Définitivement, une seule vie, ça n’est pas assez. Alors, j’ai décidé que j’en aurai davantage, beaucoup, au moins mille. Ce sont ces vies rêvées, imaginées, fantasmées que je vous présente dans ces pages.

Certaines sont plus longues que d’autres ; je les ai rangées dans des tiroirs spéciaux. C’est le cas pour " Volutes " et pour " Modèle vivant ".

Quand on a mille vies, il est normal qu’on en profite pour revisiter l’histoire. C’est ce que je fais dans " Fri(c)tions historiques ".

Tout le reste est rangé dans " Humeurs " ou "Histoires comme ça", tout simplement parce que je n’ai pas trouvé mieux que ces titres.

Bonnes Lectures

Roland 

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Merci aux 3718 visiteurs qui ont consulté 12401 pages sur ce site entre le 07/11/2007 et le 29/02/2008 

 

Vendredi 30 mai 2008
 

 

 

Quand je gare la voiture, le soleil qui vient juste de se lever embrase la plaine en contrebas. Je fais quelques étirements dans la lumière orange avant de me lancer en savourant ces premiers instants de course quand la chaleur envahit mon corps qui s'habitue à l'effort. Après quelques minutes pendant lesquelles je reste sur les grandes allées du parc, je pique d'un seul coup à travers bois. Je sais que je ne pourrai pas maîtriser les éléments de mon entraînement mais je m'offre régulièrement une séance où je cours sans repères, à la sensation, pour le plaisir.

 

Et je saute par dessus les troncs des arbres tombés, j'enjambe les trous, je dévale et je gravis les côtes au hasard du terrain. Chacun de mes pas provoque des bruissements de feuilles et des craquements de branches. Seuls le souffle de ma respiration et les bips de mon cardio-fréquence-mètre me guident dans l'allure que je donne à ma progression.

 

A chaque fois que j'ai traversé une parcelle, je débouche dans une allée que j'emprunte pendant quelques secondes avant de replonger dans le taillis. Une douce sensation de bien-être s'est déjà emparée de moi. Oubliés mes tracas quotidiens et le stress. A cet instant-là, il n'y a que moi et mon corps qui ne font qu'un avec la nature environnante. Mes sens sont aux aguets, exclusivement centrés sur mes sensations et sur ma course.

 

Une fois encore, je me retrouve sur un chemin. Je profite de l'absence d'obstacles pour ralentir un peu et progresser les yeux fermés. D'un coup, j'entends un galop derrière moi. Je ne suis pourtant pas sur une allée cavalière... Je lève les bras en me serrant sur le côté pour laisser passer les chevaux. Mais ce ne sont pas des chevaux.

 

Elles sont trois. Une grande et deux plus jeunes. Je suis tout étonné de les voir progresser à mes côtés sans s'enfuir dans le sous bois. Pendant des siècles – peu importe le temps que ça dure en réalité – je cours dans les bois avec trois biches...

 

J'ai peur de les heurter en prolongeant cet instant magique. Alors, foulée après foulée, je ralentis mon allure jusqu'à l'arrêt complet. Les trois magnifiques animaux m'ont doublé. Elles se sont arrêtés quelques mètres plus loin et se sont retournées. Mes yeux sont grands ouverts. Je savoure chaque parcelle de ce moment dont je sais que je ne le vivrai jamais plus.

 

C'est la grande qui brise l'immobilité de l'instant. Elle s'approche de moi. Je ne sens aucune crainte dans son regard qui me fixe. Je n'ose pas tendre la main vers elle. La buée de nos deux souffles s'emmêle. Sa tête s'avance encore et cherche ma main gauche où mon cardio s'emballe. Elle frotte son cou contre mon buste et m'enveloppe de son odeur sauvage. Son poil est rêche et lisse à la fois.

 

Avec la même douceur, elle se retire finalement. Je reste immobile. Je voudrais que ce moment ne s'arrête pas. Pourtant, tout d'un coup, comme si elles répondaient à un signal qu'elles seules peuvent percevoir, elles bondissent avec grâce dans le bois. En quelques sauts, elles disparaissent.

