Définitivement, une seule vie, ça n’est pas assez. Alors, j’ai décidé que j’en aurai davantage, beaucoup, au moins mille. Ce sont ces vies rêvées, imaginées, fantasmées que je vous présente dans ces pages.

Certaines sont plus longues que d’autres ; je les ai rangées dans des tiroirs spéciaux. C’est le cas pour " Volutes " et pour " Modèle vivant ".

Quand on a mille vies, il est normal qu’on en profite pour revisiter l’histoire. C’est ce que je fais dans " Fri(c)tions historiques ".

Tout le reste est rangé dans " Humeurs " ou "Histoires comme ça", tout simplement parce que je n’ai pas trouvé mieux que ces titres.

Bonnes Lectures

Roland 

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Samedi 29 décembre 2007

C'est à l'occasion d'un simple trek sur le Mont Sinaï qu'une des plus étonnante découverte de ce début de siècle a été réalisée. Elle vient juste d'être rendue publique suite aux recherches et vérifications effectuées, dans le plus grand secret, par une équipe internationale d'archéologues, de théologiens et de spécialistes des langues anciennes.

A en croire la très sérieuse revue scientifique The Lancet, il a été découvert une grotte contenant des fragments de pierre sur lesquels sont gravés des textes en araméen. Ces derniers pourraient être attribués à Moïse et constitueraient des documents de travail à la rédaction définitive du Pentateuque, les cinq premiers livres de la Bible. Nous publions ci-dessous, les premiers des textes qui ont été dévoilés lors d'une conférence de presse qui s'est tenue jeudi dernier à Jérusalem.

Livre I – La genèse – Episode le Jardin d'Eden (Projet)

Etat de lieux (Résumé synthétique des épisodes précédents) : Le monde a été créé. Dieu l'a peuplé à sa convenance et a finalement modelé l'homme à Son image. Considérant qu'une compagne lui était nécessaire, Il s'est servi d'une côte de ce premier pour créer la femme. Ensuite, Il a placé Adam et Eve dans le jardin d'Eden les engageant à profiter pleinement de tout ce qu'Il mettait à leur disposition. Pour autant, afin de tester leur libre arbitre et leur capacité à Lui obéir sans réfléchir, Il leur a interdit de goûter au fruit de l'arbre de la connaissance.

Scénario 1 :

Adam et Eve obéissent aveuglément à cet interdit et jouissent paisiblement jusqu'à la fin des temps des bienfaits du jardin d'Eden. Les humains qu'ils engendrent croissent et se multiplient de manière exponentielle dans la joie et la paix.

Point positif :

Dieu se félicite de la perfection de son travail et pourvoit sans compter au développement de cette humanité.

Point négatif :

Outre l'ennui que génère chez Yahvé sa création, les coûts d'entretien qu'Il doit supporter sont exorbitants.

Conclusion :

Ne pas développer ce modèle. Le conserver toutefois comme récompense suprême promise/accordée (à définir) pour les meilleurs éléments de l'humanité (critères de sélection à élaborer dans les livres suivants)

Scénario 2 :

Eve obéit strictement à l'interdiction divine mais Adam croque le fruit défendu. Dieu, très en colère, les chasse du Jardin d'Eden. L'homme est condamné à faire deux journées dans l'une. Après avoir marné toute la journée pour gagner (petitement) de quoi nourrir sa famille, il devra, une fois rentré chez lui, s'occuper de la maison, faire la cuisine, torcher les gosses. Et les soirs où Eve caressera l'espoir de prendre un peu de bon temps sous la couette, Adam devra s'exécuter même quand il aura mal à la tête. Ses douleurs seront atroces au moment de l'accouplement.

Point positif :

Ce modèle de fonctionnement est beaucoup plus facile à équilibrer sur le plan économique. La moitié de l'humanité étant au service de l'autre, les coûts pour le Créateur sont minimes.

Point négatif :

Scénario peu compatible avec mon statut de mâle rédacteur du présent ouvrage. De plus, l'homme étant créé à l'image de Dieu ne peut pas être responsable de sa propre chute.

Conclusion :

Ne peut pas être diffusé dans l'état. Un réaménagement doit être apporté. Trouver un élément extérieur qui met un grain de sable dans la belle mécanique infaillible créée par Dieu (A étudier)

Scénario 3 :

Adam et Eve trouvent conjointement que Dieu a des exigences trop importantes. Ils décident de s'autogérer en constituant une communauté égalitaire aux droits et devoirs strictement identiques pour tous ses membres.

