Définitivement, une seule vie, ça n’est pas assez. Alors, j’ai décidé que j’en aurai davantage, beaucoup, au moins mille. Ce sont ces vies rêvées, imaginées, fantasmées que je vous présente dans ces pages.

Certaines sont plus longues que d’autres ; je les ai rangées dans des tiroirs spéciaux. C’est le cas pour " Volutes " et pour " Modèle vivant ".

Quand on a mille vies, il est normal qu’on en profite pour revisiter l’histoire. C’est ce que je fais dans " Fri(c)tions historiques ".

Tout le reste est rangé dans " Humeurs " ou "Histoires comme ça", tout simplement parce que je n’ai pas trouvé mieux que ces titres.

Bonnes Lectures

Roland 

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Merci aux 3718 visiteurs qui ont consulté 12401 pages sur ce site entre le 07/11/2007 et le 29/02/2008 

 

Vendredi 30 novembre 2007
Pour Martine, inspiré par sa photo sur son blog 

Avec toute mon amitié

 
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Il parait qu'on voit défiler sa vie en l'espace d'un instant. Pour moi, il n'en a rien été. Pourtant, je peux bien affirmer que la mort a étendu ses ailes sur moi, même si elle m'a finalement laissé repartir, à moins que ma bonne fée ne l'ait persuadée de le faire.

C'était un soir de décembre, il y a presque vingt-cinq ans. Je venais juste de saluer mes camarades de club à la fin de l'entraînement. Sur le parking du stade, ils m'avaient chambré parce que j'avais pris la grosse berline familiale alors qu'ils commençaient à s'entasser dans leur vieille 4L. Mon antique 2CV avait refusé de démarrer à la suite des premiers gros frissons de l'hiver. J'étais parti juste devant eux. Je surveillais les phares de leur voiture dans le rétroviseur. Souvent je pense à ce qui se serait passé si j'avais eu ma vieille guimbarde ou même s'ils avaient été devant moi et non l'inverse.

J’étais à une centaine de mètres du feu tricolore qui donnait accès à la nationale quand une grosse voiture est arrivée en sens inverse. Vite, trop vite. Le conducteur n'a pas réussi à maîtriser sa trajectoire. La voiture folle faisait des embardées sur la droite et la gauche, sur toute la largeur de la chaussée. Immédiatement, j'ai eu la certitude qu'elle allait me heurter. Je me suis arrêté et j'ai mis au point mort. J'ai étendu mes bras, saisissant le volant avec fermeté. J'ai voulu vérifier que mes potes avaient bien stoppé et j'ai jeté un regard dans le rétroviseur. Dans le miroir, une femme habillée de blanc me souriait comme si elle se penchait vers moi dans mon dos pour me dire quelque chose depuis la banquette arrière. Devant moi, l'autre fou continuait à zigzaguer dans le crissement des pneus. J'ai fermé les yeux en pensant " c'est fini ! " et j'ai commencé à compter dans ma tête : 1...2...3...

Le choc a été terrible. Terrible le bruit de la tôle qui se froisse en un éclair. Terrible le pare-brise qui éclate. Terrible la sensation d'être projeté en arrière et en avant simultanément. Terrible la douleur dans les bras arc-boutés sur le volant. Terrible la durée de la glissade jusqu'au deuxième choc par l'arrière contre le mur où ma voiture a fini sa course.

Je me souviens que j'ai ouvert la portière. Je me souviens que j'ai décroché ma ceinture. Je me souviens que je suis sorti de ce qui restait de l'habitacle. Je me souviens d'avoir fait quelque pas avant que le monde autour de moi se mette à vaciller. Je me souviens des étoiles qui brillaient dans la nuit d'hiver. Je me souviens de la dame en blanc qui a passé sa main dans mes cheveux et puis, plus rien.