 

C'est en marchant que je regagne le parking. Ma journée sera belle.

par Roland Ivy publié dans : Avant que je les oublie communauté : Au fil des mots
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Jeudi 29 mai 2008
 

Ça serait l'histoire d'un mec qui voudrait par dessus tout être le père honorable qu'il n'aurait pas eu.

 

Ça serait l'histoire d'un mec qui aurait toutes les peines du monde à faire face à la fin de vie de sa grand-mère presque centenaire.

 

Ça serait l'histoire d'un mec qui serait chargé d'organiser un concours de recrutement de futurs profs.

 

Ça serait l'histoire d'un mec qui continuerait pourtant à faire son boulot.

 

Ça serait l'histoire d'un mec qui assumerait en plus les responsabilités militantes qui seraient les siennes.

 

Ça serait l'histoire d'un mec qui aiderait sa femme à faire face à une situation difficile.

 

Ça serait l'histoire d'un mec qui n'aurait pas dormi plus de l'équivalent d'une nuit au cours de la dernière quinzaine.

 

Ça serait l'histoire d'un mec qui sentirait que le burn-out le guetterait.

 

Ça serait l'histoire d'un mec qui feindrait de ne pas entendre les signaux d'alertes donnés par son propre corps.

 

Ça serait l'histoire d'un mec qui refuserait de sombrer dans la dépression.

 

Ça serait l'histoire d'un mec qui s'étonnerait chaque soir que les journées n'aient que 24 heures.

 

Ça serait l'histoire d'un mec qui voudrait tellement pouvoir regarder pousser les fleurs.

 

Ça serait l'histoire d'un mec qui aurait laissé en plan la rédaction d'un livre qui lui avait pourtant semblé tellement essentiel.

 

Ça serait l'histoire d'un mec qui ne serait pas un robot.

 

Ça serait l'histoire d'un mec qui ne saurait même pas si son blog était encore vivant et ce que devenaient ses lecteurs.

 

Ça serait l'histoire d'un mec qui se demanderait vraiment ce que deviennent ses amis.

 

Ça serait l'histoire d'un mec qui ne se sentirait pas obligé de se justifier.

 

Ça serait l'histoire d'un mec qui aurait besoin de dix vies pour faire face à la sienne.

 

Ça serait l'histoire d'un mec qui aurait annoncé avoir mille vies et ne pourrait pas totalement assumer cette improbable déclaration.

 

Ça serait l'histoire d'un mec qui se demanderait si son travail en vaudrait la peine.

 

Ça serait l'histoire d'un mec qui songerait parfois à tout effacer d'un clic.

 

Ça serait l'histoire d'un mec qui laisserait tout en jachère en attendant des jours meilleurs.

 

par Roland Ivy publié dans : Humeurs communauté : L'écriture dans tous ses états
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Jeudi 15 mai 2008
 

Une première fois


- On va où ?

- Au parc.

- Trop génial ! Je peux prendre ma patinette ?

- Pas la peine, j'ai mis ton vélo dans le coffre.

- Super.

 

Souvent nous prenons ce petit moment rien que pour nous deux. D'habitude, j'en profite pour faire quelques tours de footing pendant que mon garçon patine le long de l'allée parfaitement lisse qui fait le tour du parc. C'est le grand rendez-vous des amateurs de glisse car l'endroit est ombragé et très agréable. C'est aussi le lieu que j'ai choisi pour le lancer sans les stabilisateurs. Mais ça, Pierre l'ignore encore.



Dès notre arrivée, il enfile son casque et se précipite vers le hayon arrière en attendant que j'en sorte son vélo. Il ne remarque pas tout de suite qu'il manque quelque chose...


- Mais, où sont les petites roues ?

- Je les ai retirées. Je crois que tu peux t'en passer.

- J'ai trop la trouille...

- C'est normal d'avoir peur mais je vais t'aider. Et puis, tu ne vas être le seul de ta classe à ne pas faire du vélo sans petites roues. Ne t'inquiète pas, je sais que tu vas y arriver.

 

Son visage s'est fermé. Une chose est claire : il ne partage pas mon assurance. L'enthousiasme qui était le sien a disparu.


- Allez, mon grand. On y va.

- Je ne vais pas y arriver. J'ai déjà essayé chez papi.

