Définitivement, une seule vie, ça n’est pas assez. Alors, j’ai décidé que j’en aurai davantage, beaucoup, au moins mille. Ce sont ces vies rêvées, imaginées, fantasmées que je vous présente dans ces pages.

Certaines sont plus longues que d’autres ; je les ai rangées dans des tiroirs spéciaux. C’est le cas pour " Volutes " et pour " Modèle vivant ".

Quand on a mille vies, il est normal qu’on en profite pour revisiter l’histoire. C’est ce que je fais dans " Fri(c)tions historiques ".

Tout le reste est rangé dans " Humeurs " ou "Histoires comme ça", tout simplement parce que je n’ai pas trouvé mieux que ces titres.

Bonnes Lectures

Roland 

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Merci aux 3718 visiteurs qui ont consulté 12401 pages sur ce site entre le 07/11/2007 et le 29/02/2008 

 

Lundi 31 mars 2008
Le mois dernier, je n'ai pas publié de hit parade mensuel. J'étais peut-être encore en hibernation...

Comme d'habitude, d'abord le top-5 des articles les plus visités :

1. Echappé belle
2. Jouer sa vie en moins de 50 secondes
3. Mes chères études
4. Should I stay or should I go ?
5. Le lundi de Roland

Cette fois encore, voici la liste dans l'ordre décroissant de mes articles préférés du mois :

1. Au bord de la route
2. Jouer sa vie en moins de 50 secondes
3. Echappé belle
4. En marge de la réception
5. Saint Valentin (Qui date du mois précédent mais qui n'avait pas eu droit à une publication dans mon top personnel...)

Un grand merci à tous pour votre fréquentation régulière malgré ma modeste production ce mois-ci et ma faible fréquentation de vos propres sites.


par Roland Ivy publié dans : Hits parades mensuels communauté : Au fil des mots
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Samedi 29 mars 2008

Alors que la Chris passait une « tragique nuit blanche à arpenter salon-couloir-atelier et retour en semant clopes partout, tenaillée par le terrible dilemme de sa réponse promise » à laquelle elle s'est attelée dès potron minet, le Roland passait une courte mais réparatrice nuit de sommeil après un copieux et arrosé dîner passé chez des amis.


Au matin, celui qu'elle nomme, avec tant de mansuétude et d'affection mêlées, un « écriveur du net » mais qui ne se considère, quant à lui, que comme étant un modeste « scribouillard du net » s'est levé frais et dispos pour rejoindre son lieu de travail qu'il doit encore fréquenter dans la matinée avant de profiter de cette fin de semaine qui marquera le passage à l'heure d'été. Pour être très franc, cette accélération des aiguilles de la montre pendant cette nuit particulière de aujourd'hui à demain est un moment qu'il apprécie particulièrement parce, chaque année, il en ressent comme un réel coup de fouet dans son métabolisme. Les soirées plus longues, le réveil de la nature et tutti quanti sonnent pour lui la fin de l'hiver...


Mais, là n'est pas la question et je vous prie d'excuser cette parenthèse totalement hors du propos de la joute que je goûte puisque cet amical échange de point de vues (et images du monde) en joute s'est transformée en cours de route, sans que je l'ai souhaité d'ailleurs. (N'en fais pas trop Louloute me rajouté-je, pris par le doute...)


Donc, si je résume, avec toute la mècitude empreinte d'esprit mathématique qui est sensée me caractériser, il existerait une écriture mâle ET une écriture femelle... Leurs centres d'intérêt et leurs façon de s'exprimer, sans parler de la teneur-même ce qu'ils racontent respectivement seraient totalement différents...


Putain-de-bordel-de-merde-aqueux-de-Bon-Dieu-mais-c'est-bien-sûr !!!!!!... Force est donc pour le Roland de constater qu'il existe sur Terre des mecs et des nanas.... En voilà, mon gars, une découverte intéressante. J'avais bien remarqué que j'avais une attirance particulière pour les secondes, mais je dois dire que ça m'ouvre des perspectives véritablement intéressantes.


Sans l'ombre d'un doute, notre volcanique et transalpine camarade de jeu a-t-elle totalement raison...


