, salut, ça va ? Mais qu’est-ce qui t’est arrivé ? Pourquoi portes-tu une minerve ?
- C’est rien. J’ai juste eu un petit accident en rentrant et j’ai mal au cou.
- Rien de grave, j’espère ?
- Non, non. Je te remercie.
- Tu as vu Jésus ?
- Non, pas encore. Je le cherchais pour l’embrasser.
- Alors tu n’es pas au courant ?
- …
- Il nous a raconté ses vacances ce matin dans la navette.
- Et alors ?
- Il a passé ses congés sur une petite planète du secteur 3. La Terre, je crois qu’elle s’appelle. Tu connais Jésus ? Il faut toujours qu’il fasse le rigolo. Déjà au bahut, alors t’imagines en vacances…
- Tu as raison.
- Rien que pour son arrivée, il a eu problème avec le pilote automatique de son vaisseau. En entrant dans l’atmosphère, ça a fait une grande traînée lumineuse, genre météore qui tombe. T’imagines le feu d’artifice ?
- Oui, oui…
- Alors jésus se cogne un atterrissage de fortune dans un bled nommé Bethléem. Pas une chambre de libre. Il a été obligé de passer la nuit dans une étable avec un couple de passage. Des gens très sympas, un charpentier et sa femme venus dans le coin pour une histoire de recensement et avec qui il a passé la première partie de ses vacances.
- Et après ?
- Des types avaient vu son astronef qui s’était mis en torche. Alors, ils sont venus voir ce qui se passait. Arrivés à l’étable, ils trouvent notre jésus, roupillant comme un sonneur entre un bœuf et un âne. Ils lui ont filé des tas de cadeaux et après ils ont fait une grande fête en se partageant un gâteau aux amandes. Mais je n’ai rien compris à cette histoire de galette.
- Et après ?
- Après, Jésus a fait un long trekking dans le désert, il est allé se baigner dans un fleuve qui s’appelle le Jourdain et il a même fait du ski nautique sur un lac. Il paraît que sa ceinture antigravitationnelle a fait un effet sensationnel.
- Et ensuite ?
- Il a rencontré une douzaine de types qui zonaient dans le coin et ils ont fait les 400 coups ensemble. Ils ont même été invités à une noce au cours de laquelle Jésus a fait son numéro de magicien en transformant de l’eau en vin.
- Et après ?
- Petit à petit, Jésus a commencé à devenir célèbre et ses potes l’ont convaincu d’aller se produire à la capitale Jérusalem. Ca faisait un drôle de chemin. A la fin Jésus était crevé, alors il a fini la route sur un âne. Mais il faisait une chaleur d’enfer et les gens qui l’ont vu passer tout transpirant ont ramassé des rameaux d’olivier pour l’éventer sur son passage.
- Et après ?
- Je crois qu’il a eu des embrouilles avec les stars locales qui avaient sans doute peur que Jésus leur pique leur job. En tout cas, il avait du succès auprès des filles. Un jour, il y en a une qui lui renversé son parfum sur la tête pendant que d’autres embrassaient ses pieds sur son passage.
- Et alors ?
- Et bien comme on approchait de la fin des vacances, Jésus a organisé un banquet avec ses copains. Une super fête. T’imagines la Cène ?
- Pas trop, non.
- Bon, c’est pas grave. Après le repas, il y a eu des types qui trouvaient qu’il y avait trop de bruit et qui ont appelé les flics pour arrêter jésus.
- Alors ?
- Jésus a dû se sauver et montant au sommet d’une grande colline. Là, il a failli se faire très mal.
- Pourquoi ?
- En sautant de l’autre côté de la colline, Jésus n’avait pas remarqué qu’il y avait une espèce de décharge avec des pieux et des rouleaux de fils de fer barbelé qui traînaient. Jésus s’est embroché là-dedans. Tu verrais les blessures qu’il s’est fait aux mains, aux pieds, sur la tête et le long du corps. Sévère…
- Et après ?
- Et bien, Jésus a récupéré son vaisseau qu’il avait réparé depuis et il est rentré. Quelle aventure, hein ?
– Ouais, ouais…
- Dis donc. Tu m’as l’air bien sceptique. Tu n’y crois pas, toi, à ce qu’il nous a raconté ?
- Ce que j’en dis, moi…dit Judas.