- C'est vrai. C'était l'été dernier et papi m'a dit que tu réussissais presque. Depuis, tu as grandi. Et comme tu fais beaucoup de patinette, tu maîtrises de plus en plus ton équilibre.

- Bon, d'accord... J'essaie une fois et si je n'y arrive pas, on arrête.

 

Ses mains se crispent sur le guidon. Je le sens tout crispé. Ses doigts se tendent vers les poignées de frein.


- Je vais courir à côté de toi en te tenant par la selle. Quand tu seras lancé, je te laisserai y aller seul. Mais je continuerai à courir. Si je sens que tu as un problème, je te rattrape. Quand tu voudras t'arrêter, tu freineras doucement des deux mains. Tu ne poses pas tes pieds avant que ton vélo soit arrêté. Tu as compris ?

- Oui, oui...

 

Même s'il ne me croit pas, je sais que cette fois sera la bonne. Je l'aide à se mettre bien dans l'axe de sa machine et je l'encourage. Dès les premiers coups de pédales, son vélo a trouvé son équilibre. Mon garçon est bien assis, ses bras se décontractent, son pédalage se fait bien régulier. Tout en courant près de lui, j'ouvre la main qui tient la selle.


- Tu me dis quand tu vas me lâcher ?

- C'est déjà fait depuis dix mètres.

- C'est pas vrai...

- Si, je t'assure. Regarde.

 

J'accélère un peu et je le double. Je vois son visage qui s'illumine. Et il répète à l'envi :


- Ça y est... Ça y est... Ça y est...

 

Tu as raison. Ça y est. Tu sais maintenant faire du vélo. Tout au long de l'après-midi, tu as savouré ce nouveau plaisir. Nous avons fait quatre tours du parc. Tu as même appris à te lancer tout seul. Pendant, ce temps, j'ai couru à côté de toi tout en pensant à ces premières fois que nous avons déjà partagées, depuis ton premier cri jusqu'à ce jour. J'ai repensé à ton premier bain, à ta première dent, à la première fois que tu as vu la mer, à ton premier jour à l'école...


Je ne sais pas pourquoi, j'ai aussi pensé à toutes les premières fois que tu vivras sans que je sois présent. Tu connaîtras des tas d'instants nouveaux sans moi. C'est la vie... J'espère que, d'ici là, je t'aurai donné suffisamment d'autonomie pour les négocier sans problème. En tout cas, aujourd'hui, je suis heureux, tout simplement.


Et, il y a eu un moment où nous avons dû nous arrêter. Nous nous sommes assis sur un banc de pierre et avons pris le temps de souffler. Ta bicyclette posée juste devant nous, nous partagions des gâteaux en sirotant une grenadine.


- Papa, t'es le plus champion des papas.

- Aujourd'hui, c'est toi le champion.

- Je t'aime, mon papa.

- Moi aussi, mon grand. Je t'aime.



par Roland Ivy publié dans : Histoires comme ça communauté : Au fil des mots
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Vendredi 9 mai 2008

J'espère vraiment que ça vous aura plu,
 ma petite réception pour mon anniversaire.
 (pourvu que Chris et Hervé ne me fassent pas un procès
quand je vais rentrer)

Comme vous avez pu le constater, je ne suis pas là.

Que voulez-vous ? Il y en a qui profitent des week-ends de printemps pour filer dans le sud. Moi, je suis parti à Lille, chez Maurice.
Soyez attentifs, je n'ai pas écrit à l'Ile Maurice.

Non, je suis parti dans le nord, chez les Ch'tis,
 et pour le boulot en plus.

Je ne peux pas encore vous dire s'ils sont aussi accueillants que le chante Enrico ou que Danny Boon peut nous le laisser croire, vu qu'au moment où j'ai écrit ces lignes, je n'étais pas encore parti
(Ah, la programmation de publication...).

Ca me rappelle une phrase sur laquelle
je vous laisse méditer jusqu'à mon retour :

"J'écris maintenant ce que vous lisez maintenant"

où les deux "maintenant" ne font pas référence au même moment...

Bon, à bientôt et bises à tous.


par Roland Ivy publié dans : Humeurs
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Jeudi 8 mai 2008
 

 

 

- Ah, te voilà enfin. Mais qu'est-ce que tu foutais ?