Remarquez, à ce moment du récit, l'élégance du geste du Roland (Ce geste, soyez-en assurés, n'a rien à voir avec de la galanterie) qui s'incline devant la pertinence des propos tenus par Chris. Si joute il eut, elle en est incontestablement la gagnante.


Clap...Clap...Clap... (Foule en délire, hennissements et vivas, trompettes, etc...)


Cata-strophe : Dernière strophe de la tragédie dans laquelle arrive un événement (généralement funeste) même si le sens a considérablement évolué au cour des siècles (Putain, il me reste, à moi aussi des bribes de mes années fac... Je ne l'aurais jamais cru...).


Catastrophe, donc, de cette tragédie que je préfère transformer en tragi-comédie : Le Roland se trouve maintenant confronté à un dilemme. Vais-je intégrer dans mes écrits la dimension qui m'est maintenant révélée et écrire des textes à destination exclusive et respective des mecs et des nanas ou vais-je continuer à m'en foutre comme de ma première couche-culotte et produire mes petits textes à destination de ceux qui voudront bien porter un regard dessus, indépendamment de leur sexe ?


Je conviens avec vous que je conclue sur une pirouette car la joute nous a juste révélé qu'il existait une écriture sexuée. Mais j'imagine qu'il en est de même du lectorat...


Grosse bise à tous mecs et nanas


Roland, Scribouillard dés-hiberné

par Roland Ivy publié dans : Humeurs communauté : L'écriture dans tous ses états
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Vendredi 28 mars 2008
 

Incroyable, voici le plus long commentaire que j'ai jamais posté..........


Bon courage à tous


Il y a des jours où je pourris mon emploi du temps parce qu'il m'empêche de réagir au jour le jour aux articles des un(e)s et de autres. Mais, parfois, ça me donne un avantage...


Hier, Chris-la-rebelle-iconoclaste-flamboyante-mangeuse-de-tout-en-particulier-la-connerie-humaine nous a pondu un texte éloge des mâles-écrivants du net à faire rosir les plus endurcis d'entre nous (les mâles). J'aurais pu, si j'en avais eu le temps, la remercier piteusement de tant de bonnes dispositions à notre endroit mais il me semblait que tant de pommade appliquée allait nous réserver un de ses retours de manivelle dont elle a le secret...


Et paf............. Ce matin, bonne pioche, elle nous sert un grand coup de pompe dans la fourmilière histoire de ne pas nous laisser nous endormir sur nos lauriers. Pire, non contente de pousser son coup de gueule salutaire, c'est toute la gentille communauté du net, masculine et féminine, qu'elle secoue à cette occasion.


Elle nous encourage à nous remuer un grand coup et d'arrêter de nous regarder le nombril en nous auto-censurant et en acceptant, enfin, d'assumer la liberté que nous revendiquons pourtant en permanence sur nos blogs. Dont acte !


Pourtant, je revendique, moi, le fait de faire de la résistance à un tel appel du large au nom de ce que je suis, de ce que je peux/veux être, de ce que je ne peux/veux pas être.


Alors, juste parce que son article d'hier ne me laisse pas indifférent, je vais reprendre ses arguments sur les mâles-écrivants et tenter de vous montrer que je suis à la fois ce qu'elle dit................. et son contraire.


« Les mecs écriveurs sont d'un charme et d'une tendresse infinis ».


Ca, il faut dire que ça flatte et que c'est toujours bon à prendre. Pour ce qui est du charme et de la tendresse, permets-moi de dire que tu ne vois que la partie immergée de l'iceberg. Tu ne sais rien de ce que sont nos vies sont en réalité et, peut-être mes textes ne sont-ils que ce que je veux bien publier – rendre public, comme tu le dis - . Derrière les écrits de Roland, il y a peut-être un gros rustre égoïste qui, d'ailleurs, se planque derrière un pseudo de façon à ce que ses proches ne viennent pas lui chercher des noises et ne lui demandent de mettre en application certaines des belles attitudes que Roland semble avoir.


« Le mec écriveur a la grande qualité d'être.... Rare !!!!!!!