Ce qui s'est passé ensuite, ce sont les autres qui me l'ont raconté. A les entendre, ils n'avaient pas assisté au même accident. Olivier a été le premier à sortir de la 4L. Il s'est précipité sur l'autre véhicule bien décidé à casser la figure du conducteur. En fait, s'il a dû jouer des coudes, c'est pour retenir la fille qui s'en prenait au jeune type qui était au volant. Il voulait impressionner sa copine avec la BMW qu'il avait empruntée à son père, tout fier de son permis tout neuf. Murielle s'est jetée sur moi et, après m’avoir examiné, s'est dépêchée de me faire un massage cardiaque. Elle s'en est voulu longtemps de m'avoir cassé trois côtes. Moi, je me souviens surtout qu'elle m'a sauvé la vie. C'est l'état de ma voiture qui avait rétréci de moitié qui a littéralement soufflé Stéphane. Le bloc moteur avait totalement été enfoncé dans l'habitacle au niveau du siège passager, pas une vitre n'avait résisté, le coffre arrière semblait n'avoir jamais existé. Enfin, Luc m'a parlé de cet homme qui s'est arrêté pour proposer son aide. Il avait un téléphone dans sa voiture. Ce n'était pas courant à l'époque. Il a appelé les secours qui sont arrivés très vite.

Lorsque mon grand-frère a débarqué avec ma mère à l'hôpital, j'avais déjà été transféré des urgences à la réanimation. L'interne qui les a reçus leur a expliqué que les lésions semblaient bénignes mais que je n'avais pas repris connaissance. Pour eux, a commencé une sale attente qui a duré six jours.

Six jours, c'est le temps que j'ai passé dans le coma. Six jours pendant lesquels ils ont attendu dans le couloir à l'affût de la moindre information. Six jours pendant lesquels le personnel m'a veillé. Au cours de ces six jours, j’ai à nouveau croisé la dame en blanc. J’avançais doucement dans la lumière d’un long couloir qui s’ouvrait devant moi. Elle m’a pris par la main et m’a obligé à repartir en sens inverse. Et un matin, j'ai ouvert les yeux, j'entendais un bourdonnement et des bips qui venaient régulièrement de ma gauche. La porte s'est ouverte. Un grand infirmier s'est approché en criant par la porte pour qu'on vienne. La lumière avait disparu, la dame blanche aussi.

Bien des semaines plus tard, le jour de ma sortie, on m'avait assis dans un fauteuil roulant pour me conduire à l'ambulance qui devait me conduire au centre de rééducation. L'ambulancier poussait le fauteuil, mon frère marchait devant avec mes affaires et ma mère trottinait comme elle le pouvait en tentant de suivre. En arrivant près des grandes portes vitrées, j'ai levé la main. Interdite, ma mère a demandé si j'avais besoin de quelque chose. J'ai secoué la tête en disant que ce n'était rien, que je croyais avoir oublié un livre dans la chambre mais que je me rappelais l'avoir glissé dans mon sac. L'ambulancier a repris ses grandes enjambées et les pieds de ma mère leur tricot frénétique. Je ne pouvais tout de même pas leur dire que je saluais le reflet de la dame blanche sur la porte coulissante. Elle me faisait un signe de la main.



par Roland Ivy publié dans : Histoires comme ça communauté : Nouvelles d'ici et d'ailleurs
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Lundi 26 novembre 2007

- On va mettre en panne. Choque la voile. Choque…

Droit dans ses bottes, Marc me crie ses ordres d’une voix rauque. Selon ses directives, je laisse filer l’écoute du foc pendant qu’il s’occupe de la grand-voile. Le Décaméron vire doucement, glisse sur son erre. Les voiles se mettent à faseyer et je me précipite vers le mat.

Depuis maintenant trois jours que nous sommes partis, j’ai peu à peu trouvé mes repères et j’arrive, tant bien que mal, à me mouvoir sur le pont malgré le gros temps. Je tire sur les drisses et commence à abaisser les voiles.

- Il faudra refaire une épinette sur ce bout, il est toute déchiré, dis-je d’un air avisé. 
- Une quoi ? 
- Une épinette. Tu sais, cette espèce de tressage au bout de la drisse.
- Oh, Roland… Quel marin d’eau douce. Ce n’est pas une épinette, c’est une épissure. 

Une nouvelle fois, je me sens nul. Préférant ne pas en rajouter, je baisse les yeux en sifflotant. Mon ami sourit en coin tout en jetant l’ancre.
 

- Ce n’est pas la peine de te morfondre. Je trouve que tu t’en tires très bien. On va s’installer à la poupe. Avec un peu de chance, on pourra voir le rayon vert. 