- Ben, j'étais au défilé. Sers-moi donc un coup de cidre, ça m'a donné soif cette commémo...

- Le défilé, le défilé... Ça fait au moins deux heures qu'il est terminé le défilé. Vu ton état, m'est avis qu'après la cérémonie tu es passé par la case Café de la Place et que tu l'as bien arrosé cet anniversaire de la fin de la guerre.

- C'est vrai, mais le Maire voulait nous payer un coup. Surtout à ceusses qui reviennent d'Algérie. Tu peux pas comprendre ça, toi. Tu y étais pas...

- D'accord, d'accord. Retire ton uniforme et pose ton clairon. Il y a pas idée de commencer le cochon à onze heures et demie. Magne-toi, tout le monde t'attend.

- C'est bon, c'est bon. D'abord, un petit verre et on y va. Le cochon a attendu jusqu'en mai, il va pas m'en vouloir parce que je lui ai donné un petit sursis de trois mois ? Alors, deux heures en plus ou en moins...

- N'empêche que la pauvre bête, elle sent bien que c'est pour aujourd'hui. Il est sacrément énervé. T'as intérêt à faire gaffe parce que c'est un bestiau et qu'il va pas se laisser faire.

- Louis, ne me cherche pas. Est-ce tu m'as déjà vu me planter une seule fois en tuant le cochon ?

- Mais non, ce n'est pas ce que je voulais dire. Tu sais très bien qu'il n'y en a pas deux comme toi pour faire ça. Il y a juste que j'espère que tout va bien se passer et que tu n'es pas trop, comment dire, fatigué avec la matinée que tu as déjà derrière toi.

 

Les deux hommes traversent la cuisine et vont s'équiper dans la remise. Pendant que Charles noue un grand tablier blanc autour de sa taille et qu'il glisse dans ses bottes un fusil à couteau, son beau-frère le regarde en se disant que Charles a beaucoup changé au cours de ces vingt-trois mois passés en Algérie. Il l'avait déjà remarqué lors de sa permission l'été dernier, mais là, les choses se sont accélérées. Le fier garçon qui avait épousé sa soeur a fait place à homme marqué qui a pris de sérieuses habitudes question alcool. Les voilà dans la cour où les attendent quelques amis réunis pour l'occasion.

 

- Salut la compagnie ! C'est le grand retour du guerrier, le roi des saigneurs.

- Pas la peine de gueuler comme ça. Tu vois bien qu'il faut y aller maintenant.

- Tu permets que j'embrasse tout le monde ? Salut René... Ça va Michel ?... Jacqueline, comment ça va ma poule ?... Tudieu, La Gisèle, te v'la une vraie femme maintenant !... Comme je suis content de vous revoir. Allez, on trinque un coup pour fêter ça.

- Non, Charles. Le cochon d'abord.

- Ben... Ouss'qu'elles sont nos deux bourgeoises à nous ?

- Elles sont là-haut. Y a ta femme qu'est en douleurs. Le petit, c'est pour aujourd'hui...

- Vrai ? Le lardon y va arriver le jour du cochon. Et ben, on s'en rappellera de la commémo de cette année...

 

Mais déjà les femmes s'affairent autour du grand feu où l'eau bout dans une lessiveuse. Elles jettent dans des poêles les oignons qu'elles ont épluchés dès le matin. Tout le monde est prêt. Deux hommes tirent jusqu'en plein soleil l'animal qui gueule de terreur. Charles se saisit d'une masse et enfourche l'énorme bête. Il hurle par-dessus les cris du cochon.

 

- Tenez-le bien. Il ne fait qu'à bouger. Louis, approche-toi avec les seaux ... Je vais le percer tout de suite... Prêts ?... Han !

 

La masse s'abat d'un coup sur la tête de l'animal qui s'affaisse. Dans le silence le plus total, la lame du couteau s'enfonce dans sa gorge d'où le sang gicle d'un coup, sitôt recueilli dans le seau. Louis l'agite frénétiquement avec des brins d'osier pour éviter qu'il ne coagule. Déjà le corps de l'animal est porté sur les planches qu'on a dressées sur des tréteaux.

 

- Encore un que les Fellaghas n'auront pas... Gisèle, sers-moi un godet. Il fait soif...