Tout faux ma grande. Je ne suis pas rare...... Je suis unique !........ Depuis ma première rage de dents jusque dans les claques que j'ai pris dans la poire, en passant par la pression psychologique exercée sur moi par ma mère et sans oublier les bonheurs que la vie m'a réservés. Il n'existe personne sur terre qui a eu le même parcours que moi. De même, il n'y a personne comme toi. Tous pareils mais tous totalement différents !!!!!!!!!!!!!!!!!


« ... Sincère sans pouvoir rien y faire... »


Totalement juste et totalement incomplet, mêmes remarques que pour le "charme et la tendresse infinis".


« ... adorablement, virilement agressif !!!! »


S'il y a bien un truc dont je me moque éperdument, c'est ma virilité. Tout au plus - et je rejoins ton deuxième article - je prends la peine de ne pas exhiber d'attributs féminins de façon à passer plus inaperçu dans ce domaine. Alors agressif ? Pas plus, pas moins que les nanas que je peux rencontrer. Peut-être un problème de glandes ?.... J'en sais rien... Je crois plutôt que certaines situations que nous vivons nous mettent tous dans un état d'agressivité passager ou permanent. Ceux qui me connaissent remarquent davantage chez moi une capacité à juguler de manière étonnante la réactivité qui pourrait être la mienne face à des contradicteurs...


« Complet... Circulaire... encyclopédique de la Pensée »


Rien que du vent, Chris. Une illusion... Au contraire, lacunaire, fainéant, inculte, superficiel. Fait de doute permanent...


« Vrai !!! »


J'avais envie de répondre « Vrai... » mais je ne suis pas certain de parler vrai à chaque fois que je couche quelque chose sur le papier... Il a tellement de mes gribouillis infâmes qui finissent dans la corbeille et/ou stagnent dans mes tiroirs. De plus, j'ai souvenir d'un texte totalement fictif que j'ai balancé un certain vendredi d'une semaine où j'avais été volontairement absent du net et qui faisait plus vrai que nature. Ce n'était qu'une odieuse mystification...


« Constructif !!!!!!!!!! »


Objection, je n'écris pas pour construire mais pour éviter que cette chienne de vie ne me détruise !!!!!!!


« Incisif !!!!! »


Plût au ciel que ce soit le cas. Quand je me relis, après quelque temps, je me demande toujours pourquoi j'ai tant tortillé du derrière pour dire ce qui aurait pu l'être en trois phrases. Incisif, pour moi, c'est Bill qui scratche tout son blog et indiquant : « La liberté, c'est ça ! »


« Chaleureux !!!! »


Putain de bordel de merde. Alors pourquoi toute cette misère autour de moi ?..... Pourquoi je n'arrive pas à réchauffer un peu ceux que je croise ?..... Je sais, je ne suis pas JC ton copain du week-end dernier, je ne peux pas prendre toute le misère du monde sur mes épaules mais il y a des jours où je voudrais tant en retirer ne serait-ce qu'un tout petit peu. Désolé...


« Parfait !!!!!!!! »


Sans commentaire...


Sur ce, je te bise et tes lecteurs aussi par la même occasion.

Roland

par Roland Ivy publié dans : Humeurs communauté : L'écriture dans tous ses états
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Mardi 25 mars 2008

A Chris, qui saura bien pourquoi.


 

 

 

C'est arrivé d'un coup. Déjà depuis longtemps, j'avais ralenti le rythme, petit à petit, sans m'en rendre compte. Puis brusquement mes pas se sont arrêtés. Mon coeur et ma tête me disaient qu'il fallait continuer mais mes pieds refusaient de bouger. J'étais planté au beau milieu du chemin, les épaules tombantes et le regard vague.


Alors, j'ai laissé glisser au sol mon sac à dos qui semblait peser des tonnes. Pourtant, je ne me suis pas senti plus léger. Je me suis posé sur une pierre et j'ai contemplé la route.


A gauche, là d'où je venais, il y avait tous les souvenirs de ce que j'avais déjà parcourus, de tous ces gens que j'avais croisés, aimés et haïs. Parfois, ça avait été de grands moments, parfois de sinistres rencontres. Parfois, ça avait été merveilleux, parfois sordide. Parfois... Déjà tout ce chemin parcouru avec ses joies et ses peines. Déjà...