par Roland Ivy publié dans : F(r)ictions historiques communauté : L'écriture dans tous ses états
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Mercredi 9 janvier 2008

undefinedLa pente est sévère. Les bretelles de mon sac à dos me cisaillent les épaules. Chaque pas est une souffrance. A mi-chemin du raidillon, je décide de faire une pause. Je tourne sur moi-même et je découvre la vallée des Laumes qui s’étend à mes pieds. Je ne m’attarde pas sur Vennarey et porte mon regard sur la grappe de collines teintées d’une couleur foncée, presque noire, à cause de l’orage qui approche. Mon cœur bat à tout rompre. Pourtant, je reprends ma lente et douloureuse ascension vers Alise-Sainte-Reine. La buraliste m’avait pourtant prévenu : " La montée sur Alésia, ça se mérite... Bon courage à vous ".  Je l’ai à peine remerciée en empochant ma monnaie et mon paquet de bonbons. Pour l’heure, tout mon corps est en douleur.

 

Le plateau est étonnamment dégagé. Passé le bourg qui a vu naître le Chanoine Kir, on arrive sur un vaste espace où sont encore visibles les vestiges de la ville gallo-romaine qui s’est édifiée sur le site. Il faut encore monter sur quelques hectomètres pour accéder à la statue de Vercingétorix. Il est tel qu’on nous a toujours dit à l'école : grand, fier, moustachu et chevelu. Son regard altier tourné à l’opposé de l’endroit où campait César. Ses mains sont posées sur ses armes. Mais ce visage n’est pas le sien. L’artiste l’a façonné en prenant modèle sur Napoléon III qui avait ordonné l’édification du monument. Malgré tout, du haut de ses sept mètres, juché sur son piédestal, Vercingétorix est véritablement imposant. Je l’observe depuis déjà de longues minutes mais mon cœur n’a toujours pas repris son rythme normal. Je le sens dans ma poitrine bien sur, mais surtout dans ma tête où les pulsations résonnent de plus en plus fort.

 

D’un coup, le vent se lève. D’énormes nuages menaçants s’amassent sur le plateau. Il faut partir rapidement. Je cours chercher refuge en plongeant vers le village. Des branches fouettent mon visage quand je rentre dans le sous-bois. Mes pieds glissent sur les cailloux de l’étroit sentier qui mène au théâtre de Roches où je pense m’abriter. Soudain, la foudre tombe sur l’arbre contre lequel je m’appuyais il y a un instant dans l’espoir de ralentir ma course. Le vacarme est assourdissant. Je bute contre une racine. Je tombe. J’entends mon épaule craquer en heurtant un rocher. La douleur est insoutenable. Je hurle. Je hurle et je sombre.

 

************

 

Un hennissement me tire du sommeil. Je repousse ma cape dans laquelle je m’étais enveloppé pour la nuit et me dirige vers le feu que Hervélix a maintenu allumé tout au long de sa garde. J’ai faim mais il ne reste presque plus rien. Je me contente de boire un peu et cherche à tromper mon estomac en croquant quelques herbes. Mes membres sont douloureux. C’est la bataille que nous avons menée hier. Cela fait une lune et demie que César nous a piégés sur cette hauteur. Nos réserves sont pratiquement épuisées mais nous tenons. Les secours que Vercingétorix a envoyé chercher dans toute la Gaule seront bientôt là. Vercassivellaunos est enfin arrivé. Mais césar n’a pas perdu son temps. Au début, il nous a encerclés en créant autour de nous une énorme barrière près de laquelle il a fait disposer des pièges rendant notre sortie impossible. Ensuite, pour se prémunir de l’armée de secours, il a fait construire une deuxième barrière encerclant la première à plusieurs milliers de pas. Ses hommes ont travaillé jour et nuit pendant que nous attendions, faits comme des rats. Quand les vivres ont commencé à manquer Vercingétorix a voulu faire sortir les femmes et les enfants qui étaient avec nous. Ce chien de César les a renvoyés. Si jamais j’ai la chance de m’approcher de lui pendant la bataille, je le transpercerai de mon glaive. J’en fais le serment.

 

Ma lame est encore toute rouge du sang des Romains que j’ai tués hier. Je la jette au feu pour la nettoyer. Quand la flamme l’aura rendue blanche je la martèlerai à nouveau et la plongerai dans l’eau. Ensuite je l'aiguiserai contre une pierre. Elle sera effilée comme un rasoir.

 

 

- Et bien, Mariamix, mon frère, tu me sembles bien pensif ce matin.