 

De gestes sûrs et rapides, il s'affaire autour de la bête qu'il se met à découper. Il commence par la tête qu'il sépare du corps. Il la pose de côté et se concentre sur la carcasse. Il l'ouvre de haut en bas pour en sortir les entrailles qu'il jette dans des bassines qui sont emportées plus loin, sur une autre table. Tout autour de lui, c'est la grande agitation. Chacun connaît sa partition et la joue en silence. Qui s'occupe des abats dont on fera des pâtés, qui se lance dans la confection du boudin qu'on fait couler avec un entonnoir dans les boyaux que les femmes ont lavés, qui découpe le lard, les côtes...

 

Pendant des heures, la compagnie s'est activée. L'animal est désormais dépecé en morceaux qu'on va se partager. Tout au long de la journée, Charles a découpé, taillé, scié, haché, ne s'interrompant que pour boire un verre de cidre. Son tablier est couvert de sang. Son visage luisant de sueur est écarlate sous l'effet de la chaleur et de l'alcool.

 

D'un coup, il s'est affalé sur une chaise. La besogne est finie. Il n'en peut plus. Son beau-frère s'approche de lui.

 

- Tu devrais manger un bout. Goûte-donc au boudin, il est excellent.

- Pas faim... Préférerais boire un coup.

- D'abord, tu devrais monter voir ta femme. Le petit est né. C'est un garçon.

- C'est bien ce que je disais, un lardon.

- Un beau petit gars. Tout rond, tout rose.

- Gras comme un cochon... Eh les gars... Je suis papa. La Claudine m'a pondu un lardon. On l'arrose ?...

- Il ne s'appelle pas lardon, Charles, mais Roland. Et tu as assez bu pour aujourd'hui.

 

 

 

par Roland Ivy publié dans : Avant que je les oublie communauté : Nouvelles d'ici et d'ailleurs
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Mardi 6 mai 2008

Ça fait (déjà?) six mois que j'ai ouvert ce blog et il me semble que le moment est venu de vous dire quelques petites choses sur Roland. Les fidèles lecteurs – et il y en a – trouveront des aspects qu'ils connaissent et, je l'espère, des points qu'ils ignorent. Les autres découvriront peut-être ce qu'ils n'avaient pas imaginé.

 

  1. Roland Ivy n'existe pas. C'est juste le nom de mon personnage à qui je prête mille vies dans les histoire de fiction que j'écris. Bien sûr, dans ces histoires, il y a (quelques fois) une part autobiographique mais jusqu'où ? Celles et ceux qui s'y sont frottés se sont souvent cassé les dents. Il paraît même que ça en énerve quelques-un(e)s... Ça amuse beaucoup Roland et moi aussi par la même occasion.

  2. Roland Ivy n'existe pas (bis). Mon personnage est tellement imaginaire que mes proches ignorent jusqu'à son existence. Ils ne soupçonnent même pas que j'ai cette activité d'écriture. Ça vous en bouche un coin, n'est-ce pas ? Une fois, j'ai même dit que Roland était un robot producteur de textes... Roland Ivy est tellement virtuel que, parfois, je me demande si vous existez réellement et si je ne vous ai pas aussi inventés...

  3. Roland Ivy a une existence lacunaire. Vu ce qui précède, on comprend aisément que, compte tenu de ma vie personnelle, il m'arrive (souvent) d'avoir des « blancs » dans ma production, dans les retours que je fais aux commentaires et dans les visites que je peux réaliser chez vous. Je dois dire que je n'avais pas imaginé que je serais aussi contrarié de cet aspect car j'avoue me sentir souvent frustré d'être obligé de vous abandonner pendant un temps. Pour autant, Roland vit mille vies, en tout lieu et en toute époque et ces sauts spatio-temporels nécessitent parfois pour moi un temps d'adaptation.

  4. Roland Ivy est un autodidacte. Rien ne me prédisposait à écrire des histoires. Je le fais avec mes envies, les choses qui me touchent à l'instant « t » et en me servant des armes qui sont les miennes. Je ne dispose pas toujours des références et des outils appropriés mais cette situation me procure une totale liberté pour explorer les chemins qui me tentent quand j'en ai envie et de laisser libre cours à ma curiosité même si le cheminement de cette dernière est plutôt chaotique. C'est pourquoi Roland pourra être écrivain, mari modèle, éboueur ou grand salaud (vous n'avez pas encore tout lu...).