En regardant vers la droite, je savais que le chemin continuait, du moins je savais qu'il y avait encore un chemin jusqu'au prochain virage. Au-delà de ce virage, je ne voyais rien. De toute façon, on ne sait jamais ce qu'il y a après le prochain virage. Peut-être la rencontre de ma vie m'attendait-elle là-bas. Peut-être tout simplement la faucheuse... Chacun doit poursuivre sa route, rien n'est jamais écrit et on ne sait rien de ce qu'on va trouver au prochain carrefour.


Seulement, à cet instant précis, je n'avais aucune envie de me mettre à nouveau debout pour poursuivre. Il s'est mis à pleuvoir à grosses gouttes. Elles tombaient sur moi et sur mon sac resté en plein milieu. Une flaque s'est formée autour de cette île qui contenait toute ma vie. Une île déserte perdue dans la multitude des autres îles. Je voyais passer les autres voyageurs qui arpentaient la route les yeux baissés vers le sol prenant garde à éviter les flaques. Pas un d'entre eux n'a semblé m'apercevoir en passant près de moi. Chacun sa route... Même en couple, même en groupe, on voyage toujours tout seul.


L'averse était maintenant très forte. J'étais trempé jusqu'aux os mais je ne bougeais toujours pas. Personne n'était passé depuis déjà longtemps.


- Tu comptes attendre là encore longtemps ?


Je ne l'avais pas entendu arriver. La voix était douce et posée. Un homme. Vers la cinquantaine sans doute. Je ne me suis pas retourné pour vérifier.


- Belle averse, n'est-ce pas ?

- C'est vrai.

- Et là, au beau milieu de nulle part, sous la pluie, tu t'interroges et tu te demandes ce que tu fous sur ce chemin ?

- C'est à peu près ça.

- Ne tourne pas en rond, c'est tout à fait ça. Il y a un moment que je t'observe. J'ai l'habitude. Tu n'es pas le premier à poser ton cul sur cette pierre et je parierais bien mon chapeau que tu ne seras pas le dernier. Pourtant, tu es celui qui reste le plus longtemps. Surtout avec cette flotte, il y en a plus d'un qui aurait mis les bouts depuis une sâcrée lurette, mon gars. Comment tu t'appelles ?

- Roland, Roland Ivy.

- Ah, c'est toi, le Roland ou plutôt, je devrais dire les Roland...

- Oui, Roland Ivy, c'est moi.

- Pas facile de faire face à sa propre vie quand on en a mille, mon gars. Pas vrai ?

- En fait, je me demande à quoi cela peut bien servir de continuer. La route est longue et semée d'embûches et puis il y a des jours où je la trouve tellement vaine, tellement vide.

- Mais pourquoi tu ne changes pas de route ?

- Celle-là où une autre, ça sera toujours pareil.

- Tu en es déjà là ?

- Oui.

- Alors, il ne te reste plus qu'à emprunter la voie secrète.

- La quoi ?

- Parce que tu t'imagines que tu as tout vu, tout entendu, tout senti au motif que tu flânes en multipliant tes existences, mon pauvre vieux. La voie secrète, c'est le chemin que peu de voyageurs arrivent à trouver. La plupart du temps, ils s'engouffrent sur la route et enfilent les kilomètres sans lever le nez. Ils arrivent alors au bout du chemin et s'étonnent de n'y avoir rien vu. La voie secrète se mérite. Il faut ouvrir l'oeil si tu ne veux pas rater son embranchement.


Sa voix s'est tue et je n'entendais plus que les gouttes qui tombaient. J'ai bien senti qu'il n'était plus là. Alors, je suis resté immobile sous la pluie. Et les nuages se sont écartés dans mon dos. Le soleil a percé développant mon ombre jusqu'à mon sac au milieu de la route. La pluie continuait à tomber en gouttes plus molles. J'ai relevé la tête. Dans le lointain, il y avait un arc-en-ciel qui se déployait. Au pied de l'arc-en-ciel, juste après le virage, il y avait un petit sentier qui se perdait dans la forêt.