Je me rappelle très bien le jour où nous avons décidé cette balade en mer. C’était à l’occasion d’un repas que nous avions copieusement arrosé pour fêter l’essor de la petite société que nous avons créée ensemble. J’avais pu lui faire goûter les vins de ma Bourgogne natale et je l’avais initié aux délicieux nectars du " triangle de perdition " situé au début de la Côte. Juste au moment où le maître d’hôtel s’approchait pour desservir et nous apporter les cafés, Marc m’avait défié de l’accompagner sur son bateau pendant une semaine. Il souhaitait me faire connaître sa passion à lui. En faisant sa proposition, il jouait avec des miettes de pain sur la nappe. Il les alignait consciencieusement avec le tranchant de son couteau. Un peu grisé, je n’avais rien vu de crapuleux dans son projet et je m’étais laissé convaincre. 

Quand je suis arrivé à notre lieu de rendez-vous au port de plaisance, je pensais m’être trompé car il n’y avait que des voiliers au mouillage. Face au ponton, des ouvriers procédaient au déboulonnage de l’enseigne d’un confiseur. Je les regardais d’un air perdu quand Marc m’a rejoint. 

- Alors, il est où ton hors-bord ? 
- Je t’ai parlé de " bateau ", je n’ai jamais dit " hors-bord ". Le Décaméron est juste derrière toi. Regarde.

Il y a quelque chose de particulier dans notre relation. L’un et l’autre nous aimons nous surprendre. Il n’y avait pas de raison que cette proposition déroge à la règle. Marc m’avait proposé une croisière sur son bateau mais je n’avais pas imaginé qu’il s’agirait d’un voilier. Surtout, je n’avais pas pensé une seconde que nous aurions à le mener nous-mêmes ce bateau… 

Premièrement, m’habituer à vivre dans un espace aussi confiné
Deuxièmement, construire un nouvel équilibre sur ce pont toujours en mouvement.
Troisièmement, faire en sorte de comprendre le langage étranger employé par mon compagnon depuis notre départ.
Quatrièmement, être efficace dans la manoeuvre en ne confondant pas vitesse et précipitation.
Cinquièmement, vaincre le mal de mer.
Sixièmement, vaincre le mal de mal.
Septièmement, vaincre le mal de mer…

Heureusement, ce matin, le vent avait molli et c’est sur une mer d’huile que nous venons de stopper. Nous sommes assis les pieds ballants dans le vide, face au soleil couchant. L’eau clapote juste en dessous de nous. Marc me tend un verre à moitié rempli d’un liquide incolore qui ne doit pas être de l’eau et que je n’ose pas porter à la bouche.

- Alors, ça va mieux ?
- Un peu.
- Le moins qu’on puisse dire, c’est que nous avons été secoués.
- Je te le confirme. Pour moi, c’est une vraie galère…
- Je suis d’accord avec toi. Mais demain, la météo promet d’être excellente. Tu verras, tout ne sera bientôt qu’un mauvais souvenir.

J’ai du mal à imaginer que mon estomac va reprendre sa place initiale en une nuit et que je prendrai plaisir à être sur ce bateau mais je hoche la tête avant de me tourner vers le disque rose orangé qui descend sur l’horizon.

- Dis. C’est quoi le rayon vert ? On va rencontrer des martiens ?
- C’est mieux que ça. C’est un moment magique. Un truc qui se mérite.
- Je crois que j’ai tout mérité avec ce que je viens d’endurer. Raconte.
- Bois un coup d’abord, ça te fera du bien.

Je saisis le verre que j’avais posé sur le pont. Je me rends compte que l’obscurité a grignoté le jour en quelques minutes. Le soleil a déjà à moitié disparu dans la mer. J’avale une lampée. L’alcool me brûle au passage et des larmes inondent mes yeux.

- Fixe bien le soleil. Si c’est nécessaire, ferme à demi tes paupières. Juste au dessus du disque, il y a un moment… C’est même juste un instant, avant l’obscurité, où il s’opère une espèce de diffraction de la lumière. Il y a comme une bande lumineuse verte. Bonne chance à toi parce que maintenant, c’est chacun pour soi.

En plein milieu de l’océan, dans l’obscurité qui monte, deux copains sont assis sur le pont d’un voilier. Leurs regards, leurs visage, leurs corps sont tendus vers le soleil qui descend à l’horizon. Ils se sont arrêtés de respirer. Il n’y a pas un bruit. Soudain, deux clameurs montent dans la nuit à l’unisson.