 

 

Je n’ai pas vu Vercingétorix venir vers moi. Je le serre contre ma poitrine et baisse la tête quand il relâche son étreinte. Nous avons grandi ensemble. Ma mère étant morte en me mettant au monde, je fus confié à la sienne qui nous éleva comme frères. Nous avons appris à marcher en nous tenant l’un sur l’autre, nous avons appris à nous battre en nous affrontant, nous avons appris à être des hommes en nous épaulant mutuellement. Pourtant, maintenant, il est notre chef et je lui dois obéissance. Quand son propre père fut assassiné par son oncle, il a pris la tête du peuple des Arvernes. C’est sous son impulsion que les tribus gauloises se sont réunies suite au concile des druides à la forêt des Carnutes. Enfin, c’est lui que nous avons choisi pour chef à Bibracte au cours de l’hiver dernier. Je ne comprends pas toujours toutes ses décisions mais il y a autour de lui comme une clarté. Il donne l’impression de comprendre tout ce que nous ne comprenons pas. Depuis les premières invasions romaines, c’est la première fois que l’assaillant est bousculé. J’ai été avec lui tout au long de son parcours et je le suivrai jusqu’à ma mort.

 

 

- Je réfléchissais en effet, Vercingétorix. Je réfléchissais à tout ce chemin que nous avons parcouru ensemble.
- Et tu te demandais comment il se faisait que je nous aie tous embourbés dans cette souricière ?
- Ca n’est pas vraiment ça. Je pensais à toutes ces batailles, à tous ces morts parmi nos amis et même chez les Romains. L’affrontement d’hier a véritablement été terrible. J’ai presque cru un instant que nous allions percer les fortifications et rejoindre l’armée de secours.
- Je l’ai cru aussi. Si nous l’avions fait, César serait déjà en déroute. Il s’en est fallu d’un rien…
- Mais nous tenterons notre chance à nouveau. Ils nous ont contenus par deux fois, la prochaine sera la bonne. César sera défait. La Gaule ne sera jamais romaine.
- Puissent les Dieux t’entendre et t’exaucer, mon frère.

 

 

Sur ces mots, il tourne les talons et va s’enquérir de la survie des quelques guerriers blessés que nous avons réussi à ramener jusqu'au camp. C’est la première fois que je sens du doute dans la voix de mon ami de toujours. Cette sensation me trouble mais j’imagine que je le perçois ainsi à cause de la faim qui me tenaille et des images de la bataille d’hier.

 

************

 

Il fait nuit lorsque je reprends connaissance. Je suis étendu sur le dos. J’ai perdu mon sac dans la chute. C’est la pluie qui m’a réveillé. Je suis complètement trempé et j’ai froid. J’essaie de me relever mais la douleur de mon épaule m’empêche de bouger. Au moins mon cœur est-il plus calme mais ma tête est toujours aussi lourde. Qu’est-ce donc que ces visions qui m’ont assailli tout à l’heure ? Quel est donc ce rêve que je viens de faire ? Qu’est-ce qui m’arrive ? La fièvre me reprend et je sombre à nouveau.

 

************

 

 

- Aux armes !

 

 

Les Romains nous attaquent pour la troisième fois. Je sens un goût de fer et de sang monter dans ma bouche. L’ultime bataille. Celle où tout se joue. Si nous réussissons à repousser les Romains et à établir la jonction avec l’armée de secours, tous nos efforts n’auront pas été vains. Il me semble qu’aujourd’hui est un jour où tout est possible. C’est la fin de l’été, le temps des récoltes. En nous affamant, César n’aura fait qu’attiser notre ardeur au combat.

 

Je me place à la droite de Vercingétorix. Je suis prêt à faire un rempart de mon corps si, par aventure dans la bataille, une lance ou une flèche risquait de le toucher. Tous les soldats romains seront sur lui. Celui qui tuera ou capturera Vercingétorix sera couvert d’or. D’ailleurs il le sait. Dans la bataille, de sa haute taille, il domine tout et ne se cache pas.

 

Comme à son habitude, il s’est totalement rasé le visage. Contrairement à nous tous qui portons moustache, il est parfaitement glabre ce qui lui donne l’air d’avoir dix ans de moins que moi. Son visage est clair, lumineux à nouveau. Disparu le doute que je croyais percevoir ce matin. Vercingétorix nous conduira jusqu’à la victoire. Cette fois j’en suis certain.