D'un bond, j'ai attrapé mon sac et j'ai repris ma route.

par Roland Ivy publié dans : Histoires comme ça communauté : Au fil des mots
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Vendredi 21 mars 2008


 

J'ai toujours des soubresauts de surcharge de travail avec une pointe  de flemme (je l'avoue). Alors aujourd'hui, je vous réchauffe un petit plat que je vous avais déjà servi et je vous engage à (re)lire un texte que j'avais intitulé Retour de Vacances.


Faut m'excuser mais actualité oblige... et puis je suis certain que vous ne me ferez pas une Cène.


Bon Week-end à tous.

par Roland Ivy publié dans : Humeurs communauté : Au fil des mots
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Mardi 18 mars 2008

Pour ceux qui souhaiteraient voir les photos de Car Warner qui illustrent
mon précédent article en grand format, n'hésitez pas à me les demander, je vous enverrai alors une présentation par courriel qui explique comment elles ont été réalisées. 

Elles sont véritablement magnifiques...

Bonne soirée à tous 

Roland


par Roland Ivy publié dans : Histoires comme ça communauté : L'écriture dans tous ses états
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Mardi 18 mars 2008

Mesdames et Messieurs les administrateurs et chers collaborateurs,

 

C'est avec un réel plaisir que je m'adresse à vous ce soir à l'occasion de cette cérémonie qui marque un tournant décisif dans le développement de notre société. Outre les excellents résultats enregistrés par notre groupe au cours de cette année et que nous développerons tout à l'heure, j'ai le plaisir de vous annoncer que notre projet de fusion avec la société Italia.Inc, qui jusqu'à aujourd'hui était le leader du marché dans notre secteur, s'est enfin concrétisé. Cet après-midi, en effet, j'ai eu le privilège de signer une convention d'absorption. La constitution du nouveau groupe dont nous possédons 51% des parts est sans conteste l'événement le plus important...

 

Regardez-le donc le PDG. Il va exploser s'il continue à se gonfler de la sorte. Il peut être fier de lui. D'accord, le projet de fusion était vital pour la société. D'accord, il y avait urgence. De toute façon, soit nous absorbions l'Italia.Inc, soit c'est eux qui nous absorbaient. Le marché n'est plus assez gros pour les deux sociétés. Ce sont les administrateurs qui doivent être contents. La boîte se retrouve maintenant dans une situation de quasi monopole.

 

... Comme notre illustre fondateur devrait être content de ce que nous avons réalisé aujourd'hui. En effet, que de chemin avons-nous parcouru depuis le modeste atelier de produits alimentaires ouvert à la fin des années vingt jusqu'au grand groupe que nous sommes devenus...

 

Tu parles, Charles. Je me demande ce que le Vieux, comme on l'appelait tous affectueusement, penserait des conditions dans lesquelles s'effectue cette opération. Ah, le Vieux. C'était un drôle de patron. Au début, quand il a créé la boîte, il n'y avait que lui et sa femme. Et puis, au cours des années, il s'est employé à faire en sorte que son développement profite à tout le village. J'avais à peine seize ans quand il m'a accueilli dans son bureau. Il m'a tout appris, comme un père. Faut dire que, pour lui, les employés, c'était un peu comme la famille.

 

... La fusion que nous opérons permettra, sans le moindre doute, de répondre aux défis du XXIème siècle dans le domaine de l'agro-alimentaire et sera considérée comme un modèle en matière de gestion des ressources humaines...

 

Passons sous silence les 300 suppressions de postes sur le site de Milan et la mise en retraite anticipée de 80 personnes dans l'usine du village. Gestion des ressources humaines, en voilà un terme que le Vieux n'aurait jamais employé. Pour lui, les employés, c'étaient des gens. Il nous appelait tous par notre prénom. Il connaissait même ceux de nos gosses. Les gens, il les aimait lui. Il savait que c'était le travail qui était fourni par chacun d'entre nous qui profitait à tous. Quand la boîte faisait des bénéfices, on avait des augmentations. Ou alors ils étaient réinvestis dans le développement de la commune. Le dispensaire, la crèche, la salle des fêtes, la piscine, tout ça, c'est le Vieux qui nous l'a apporté.