- Je l’ai !



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par Roland Ivy publié dans : Histoires comme ça communauté : Nouvelles d'ici et d'ailleurs
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Dimanche 25 novembre 2007

Cette histoire est une pure invention. A commencer par Christelle qui n'existe pas. Il se trouve que je n'ai même pas de soeur.

Évidemment, je n'ai jamais posé pour un groupe d'artistes, je n'ai même jamais mis les pieds dans un atelier de cette nature. Tout au plus, pourriez-vous me croiser de temps à autre dans des salons, musées, expositions ou galeries. Tout ce que j'ai décrit dans cette histoire est donc totalement imaginaire. Il m'a semblé que ça pourrait se passer comme ça...

Pour autant, il y a un personnage qui existe bel et bien. C'est celui de mon ami Max à qui j'ai présenté cette histoire en début de semaine et à qui j'ai lancé le défi de me trouver l'illustration du dernier épisode.

Ce qui est amusant, c'est qu'il participe à ce type de séances au sein d'une association et qu'il m'a annoncé qu'il y avait des similitudes entre ce que je propose et ce qui se passe dans son atelier.

C'est pourquoi je vous mets en lien le site de l'association dont il est adhérent. Elle est basée sur Paris mais la magie de l'Internet permet à tous de faire une petite visite.

http://www.aracanthe.org/

Bonne fin de week-end.

par Roland Ivy publié dans : Modèle vivant communauté : Au fil des mots
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Dimanche 25 novembre 2007

J’ai mis longtemps à me rhabiller. J’aurais bien aimé prendre une douche mais il n’y avait qu’un lavabo. J’étais fourbu. J’avais des courbatures dans tout le corps. Mon portable a sonné au moment où j’allais sortir. C’étaient les enfants qui voulaient savoir comment allait leur tante. Après quelques échanges, ils m’ont passé leur mère à qui j’ai raconté mon aventure. Nous avons parlé un moment et elle m’a quitté pour aller coucher les petits.

En poussant la porte, j’ai constaté que Christelle était seule. Elle m’attendait assise à sa place en feuilletant ses dessins.

- Tu en as mis un temps !

- Désolé, j’étais au téléphone. Ils sont partis ?

- Ils t’ont attendu. Ils voulaient te dire au revoir et te remercier.

- Excuse-moi. J’ai eu les petits. Ils t’embrassent.

- Ca, c’est gentil. Tiens, Max m’a laissé ce dessin pour toi. Il espère qu’il te fera plaisir.

- Max ?…

- Tu as discuté avec lui pendant la pause.

- Ah oui, je me souviens. Mais c’est magnifique. Tu le remercieras de ma part.

- Bon. On va dîner ? J’ai découvert un petit restaurant dont tu me diras des nouvelles. Comme tu es plein aux as avec l’argent que tu viens de gagner, tu m’invites.

- Objection votre honneur. Avec le coup que tu viens de me faire, c’est à toi de payer.

- Objection retenue.

FIN

P1010030.jpg
Max Gratto - sans titre
(Autorisation spéciale de l'artiste)

par Roland Ivy publié dans : Modèle vivant communauté : Nouvelles d'ici et d'ailleurs
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Dimanche 25 novembre 2007
Hier, j'ai oublié de dire qu'il y aurait une suite. Je me suis rendu compte que l'histoire pourrait s'arrêter là. Mais comme les derniers épisodes sont déjà prêts, je vous en livre un aujourd'hui.

Désolé de ne pas avoir d'images à montrer comme me le demande Martine, mais les lecteurs attentifs auront remarqué que Roland n'a vu aucun dessin lui non plus...


Cinq minutes, c'est beaucoup plus long que deux. Ca peut sembler une évidence mais mon corps l'a douloureusement ressenti au cours de cette demi-heure. Tenir la pose pendant cinq minutes m'a semblé beaucoup plus difficile que lors de la première partie. A plusieurs reprises, j'ai senti les crampes me gagner mais j'ai finalement réussi à tenir.