Point positif :

Coût pratiquement nul pour le Créateur qui perd sa mise initiale mais n'a pas à supporter les frais d'entretien. Peut se targuer en réunion divine d'avoir lancé ce concept révolutionnaire.

Point négatif :

Absolument en dehors du cahier des charges. Ne surtout pas ébruiter une telle possibilité de fonctionnement. Les conséquences pourraient être catastrophiques pour l'équilibre divin. Si d'aventure, certains éléments des générations futures venaient à avoir cette idée, prévoir des stratagèmes pour faire capoter leurs projets.

Conclusion :

Ne pas développer ni même aborder cette solution devant qui que se soit ! (se montrer vigilant en cas de cuite entre copains)

Scénario 4 :

Eve tombe dans le panneau aidée par un élément extérieur, un serpent par exemple (Ouais, un serpent, c'est bien. J'ai jamais pu supporter ces bestioles moi). Elle entraîne Adam dans sa chute, les éléments du scénario 2 sont valables. Quelques personnages mâles particulièrement audacieux et utilisant tous les rouages du système peuvent en tirer des bénéfices pendant des siècles.

Point positif :

cf. scénario 2 inversé. De plus, le confort et le pouvoir donnés aux mâles me conviennent tout à fait pour quand je vais descendre de cette foutue montagne.

Point négatif :

D'éventuels éléments mâles déviants pourraient, dans les siècles à venir se mettre à penser que la situation est par trop déséquilibrée en leur faveur, surtout si les femmes finissent par se manifester trop bruyamment.

Conclusion :

Scénario à adopter dans l'ouvrage définitif.

Pour pallier les éventuels débordements évoqués ci-dessus, prévoir les ajouts suivants (liste à compléter) :

  • Développer le sentiment de culpabilité féminine;
  • Organiser au besoin des séances de celui qui crache le plus loin, de celui qui pisse debout, de celui qui peut boire plus que les autres sans tomber à la renverse pour renforcer le légitime sentiment de suprématie masculine;
  • Faire identifier, par tous les autres les mâles déviants comme indignes de l'humanité;
  • Instiller une dose de proportionnelle par l'introduction progressive de religions concurrentes;
  • Mettre sur le marché quelques produits de contrefaçon tels que les guerres, les épidémies, la famine, les catastrophes naturelles, l'attaque d'extra-terrestres (à étudier, ce dernier point); ...

Scénario 4 (bis) :

Si Eve, malgré l'intervention extérieure, ne commet pas l'irréparable, lui mettre sur le dos n'importe quelle autre broutille. Les hommes seront toujours prompts à accuser les femmes de tous les maux dès lors qu'ils auront compris leur intérêt...

par Roland Ivy publié dans : F(r)ictions historiques communauté : Au fil des mots
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Mardi 25 décembre 2007

- Chéri, quand tu auras fini de mettre la table, tu pourras venir ouvrir les huîtres ?

- Pas de problème. Je m'en charge, j’ai l'habitude.

 

Il est comme ça, mon homme. Quand on a besoin de lui, toujours prêt ! Il n'a pourtant pas été scout. N'empêche, je suis bien contente qu'il les ouvre ces huîtres parce que ça me prendrait des heures. Je ne sais pas comment il fait mais il se débarrasse de cette corvée avec une facilité déconcertante. En moins d'un quart d'heure, c'est expédié. Il enfile son tablier. Il dispose les plateaux devant lui. Il prend un torchon dans une main et son petit couteau noir dans l'autre et c'est parti. Une à une les huîtres quittent la bourriche pour se retrouver en une seconde sur le plateau.

 

Déjà 18h30, j'ai le temps mais j'ai encore pas mal de travail avec les toasts à préparer, la dinde à surveiller et mes salades à laver. Mon plateau de fromages est prêt. Pour le dessert, je ne me suis pas cassé la tête. J'ai commandé une bûche au beurre chez Martial. Je l'ai mise à la cave, bien au frais au dessus des grands bacs en plastique où plongent déjà les bouteilles de Champagne avec la glace pilée qu'on a rapportée de chez le poissonnier.