 

Tout la journée dure la terrible bataille. La victoire semble hésiter à choisir son camp. Nous croyons cent fois enfoncer les lignes romaines, cent fois ils nous repoussent. Nous pensons cent fois fléchir sous les coups, cent fois nous redressons la tête. N’y tenant plus, Vercingétorix décide de lancer toutes nos forces dans une sortie. La masse de nos troupes galvanisées par leur chef se rue sur une cohorte de légionnaires qui est laminée en quelques instants. Emportée par l’élan, nous dévalons la pente et nous retrouvons tous au fond d’une combe. C’est cet instant que César attendait. Du haut des collines qui nous entourent, des milliers d’archers se mettent en action. Nos camarades tombent tout autour de nous sous la pluie de flèches. C’est la déroute. Nous fuyons vers notre camp. Dans notre course, un pilum me frappe à l’épaule m’arrachant un cri de douleur. La nuit se fait autour de moi.

 

************

 

 

- Et bien, mon bon monsieur, on peut dire que vous l’avez échappé belle. Vous avez fait une sacrée chute et vous avez perdu beaucoup de sang.
- Qu’est devenu Vercingétorix ?
- Mais il est là-haut , sur la colline. Ce n’est pas la peine de vous agiter. J'ai fait appeler les secours. Les pompiers ne vont plus tarder.

 

 

Je ferme les yeux. Je ne suis plus avec lui.

 

************

 

C’est Vercingétorix qui m’a tiré de ma torpeur. Il me passait un linge sur le visage. La fraîcheur de l’eau m’a réveillé.

 

- Alors, chef, quelles sont les nouvelles ?
- Elles ne sont pas bonnes, mon frère. Pas bonnes du tout.
- Nos pertes ?
- Moins d’un de nos hommes sur dix est revenu après la dernière charge.
- Des blessés ?
- La moitié de ceux qui sont là.
- ….
- Et… Je te dois la vérité. Il semble que le druide ne puisse rien faire pour toi, mon frère… Je…
- Ne t’inquiète pas pour moi. Ca devait arriver un jour. Mais toi, comment vas-tu ?
- Je suis indemne, Mariamix. A peine quelques égratignures. Il faut que tout cela cesse. Mon frère, je te le dis à toi qui es mon plus fidèle ami. Demain, je vais me rendre à César. Qu’il prenne ma vie s’il la veut. Avec un peu de chance il saura conduire notre peuple dans la paix. Qui sait ?
- Je ne sais quoi te dire mon frère. Peut-être as-tu raison comme toujours.
-Je ne sais pas. Je ne sais plus...

Mais déjà, sa voix se trouble. Une étrange obscurité semble entourer son doux visage. A cet instant, moi, Mariamix, sur les collines d’Alésia, dans les bras de mon ami de toujours Vercingétorix, mon frère qui m’a conduit jusqu'ici, je rends mon âme aux esprits .

 

 

par Roland Ivy publié dans : F(r)ictions historiques communauté : Nouvelles d'ici et d'ailleurs
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Mardi 8 janvier 2008

J'ai reçu un abondant courrier de lecteurs en général jeunes qui m'interrogent sur la conduite à tenir vis à vis de leur amoureuse avec laquelle ils s'apprêtent à faire vie commune. Il s'agit d'un sujet sensible pour lequel je ne peux que me référer à mes échecs personnels compte tenu de l'extrême complexité de la personnalité des partenaires en question.

Pour autant, quelques règles simples devraient permettre au lecteur de se sortir des principales situations de la vie quotidienne.

1. L'agenda

Achetez-en un sans tarder car il convient d'y reporter quelques dates phares à côté desquelles vous ne devrez pas passer :

1.1 Les incontournables : son anniversaire, le jour de sa fête, le jour de votre rencontre, de votre premier rendez-vous...

1.2 Les importantes : le 14/02 (St Valentin), le 08/03 (journée de la femme), Noël, l'anniversaire de sa mère...

1.3 Les facultatives (qui sont en fait des musts) : Pastillez au hasard une date par mois. Ce jour-là, pointez-vous à la maison avec un bouquet de roses, emmenez votre compagne au théâtre, au restaurant, n'importe où. Si on vous demande pourquoi cette surprise, répondez simplement " parce que je t'aime ". (Succès garanti mais attention au trouble pouvant être provoqué par ce procédé auprès de quelques femmes particulièrement suspicieuses qui peuvent penser que cette attention cache quelque chose.)

2. La salle de bain

C'est un lieu stratégique qui occupe une place importante dans la vie de nos compagnes.