Cette fois, j'ai profité de ces longs moments d'immobilité pour les observer tous en pleine action. Ils étaient totalement concentrés et se lançaient à corps perdu dans leur activité. A droite, un homme sans âge, très grand, très maigre, faisait des gestes amples et rapides. Il réalisait au moins cinq dessins par pose. Ses feuilles volaient. A gauche, une dame aux gestes sobres travaillait sur de tout petits formats. Au centre, il y avait deux jumelles habillées exactement de la même façon qui partageaient la même boîte de craies disposée entre leurs deux chaises. La seule que je n'ai pas observée, c'est Christelle.

J’observais leurs visages crispés, leurs regards qui me scrutaient. Il s’imprégnaient de moi. Ils me convertissaient en lignes et en ombres. Ce qui les intéressaient, en ces moments précis, ce n’était pas moi en tant que personne, mais moi étant que corps. Seuls la position de mon corps, la lumière sur ma peau, mes muscles et mes os sous ma peau et même mes rondeurs les intéressaient.

Leurs yeux effectuaient un va-et-vient incessant de mon corps à leurs feuilles. Parfois, un sourire illuminait leur regard. Parfois, une grimace le tordait. Ils étaient tous lancés dans un corps à corps avec leurs outils dont mon corps était la cible. Le dernier coup de gong a mis fin à leur bataille. Tous les combattants se sont arrêtés. Marina s’est approchée de moi. Elle tenait un petit panier d’osier.

- Merci beaucoup, Roland, c’était une belle séance. Tenez, c’est pour vous.

Elle me tendit le panier. Il était rempli de billets et j’ai dû avoir l’air surpris.

- Toute peine mérite salaire, Roland. Les gens qui sont ici paient pour avoir un modèle et cet argent vous revient. C’est vous qui avez été le modèle aujourd’hui. Vous l’avez vraiment mérité.

Il y a eu quelques applaudissements quand j’ai pris le panier. Je me suis éclipsé pendant qu’ils tournaient leurs chaises pour se montrer leurs travaux.


(La fin demain)

par Roland Ivy publié dans : Modèle vivant communauté : L'écriture dans tous ses états
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Vendredi 23 novembre 2007

Drôle de situation. J'avais une tasse d'Earl Grey dans une main et un gâteau au chocolat dans l'autre. J'étais nu sous un imperméable de femme au milieu d'un groupe de personnes qui discutaient tout autour de moi et je n'entendais pas les conversations. Certains avaient les mains toutes sales. Christelle avait une trace sombre qui lui barrait le front. J'étais là, mais j'étais ailleurs. Je pensais aux dessins que j'aurais bien aimé voir mais qui avaient tous disparu dans les cartons.

J'ai senti qu'on me tapait légèrement sur l'épaule. Je me suis retourné et je me suis retrouvé face à un type de taille moyenne. Il devait avoir dans la cinquantaine. Il a tendu la main vers moi en disant :

- C'est vraiment sympa ce que vous faites. Franchement, c'est un drôle de tour que vous joue Christelle. Je ne sais pas si j'aurais apprécié que ma femme me fasse un coup pareil...

- Mais, Christelle n'est pas femme.

Son regard d'acier s'est posé sur ma main gauche et j'ai remarqué une légère crispation des muscles de ses joues sous son discret collier de barbe.

- Excusez-moi si j'ai commis un impair.

- Il n'y a aucun problème. Christelle est ma sœur. C'est une amie d'enfance de ma femme. C'est elle qui nous a présentés.

C'est à ce moment précis que Marina a sonné la fin de la pause. Chacun a rejoint sa place. C'est en remontant sur l'estrade que je me suis rendu compte que j'avais gardé mon alliance en me déshabillant.

J'ai dénoué la ceinture de l'imperméable, je l'ai laissé glisser sur mes épaules sans le laisser tomber. J'ai planté mon regard dans celui de l'homme aux yeux bleus. La deuxième partie de la séance commençait.

par Roland Ivy publié dans : Modèle vivant communauté : Au fil des mots
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Vendredi 23 novembre 2007

« Y a-t-il un pilote dans l'avion ? » ,« Y a-t-il un médecin dans la salle ? », «  Y a-t-il un volontaire pour sauter de la montgolfière ? ». Voilà le genre de phrases qui me venaient à l’esprit pendant que je me déshabillais dans la petite salle attenante où Christelle et Marina m'avaient poussé.