 

... Avant de vous inviter à trinquer ensemble auprès du buffet qui vous attend au fond de la salle, je vais passer la parole à notre Directeur des Services financiers qui va vous faire une présentation des résultats du groupe...

 

Encore un truc qui ne se serait pas passé du temps du Vieux. Un buffet exclusivement pour les administrateurs et les cadres. Des grandes bouffes, il y en a eu, mais tout le monde était invité, avec femmes et enfants.

 

Mon regard se pose sur les tables où les extras déposent des plateaux de petits fours et commencent à sortir les bouteilles de Champagne des bacs à glace. Alors que montent les applaudissements et que le Dir-Fin commence son laïus, je repense au Vieux qui a quitté son Italie natale et à traversé les Alpes pour fuir la montée du fascisme.

 

alpes.jpg

 

C'était l'hiver, il faisait froid. Ce brave type amoureux de la bonne chair avait tout plaqué. Pour lui, pas question de rester avec Mussolini au pouvoir. Alors, il a chargé son âne et s'est décidé à passer en France. Pas à pas, il a cheminé à travers les chemins escarpés et a franchi des torrents.

 

rivi-re-motagne.jpg

 

Je l'imagine, dans les montagnes, grignotant la charcuterie qu'il avait emporté avec lui.

 

charcuterie.jpg

 

Il a passé une bonne partie de l'hiver dans la montagne. Ce n'est qu'au printemps qu'il a décidé de replonger vers la vallée.

 

gouffre.jpg

Il est descendu dans les alpages.

 

montagne-pain.jpg

 

Toujours plus bas.

 

montagne-brocolis.jpg

 

Il est finalement arrivé au village

 

mas-provencal.jpg

 

Il s'y est installé et a commencé à travailler sur les marchés.

 

village-march-.jpg

 

Les saisons se sont succédées. De simple vendeur de fruits et légumes, il devenu maraîcher. Après la guerre, il y a ajouté la vente de produits de son pays.

 

cuisine-italienne.jpg

 

Le tonnerre d'applaudissements, sonne la charge de l'assistance vers le buffet. Les gens se précipitent vers les tables. Je m'écarte. Je n'ai pas envie de partager cette beuverie. J'ai eu bien mieux. Je viens de goûter aux plats du Vieux...

 

 

Note : Toutes les illustrations sont d'un photographe anglais nommé Car Warner.

 

par Roland Ivy publié dans : Histoires comme ça communauté : L'écriture dans tous ses états
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Samedi 15 mars 2008


Aïe, Aïe, Aïe, Aïe, Aïe...

D'un coup, c'est mon chef qui se fait porter pâle.

Alors, je suis obligé de prendre en charge une partie de ses dossiers à lui.

Au bout du compte, aucun des trois boulots ne sera réalisé correctement.

Même pas sûr que le super-chef me dira merci...

Le premier qui me dit que j'ai un travail de planqué, je l'assassine. Il aura droit aux souffrances les plus atrôces ! Non finalement, je le snobe. Mon mépris sera la plus grande de mes réactions. C'est ça un grand homme. Ca ne traite pas de con le premier imbécile venu...





par Roland Ivy publié dans : Humeurs
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Mardi 11 mars 2008

 

Comme vous pouvez le constater, je suis peu présent en ce moment.


Je tiens à vous rassurer tout de suite : Non, je ne suis pas en train de vous préparer un coup tordu du genre « Echappé belle ». Non je ne vous fais pas la tête. Non la direction technique de la Rol Ivy Inc. ne m'a pas mis en révision...


Tout simplement, je suis surchargé de travail et c'est à peine si j'arrive à manger à heures fixes.


Donc, pas de panique. Dès que mon patron réussit à comprendre que je ne peux pas continuer plus longtemps à faire mon travail ET celui de mon collègue qui est en congé, je reviens...


D'ici là, portez-vous bien !!!



par Roland Ivy publié dans : Humeurs
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Jeudi 6 mars 2008

 

« Couloir 8, Roland Ivy... »

 

Forcément, couloir 8, le plus mauvais de tous. Celui où l'on fait la course en aveugle sans le moindre repère donné par les autres participants. Le couloir où l'on est tout seul et où l'on doit s'arranger avec le plus grand rayon de courbure, celui où la sortie du deuxième virage est la plus longue. On a beau se dire qu'avec le décalage, il y a la même distance à parcourir pour tous et le même nombre de barrières à franchir, le couloir 8, c'est le strapontin de la finale, celui qui est réservé au plus faible, à l'invité surprise...