  5. Roland Ivy est un jouisseur de la vie. Cette dernière est une chienne et ne m'a pas toujours épargné. Pourtant, comme chacun, je vis ce que j'appelle des « instants d'éternité », des « petits bonheurs », des « lueurs dans la toundra » qui n'existent que pour moi-même et je suis un spécialiste pour ce qui est d'en profiter pleinement. Mon personnage se nourrit de ces moments.

  6. Roland Ivy est un sensitif, un émotionnel. Depuis toujours, j'ai une horreur massive pour la connerie humaine et pour l'injustice. Alors, pendant longtemps, je me suis rebellé, j'ai joué les chevaliers blancs, le défenseur auto-proclamé des causes perdues. Question de tempérament ? Sans doute. Il faut dire que ça m'a valu un certain nombre de retours de manivelles et c'est pourquoi, j'ai pris de la distance par rapport à cette attitude. Même si je conserve quelques engagements forts, je ne me bats plus sur tous les fronts comme par le passé. Je laisse à Roland le soin de le faire pour moi...

  7. Roland Ivy s'est attaché à vous. Il faut dire qu'au cours de ces six mois, j'ai eu des échanges avec vous qui ne m'ont jamais laissé indifférent. Je sais bien que l'ambiguïté introduite par l'usage de mon personnage est parfois difficile à lever pour certains mais quand vous vous adressez à Roland, c'est bien à moi que vous écrivez et je prends un réel plaisir à vous lire. Roland vous racontera de nouvelles histoires et je serai ravi de lire les commentaires que vous lui en ferez.

 

Voilà, c'est tout pour aujourd'hui. Quelques mises au point, pas véritablement essentielles. Le 8 mai, jour de fête(?), c'est promis, je Roland vous racontera une histoire. Âmes sensibles, prenez garde. Je vous aurai prévenus.

 

A+

 

 

par Roland Ivy publié dans : Humeurs
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Lundi 5 mai 2008

Ne bougez pas !

Madame, Monsieur,

Vous venez d’être pris en otage. Ne vous inquiétez. Ne bougez pas. Ne paniquez pas.

Je m’appelle Roland Ivy. Je suis Président du SAMEQPNLJ (syndicat des auteurs de modes d’emploi que personne ne lit jamais).

Nous tenons à nous faire entendre auprès de vous car nos conditions de travail s’aggravent de jour en jour.

En effet, même si personne de lit jamais les textes que nous produisons quotidiennement, ceux-ci doivent être d’une qualité pour laquelle vous n’imaginez pas la somme de travail que nous sommes obligés de fournir.

Pour information, sachez que la maîtrise du français, de l’anglais, de l’espagnol n’est même plus le minimum requis pour trouver un emploi dans notre branche.

Personnellement j’ai dû me mettre au russe, au coréen, au japonais, au chinois et à l’espéranto rien qu’au cours de la dernière année.

On nous oblige à écrire dans des formats de plus en plus petits et des volumes de plus en plus grands. Il n’est pas rare que nous soyons obligés de produire un livret de 180 pages pour accompagner un grille-pain. Pour autant, cet accroissement de travail ne s’est pas accompagné d’une augmentation de nos revenus.

De plus, nous ne sommes plus libres de nos productions. Désormais, les textes qui nous sont demandés doivent répondre aux normes américaines de façon à se protéger d’éventuels procès. C’est pourquoi j’ai du insérer dans la notice d’un micro-ondes : " ne pas utiliser pour réchauffer un animal vivant ". Autre exemple : " Enlever l’emballage (film plastique, papier aluminium et carton) avant de consommer " que j’ai eu à rédiger pour un paquet de gâteaux.

Madame, Monsieur, nous demandons de vous un geste de compréhension.

La prochaine fois que vous achèterez un appareil électrique ne repoussez pas la notice avec dédain. Sortez-la de l’emballage en ayant une pensée pour nous avant de la conserver précieusement si vous ne prenez pas la peine de la lire.

D’avance merci.

par Roland Ivy publié dans : Histoires comme ça communauté : L'écriture dans tous ses états
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