- Ca n'est pas très compliqué. Dans la première partie de la séance, on fait des sprints. Tu prends la pose pendant deux minutes, montre en main. Au bout des deux minutes, Marina donne un coup de gong et tu peux te détendre un instant. Au deuxième coup, tu prends une nouvelle pose et ainsi de suite. Ca dure une demi-heure. Après on fait tous une petite pause. Dans la deuxième partie, c'est plutôt du demi-fond. Le principe est le même, mais les sessions durent cinq minutes. Tu as compris ?

 

Elle ne m'a pas laissé répondre et je me suis retrouvé seul. Je n'avais gardé que ma chemise dont j'espérais qu'elle me cacherait, du moins au début. J'étais en train de regarder les marques que les élastiques avaient laissées sur mes jambes lorsque Marina a frappé doucement.

 

- Roland ? Est-ce que vous êtes prêt ?

 

Je sentais bien que je ne serais jamais prêt, mais j'ai ouvert la porte. Je me suis avancé vers l'estrade en tirant sur les pans de la chemise et en évitant tous les regards.

 

Pour la première pose, je me suis assis en tailleur, dos à la salle. Ces deux minutes m'ont semblé une éternité. Lorsque le gong a retenti, je les ai entendu s'agiter et souffler. J'ai fait un quart de tour en remontant mon genou sur lequel je me suis appuyé. Une ultime manœuvre pour leur cacher mon sexe. Nouveau coup de gong.

 

Finalement, je me suis levé. J'ai mis les mains derrière la tête et je me suis posté face à eux, le regard braqué sur le fond de la salle. Les choses étaient lancées mais j'évitais soigneusement de croiser leurs yeux. A chaque nouvelle position, je choisissais un point fixe dans la salle. Je les entendais s'échiner sur leur travail. Ils grattaient, ils frottaient leurs feuilles dans une gestuelle frénétique. Quel fourmillement, quelle agitation ; et pas une parole.

 

Le gong a annoncé la fin de la première partie. Ils se sont mis en arrière sur leurs chaises en poussant un grand soupir. Je ne savais pas quoi faire. Christelle est venue vers moi avec son imperméable.


- Tiens, couvre-toi. C'est l'heure du thé. Rassure-toi. Tout se passe très bien.


(La suite demain)

par Roland Ivy publié dans : Modèle vivant communauté : Nouvelles d'ici et d'ailleurs
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Jeudi 22 novembre 2007

Dans un post intitulé " Impair et Manque ", Amazone évoque, entre autres, le trou laissé par les enfants quand ils quittent le foyer pour s’en aller vivre leur vie.

En soi, son message m’a ému même si les hasards de la génétique n’ont pas fait de moi une femme ni, a fortiori, une mère.

Mais – hasard de la programmation radiophonique– lorsque j’ai repris ma voiture après avoir lu son message, le poste diffusait " Father ans son " de Cats Stevens. Quand j’étais adolescent, cette chanson me plaisait. Sur mon sac d’école, j’avais même reproduit deux de ses vers :

" From the moment I could talk, I was ordered to listen "
(Dès que j’ai su parler, On m’a ordonné d’écouter)

A l’époque, le chassé-croisé entre le père et le fils et surtout leurs visions différentes sur le monde m’interpellaient. Bien sûr, j’adhérais totalement aux propos du fils. Il était pressé de partir, disait qu’il devait le faire et que cette décision lui appartenait.

Quant au père, il l’engageait à être patient, à prendre son temps...

Plus de trente ans ont passé. Je suis passé d’un statut à l’autre et je me retrouve désormais à penser comme le père.

" I was once like you are now. And I know that it’s not easy "
(J’ai été dans l’état où tu es maintenant. Et je sais que ce n’est pas facile)

Juste retour des choses. La roue tourne. Je ne suis pas atteint de nostalgie. Je réalise juste que des années ont passé.  

stevens.jpg

  
Father and Son – Cats Stevens
(Tea for the tillerman)

It's not time to make a change,
Just relax, take it easy.
You're still young, that's your fault,
There's so much you have to know.
Find a girl, settle down,
If you want you can marry.
Look at me, I am old, but I'm happy.

I was once like you are now, and I know that it's not easy,
To be calm when you've found something going on.
But take your time, think a lot,
Why, think of everything you've got.
For you will still be here tomorrow, but your dreams may not.