 

Ça fait bientôt dix ans que je cours mais c'est surtout lors des trois dernières années que j'ai tout sacrifié mon projet fou. Trois dures années où j'ai contraint mon corps, où j'ai mené une vie de moine. Trois années pendant lesquelles j'ai soulevé des tonnes de fonte, j'ai bravé les intempéries pour faire des séries de course rapides ou lentes, pour parfaire ma technique de passage de haie, pour améliorer mon placement. Trois ans de travail quotidien. Trois ans...

 

Le cameraman passe sur moi et je fais un petit signe de la main tandis que mon image apparaît, l'espace d'un instant, sur les deux écrans géants. Ce petit instant de gloire est fugitif car le réalisateur préfère passer sur les deux champions des couloirs 4 et 5, les deux favoris.

 

Après un moment de flottement, un silence impressionnant se fait dans le stade archicomble. Tous les huit, plantés à quelques mètres derrière nos blocks, nous sommes sous les ordres du starter. C'est le même qu'en demi-finale. J'avais trouvé qu'il mettait un temps fou avant de tirer. Je me concentre sur ma course.

 

« A vos marques... »

 

Lentement, je m'approche de la ligne. Avant de prendre ma position, je pose les yeux sur la première haie. Je m'accroupis et je me positionne sur les blocks. Le pied arrière d'abord, bien au fond, puis le pied avant. Les doigts de ma main droite sont posés à proximité de la ligne et ceux de la main gauche quelques centimètres en retrait. J'utilise cette technique pour me retrouver dans l'axe de la course dès le départ.

 

« Prêts... »

 

Je monte franchement en appui sur mes bras et pressant sur mes talons. Je suis tendu comme un ressort, paré à bondir au coup de pistolet. Mentalement, je compte : un... deux... trois... Pourvu qu'il n'y ait pas de faux départ ! Ça ne serait pas un drame, mais se remettre dans sa course après un faux départ constitue toujours une épreuve que je n'apprécie guère. Le coup de feu retentit et nous libère. Seule la clameur de la foule monte dans le stade. Pas de deuxième coup de feu, la course est lancée.

 

Appliqué, je soigne ma mise en train. Après une dizaine d'appuis plus fréquents, j'ai trouvé mon amplitude de croisière. C'est le moment où tout est possible pour tous ; chacun peut croire en sa chance. Mon regard se fixe sur la première haie, celle qu'il faut avoir négociée sans encombre et qui conditionne le reste de la course. J'ai effectué des milliers de départs à l'entraînement, à tous les couloirs, par tous les temps, avec vent de face, vent dans le dos. Ce soir, il n'y a pas de vent. Il fait un peu chaud mais le vent ne nous gênera pas...

 

Première haie...

 

Je l'ai franchie sans le moindre problème, jambe d'attaque gauche, j'étais à une distance idéale. C'est à peine si mon bassin s'est élevé dans ma progression. Très vite, ma jambe arrière est revenue comme un élastique. Je suis déjà dans l'approche de la deuxième haie.

 

Le 400 haies, c'est un peu comme dans la vie. Tu disposes de qualités naturelles et tu dois gérer au mieux tes efforts pour franchir les obstacles dans de bonnes conditions. Comme l'entrée au CP, cette première barrière, je l'ai négociée de manière idéale.

 

Deuxième haie...

 

Ensuite, le reste se passe pendant plusieurs années sur les acquis de ce bon départ. Il faut savoir profiter de sa bonne compréhension du monde l'écrit pour enfiler les classes les unes après les autres...

 

Troisième haie...

 

Pourtant, il faut se convaincre que c'est dans cette partie de la course que des avantages décisifs s'opèrent. Tout doit se passer dans l'efficacité et le relâchement, de manière à progresser vite sans puiser dans ses réserves...

 

Quatrième haie...