 

Tiens, il a allumé la télé. D'habitude, il met un disque. Qu'est-ce qu'il écoute ?... Je n'entends rien alors je mets la radio. De toute façon, je suis obligée de fermer la porte avec la dinde qui est au four. Sinon, ça va sentir dans toute la maison. A propos de disque, je lui ai préparé une petite surprise. J'ai déniché la réédition de Foxtrot en CD. C'est son album préféré. Je ne crois pas qu'il sache qu'il est sorti. Son vinyle est tellement usé qu'on n'entend plus rien au milieu des craquements. Je le glisserai dans son assiette avant de passer à table.

 

18h45, c'est bon. J'ai encore le temps. Ils ne se rendent pas compte, les autres. Ils vont se pointer à 20 heures, la gueule enfarinée et ils vont se mettre les pieds sous la table. Tous les ans, c'est pareil. Il n'y en a pas un qui te propose de venir t'aider. C'est usant à la fin. D'accord, ça se passe chez nous parce que nous avons une grande maison où on peut coucher tout le monde après la fête mais de là à ne pas participer aux préparatifs... Remarque, avec tout ce qu'on descend, je suis plus rassurée de ne pas reprendre la route à la fin de la soirée. En tout cas, j'en parlerai un peu à table parce que ça ne peut plus durer. L'an prochain, il faudra s'organiser autrement.

 

Bientôt 19 heures, je vais monter le son pour écouter les titres du flash. Après, j'irai passer un petit coup de fil à maman pour embrasser les enfants.

 

...

 

Bon maintenant, ma petite Marie, tu fais gaffe en arrosant la dinde. Il ne s'agirait pas de bousiller ta robe Marie-Antoinette avant la fête. Les autres nous ont annoncé des surprises dans leurs déguisements. Antoine a dit qu'ils viendraient en Sans-culotte. Telle que je la connais, Baby va nous montrer en pleine fête qu'effectivement elle n'en portera pas de culotte. Tous les ans elle nous montre ses seins ou ses fesses. Mais ça, ça va se passer plus tard dans la soirée...

 

Qu'est-ce que je disais. Les huîtres sont déjà ouvertes. Il a dû le faire quand j'étais au téléphone ou que je m'habillais. Quand j'y repense, quelle histoire tout de même. Les Ceaucescu arrêtés et fusillés. Pas le temps d'aller lui en parler. Je ne sais même pas s'il est au courant. On verra plus tard. Il est déjà 19h45 et ils ne vont pas tarder.

 

Tout de même, Lisa et Luc auraient pu venir un peu en avance. Je ne vois pas pourquoi je râle. Elle n'a jamais pu être à l'heure celle-là. Déjà au lycée, le nombre de fois où elle nous a fait rater le bus...

 

Ding-Dong... Ding-Dong...

 

J'en étais certaine. Vingt heures pétantes et les fauves sont là. Et bien : Que la fête commence !

par Roland Ivy publié dans : F(r)ictions historiques communauté : Nouvelles d'ici et d'ailleurs
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Lundi 24 décembre 2007

- Chéri, quand tu auras fini de mettre la table, tu pourras venir ouvrir les huîtres ?
- Pas de problème. Je m'en charge, j’ai l'habitude.

 

 

Je n’aime pas particulièrement les huîtres. Mais, comme tous les ans à Noël, je vais en ouvrir douze douzaines pour le plus grand plaisir des dix convives que nous attendons pour dîner. Hier soir pour le réveillon, c’était la soirée familiale que chacun d’entre nous a passée de son côté. Pour Marie et moi, c’était chez ses parents avec nos trois enfants, mon frère, sa femme et leurs jumelles.

 

Mais ce soir, nous avons laissé les petits à leurs grands-parents à Chartres et nous sommes rentrés sur Verrières où nous nous apprêtons à recevoir, comme tous les ans à Noël, notre bande de copains du lycée. Nous étions huit inséparables auxquels se sont greffés des conjoints plus ou moins bien assortis. J’ai épousé Marie peu de temps après notre sortie de la fac. Lisa vit avec Luc, mon frère. Antoine s’est trouvé une bombe répondant au surnom de Baby aussi idiote que belle et qui rit niaisement à chacune de ses vannes graveleuses. Marc et Philippe arriveront cinq minutes l’un après l’autre car ils n’ont toujours pas osé – même à nous – annoncer qu’ils vivent ensemble. Isabelle viendra avec Pierre, un médecin très rigolo qu’elle a rencontré en vacances il y a trois ans et qu’elle n’a pas quitté depuis. Quant à Thierry, on ne sait pas avec qui il viendra. La seule chose dont nous soyons tous certains, c'est que la fille qui l’accompagnera ce soir ne sera pas celle qui est venue l’année dernière et qu’elle ne sera pas avec nous l’an prochain.