How can I try to explain, when I do he turns away again.
It's always been the same, same old story.
From the moment I could talk I was ordered to listen.
Now there's a way and I know that I have to go away.
I know I have to go.

It's not time to make a change,
Just sit down, take it slowly.
You're still young, that's your fault,
There's so much you have to go through.
Find a girl, settle down,
if you want you can marry.
Look at me, I am old, but I'm happy.

All the times that I cried, keeping all the things I knew inside,
It's hard, but it's harder to ignore it.
If they were right, I'd agree, but it's them you know not me.
Now there's a way and I know that I have to go away.
I know I have to go.

tea-for-tillerman.jpg

par Roland Ivy publié dans : Humeurs communauté : Au fil des mots
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Jeudi 22 novembre 2007

Elle est effectivement montée, Marina. Mais l'église toute proche avait déjà sonné 19 heures depuis de longues minutes quand elle est arrivée et elle était seule. Elle semblait préoccupée. Elle s'est approchée de l'estrade et s'est tournée vers les quinze visages qui ne la quittaient pas des yeux.

- Chers amis, bonsoir. (Elle fit une pause en prenant le temps de regarder chacun des membres de l'assemblée). Nous avons un problème. Le modèle qui devait venir poser ce soir nous a appelés il y a quelques minutes. Malheureusement, elle ne pourra pas venir.

Des murmures sont montés dans la salle qui, depuis l'entrée de Marina, était restée parfaitement silencieuse.

- Croyez bien que nous en sommes désolés. Si je ne suis pas venue vous le dire dès son appel, c'est que nous avons essayé de joindre un ou une remplaçante en appelant des modèles avec lesquels nous travaillons habituellement. Nous n'avons pu joindre personne. Je suis très contrariée de vous annoncer que nous devons annuler cette séance. Je vous donne donc rendez-vous à la même heure la semaine prochaine et je vous prie de bien vouloir nous pardonner cet impondérable. Bien évidemment, si vous souhaitez rester pour travailler un autre sujet, la salle est libre jusqu'à 21 heures.

Les murmures se sont transformés en grognements auxquels se sont ajoutés des bruits de chaises qu'on repousse. La plupart des artistes commençaient à ranger leurs affaires quand Christelle prit la parole :

- Attendez. Ne partez pas. Nous en avons un modèle. Roland peut poser pour nous. De toute façon, il m'attend. Il n'a rien à faire d'autre.

Adossé au mur du fond, j'ai eu envie de me retourner quand les regards se sont braqués sur moi.

- Mais, je n'ai jamais fait ça. Je ne saurai pas. Je ne sais même pas comment ça se passe...

Ma voix s'est cassée avant la fin de ma phrase et Christelle a repris :

- Ne fais pas le timide. Tu y arriveras très bien. On est entre amis. Tu verras, ça va bien se passer. Allez, Roland, un petit effort...

Ils ne l'ont pas dit, Marina non plus, mais tous ces regards dirigés vers moi reprenaient en chœur : " Allez, Roland... ". Je n'ai pas trouvé les mots pour leur dire non. Quand j'ai haussé les épaules, un grand " Ah ! " est monté et ils se sont tous assis face à l'estrade. 

(La suite demain)

par Roland Ivy publié dans : Modèle vivant communauté : L'écriture dans tous ses états
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Mercredi 21 novembre 2007
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Vite ! 


Faites un détour par le site de cette magnifique association qui édite et distribue des livres de poche de qualité pour participer au développement du goût de la lecture chez les enfants. 

Un prix unique 0,70€.

Comment font-ils ? Je leur laisse la parole :


L'association "LIRE C'EST PARTIR" publie des livres de poche pour les enfants et ne fait payer que les frais d'impression et les droits d'auteur. Les livres étant imprimés en grand nombre, les coûts d'impression s'en trouvent réduits. De plus, elle les distribue elle-même, il n'y a donc pas de frais d'intermédiaire entre l'éditeur et le lecteur.

http://lirecestpartir.free.fr/frame.html

De plus, si vous avez l'opportunité d'assister à l'une de leurs ventes directes, IL FAUT Y ALLER. Vous y rencontrerez peut-être Vincent SAFRAT, un "éditeur social".

safrat2.jpg












Vincent SAFRAT
par Roland Ivy publié dans : Humeurs
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