 

Arrivé au collège, il faut continuer à rester concentré. Pourtant avec l'adolescence, les tentations de faire le minimum requis sont grandes. Les envies de sortie, l'impression de liberté, le sentiment d'injustice, de révolte peuvent tout foutre en l'air...

 

Cinquième haie...

 

Pas encore l'instant de vérité, les multiples séances endurées au cours de l'hiver vont retarder encore le moment où le fait de garder de solides appuis sans risquer la rupture va devenir un problème...

 

Sixième haie...

 

Là, le rôle des parents est essentiel. Face au jeune adulte, auront-ils assez de clairvoyance pour accompagner sans contraindre, pour aider sans braquer, pour comprendre sans juger ? L'entrée dans la vie d'adulte n'est pas la même pour tous...

 

Septième haie...

 

Jusqu'ici, tout va bien. Je n'ai pas changé de jambe d'attaque même si j'étais un peu trop loin de la haie. J'ai du forcer un peu pour la passer. Mon franchissement s'est fait plus aérien, j'ai plané un peu. Ma vitesse de course s'en est ressentie... Je vais être obligé de changer de jambe d'attaque sur la prochaine haie. Cette attaque par la jambe droite en fin de deuxième virage va être difficile à négocier. Bien sûr, j'ai travaillé sur cette jambe. Bien sûr, mon attaque jambe droite est presque aussi bonne mais je préfère attaquer jambe gauche, depuis toujours... Augmenter légèrement ma distance de course en me déportant sur l'extérieur et ne pas mordre sur la ligne. Les juges sont là, vigilants. Sinon, c'est la disqualification.

 

Huitième haie...

 

Quand on est gamin, on croit qu'il suffira de se présenter avec ses qualités pour obtenir ce qu'on mérite. En fait, on finit par s'apercevoir que les dés sont pipés depuis le départ. L'accès aux meilleures écoles est réservé à certains, les stages ne s'obtiennent pas si facilement que ça et la course permanente pour l'emploi n'est pas égale pour tous. Plus tu démarres bas, plus d'efforts tu as à réaliser pour te hisser un peu. Et encore, tu n'arriveras jamais au niveau des autres...

 

Neuvième haie...

 

Les barrières sont désormais toutes alignées et forment une grande haie qui occupe la piste sur toute sa largeur. Il m'a fallu aller chercher mon couloir jusqu'à l'extérieur à côté de la main courante. C'est le moment où l'avance qu'on avait avec le décalage fond d'un seul coup. Pourtant, personne ne m'a encore doublé sur ma gauche. J'entends les coups de griffes de mes concurrents sur le tartan juste derrière moi. A peine ai-je franchi la haie, qu'un bruit fracassant retentit derrière moi. Le type du couloir 7 a touché la haie. La latte vole en éclats. Des petits morceaux de bois fins comme des poignards retombent sur la piste devant moi...

 

Dixième haie

 

Je finis sur la mauvaise jambe. Je ne peux plus lever les genoux. Mes cuisses sont en feu. Je ne veux pas plier, pas maintenant. Sur ma gauche, je vois le 5 et 4 qui sont à ma hauteur. Si je passe la dernière haie sans encombres, je peux encore espérer me mêler à la lutte sur le plat... Je me couche sur ma jambe avant pour ne pas m'élever trop pendant le franchissement.

 

En ramenant ma jambe arrière, j'ai heurté la haie avec la malléole. Je suis un peu déséquilibré mais je continue ma course jusque sur la ligne. Je vois le 4 qui passe devant moi, le 3 aussi. Après, je ne sais pas.

 

Conscient d'avoir presque réalisé la course parfaite, je reste les mains sur les hanches dans mon couloir, dos à la ligne que je viens de franchir. Je lève les yeux sur le grand écran où s'affichent les résultats. Finalement, je termine 4ème. Le gars du couloir 2 m'a grillé sur le fil. 1/100 de seconde nous sépare. Je reste au pied du podium. C'est dur... Pourtant, en face de mon nom, s'affiche : Record personnel. Dans ma tête, je refais la course jusqu'à cette dernière barrière. Je ne serai pas sélectionné pour les Jeux...

par Roland Ivy publié dans : Histoires comme ça communauté : Au fil des mots
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