 

Dans quelques heures, nous serons tous les douze réunis, déguisés comme tous les ans. Cette année, ça sera le style Révolution Française. Forcément, en 1989, aucun autre thème n’aurait pu être retenu. En sortant les assiettes que je pose sur la table, je regarde sur le buffet la perruque blanche qui doit parfaire mon costume d’aristo. Je porte déjà mes hauts de chausse, ma chemise à jabot et mon gilet brodé couvert d'une veste à longs pans tous deux réalisés dans le même tissu. Sans parler des chaussures à boucle et à talons hauts. Je nous imagine déjà en fin de soirée en braillant " Roxanne " et tous les autres tubes de la fin des années 70 que nous passons en boucle lors de nos rencontres. Je vérifie la présence de mes disques fétiches que je viens de m’offrir en version CD. C'est vraiment une invention révolutionnaire…

 

Presque machinalement, je mets en route la télé en sortant les verres à pied. Je n’ai pas particulièrement envie de me taper l’un de ces innombrables bêtisiers qu’on nous sert en cette période mais comme Noël, nous réserve toujours des surprises, je me dis que cette année encore…

 

Sur l’écran apparaît un vieux type aux cheveux hirsutes et une barbe de trois jours. Il est accompagné d’une espèce de mémé aux yeux exorbités qui se pelotonne dans son imperméable fripé. Je les connais mais je ne les reconnais pas. Le bonhomme s’énerve en frappant du poing sur la table de cuisine derrière laquelle ils sont assis.

 

Je suis médusé. J’ai totalement oublié la table à dresser, les huîtres à ouvrir et ma femme qui s’affaire dans la cuisine. Je fixe l’écran. Je ne comprends rien. L’image est figée. On entend une voix dans une langue que je ne comprends pas avec à l’écran l’image du vieux dont je cherche encore le nom. Soudain, l’image s’anime à nouveau. Le vieux, je le reconnais. C’est Nicolae Ceausescu. La vieille à côté de lui, c’est sa femme Elena.

 

Alors, on les a retrouvés. On les a attrapés. Depuis une semaine, ça cogne en Roumanie depuis que Ceausescu a fait tirer sur la foule à Timisoara. Ensuite, l’armée et le peuple ont fraternisé. Alors le vieux s’est sauvé en hélicoptère avec son Elena. Le pilote a prétexté une panne de carburant et les a déposés en pleine campagne. Depuis trois jours, on les cherche partout.

 

Mais qu’est ce donc que cette émission ? Je lis les sous-titres et je comprends qu’il s’agit d’une espèce de procès. Lorsque les Ceausescu parlent, l’image s’anime. Quand d’autres interlocuteurs prennent la parole, l’image se fige. Qu’est-ce que c’est que cette mascarade ? Gorby va l’avoir sévère, lui qui prône la transparence avec sa Glasnost. Je me dis que ce n’est pas la première fois que la Roumanie prend ses distances avec le " Grand-frère " mais là, quel simulacre. Même Louis XVI avait eu droit à un procès moins expéditif. Tout à coup, les choses s’emballent, Elena se fâche face à ses accusateurs. Elle les traite de chiens et leur envoie tout le fiel dont elle est capable. Si ses yeux étaient des kalachnikof, je ne donnerais pas cher de leur peau. Et d’un coup alors que l’image est à nouveau fixe, la sentence tombe. La mort. Immédiatement.

 

L’image toujours figée, on entend un bruit de chaises qu’on repousse et la porte qu’on claque. Suit alors, dans le lointain, une rafale de mitraillette, puis deux coups séparés. L’image change, la caméra avance dans une cour qui ressemble à un chantier. Elle s’approche des deux corps des Ceausescu criblés d’impacts. C’est fini.

 

J’ai un drôle de goût dans la bouche. La nausée. J’éteins le poste et je retourne, sans un mot, à mes préparatifs.