2.1 Passez-y un temps raisonnable et quotidien.

2.2 Lorsque vous sortez de la baignoire, séchez-vous avant, pour ne pas mettre de l'eau partout.

2.3 Pensez à rincer la baignoire (pas la peine de la javelliser à chaque utilisation tout de même). Idem pour le lavabo après le rasage.

2.4 Respectez le petit espace qui vous est réservé pour ranger vos affaires et ne faites aucun commentaire sur le nombre de flacons, tubes et pots qui vont peu à peu envahir toutes les autres étagères.

2.5 Pensez à mettre vos vêtements dans le bac/panier prévu à cet effet. (A noter : certaines maniaques tiennent absolument à ce que tout le linge soit lavé sur l'envers. Pour d'autres c'est l'inverse. De toute façon, vous serez vite fixé mais respectez cette lubie).

2.6 Attention : Même si on vous le demande, ne vous occupez pas du lavage. Vous vous engageriez dans quelque chose d'ingérable pour un cerveau masculin. Si on insiste, mélangez les couleurs sans tenir compte des différents tissus. Lavez le tout systématiquement à 90°, même les lainages. Cette manœuvre vous condamnera à un rachat des pièces endommagées mais cet investissement initial vous permettra bientôt d'entendre : " je ne veux plus que tu t'occupes du linge sale ! "

3. La cuisine

Autre lieu important dans lequel il convient de savoir faire sa place si l'on ne souhaite pas être obligatoirement associé à quelques régimes peu agréables que nos compagnes suivent de manière récurrente.

Il faut savoir investir en se dotant d'ustensiles indispensables :

3.1 Un lave-vaisselle.

3.2 Un four combiné micro-ondes-chaleur tournante-grill.

3.3 Un réfrigérateur-CONGELATEUR.

3.4 Consultez les fiches cuisine de son magazine préféré car elles sont absentes sur ce site. (Ne comptez pas sur moi pour en ajouter, il existe des sites spécialisés pour ça).

4. Le salon

C'est sans aucun doute le lieu qui va vous demander le plus d'efforts.

4.1 Renoncez à votre fauteuil personnel et investissez dans un confortable canapé où vous pourrez regarder la TV dans les bras l'un de l'autre.

4.2 Achetez de toute urgence un magnétoscope pour enregistrer les matches de foot, rugby, tennis et grands prix de F1 qu'il ne faut JAMAIS regarder en direct. Profitez de ces jours-là pour mettre à profit les conseils donnés au point 1.3 (Succès garanti ! ! ! ! ! !)

4.3 Même remarque pour les films d'action...

4.4 Blindez-vous pour être capable de regarder les émissions d'un bellâtre répondant au nom de Delarue, les films de Guimauve (gosses perdus, femmes battues, malades qui ont du mal à guérir...)

4.5 L'ADSL voire une deuxième ligne téléphonique vous seront indispensables, surtout si sa mère habite en Province. Prévoyez le budget en conséquence...

5. Lorsque l'enfant paraît

Si vous avez suivi les conseils donnés ci-dessus et si vous avez bien résisté, il est possible que d'ici peu vous soyez sollicité pour une petite contribution qui sera suivie de changements importants dans le fragile équilibre que vous aurez réussi à bâtir dans votre couple.

5.1 Ne paniquez pas.

5.2 Le jour de l'accouchement, demandez la péridurale. N'hésitez pas à prendre votre compagne par la main, vous aurez moins peur.

5.3 Ne paniquez pas.

5.4 Sachez que dans le domaine de la puériculture, d'importants progrès ont été accomplis ces dernières années (couches jetables, lingettes pour les fesses, le corps, les cheveux..., plus de stérilisation des biberons, lait déjà reconstitué, petits pots véritablement mangeables)

5.5 Ne paniquez pas.

5.6 Encouragez votre compagne à allaiter. Certes, il faut s'habituer à voir sa femme montrer ses seins à tout le monde mais on y gagne considérablement en confort personnel (surtout la nuit)

5.7 Ne paniquez pas.

5.8 Habituez-vous une fois pour toute à l'idée que " Vous n'êtes plus l'unique amour de sa vie ".

5.9 Ne paniquez pas.

5.10, 5.11, 5.12... Ne paniquez pas.

Parvenu au terme de cet article je me permettrai de vous rappeler que :

Les femmes épousent les hommes en se disant " il changera " et les hommes ne changent pas.

Les hommes épousent les femmes en se disant " elle ne changera pas " et les femmes changent.

 

par Roland Ivy publié dans : Humeurs communauté : Au fil des mots
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