 

Au cours de la fête, personne n’a évoqué l’événement. Je n’ai pas pu avaler les huîtres, et je n’avais pas d’appétit. J’ai trouvé le Champagne tiède…

 

 

par Roland Ivy publié dans : F(r)ictions historiques communauté : Nouvelles d'ici et d'ailleurs
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Vendredi 21 décembre 2007
Martine me lance un défi d'écriture pour le temps des fêtes.

Je vous invite tous à aller voir chez elle si vous pouvez vous y inscrire.

Soyez créatifs !

A+
Roland


PS : Au passage, avez-vous remarqué que Quichottine m'a appris comment créer un lien directement dans le corps du texte ? Merci à elle.
par Roland Ivy publié dans : Humeurs
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Vendredi 21 décembre 2007
Je sais, c'est pas fûté mais j'ai aussi le droit de faire du rase-mottes, non ? Alors pardonnez cette petite chanson que nous chantions ce matin sur la route de l'école avec les petits.

Vive le ven... Vive le ven... Vive le vendredi
Et en plus ce lundi on restera au lit

Hé !

Vive le ven... Vive le ven... Vive le vendredi
2007 c'est fini, les vacances c'est parti.

 
Pendant les fêtes, le blog sera peut-être en service restreint mais restera ouvert.
A bientôt à ceux qui s'éloignent.
Amitiés à ceux qui restent.

Roland
par Roland Ivy publié dans : Humeurs
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Jeudi 20 décembre 2007
Il y a Bill qui a publié un texte effroyable.

Moi, ça m'a remué ce texte, alors j'ai pondu celui-là, comme une réponse. Commencez par le sien mais n'oubliez pas de revenir me voir. 
Roland


Ceux d'en face


Ca a bougé là-bas. J'ai vu une ombre alors j'ai tiré. Comme des rats, il se sont plaqués au sol. Le brouillard les masque, mais je les entends qui rampent et qui chuchottent. Ils sont là. Pas les nôtres, mais ils sont là.


Ca fait maintenant, trois semaines qu'on a pris cette baraque au toit de tôle qu'on appelle le refuge des Tras. Trois semaines qu'on est monté à l'assaut et qu'on a massacré les mecs qui le tenaient avant nous. Dans la charge, on a perdu les trois quarts de notre groupe. On n'est plus que trois à attendre les renforts. C'est Jef qui les a appelés. C'est à lui qu'ils ont donné l'ordre de s'enfermer dans ce trou, de tout piéger et d'attendre qu'on vienne nous relever. Depuis, plus rien, les batteries de la radio ont rendu l'âme depuis longtemps. Alors, on attend, la peur au ventre, en essayant de dormir chacun à notre tour. On ne fait pas de feu pour ne pas se faire repérer. On a assez de rations pour tenir un siège mais quand est-ce qu'ils vont venir ?


Je me rappelle le jour où les keufs se sont pointés devant notre block dans leur boîte de six. On avait reçu nos ordres de mobilisation la veille. On savait que c'était pour nous. Ils se sont précipités dans la cage d'escalier comme s'ils montaient à l'attaque de je ne sais quelle citadelle. Les coups ont résonné fort sur la porte. Quand Carla est allée leur ouvrir avec la petite dans les bras, ils les ont repoussées sèchement contre le mur. Ils se sont jetés sur moi en m'entraînant dans l'ascenseur. Je n'ai même pas eu le temps de les embrasser. Carla n'a pas dit un mot. Ses larmes coulaient le long de se joues. Ils m'ont balancé dans la cabine où je suis tombé à genoux. J'ai pris mes chaussures en pleine figure. J'avais même pas eu le temps de les mettre. J'allais leur foncer dans le lard. La main de Jeff s'est posée sur mon bras. Il y a longtemps qu'il a compris Jeff qu'on serait toujours les baisés de l'affaire. On est pas nés du bon côté du périph', nous. On a grandi ensemble avec Jef. Toujours fourrés dans les mêmes coups foireux et les mêmes galères. Pourtant, lui, il bossait bien à l'école. Il y a cru à sa chance. Faut dire qu'on a tous cru que si un de nous s'en sortait, ce serait Jef. Tout bardé de diplômes, il a essayé. Mais tu n'as pas ta chance quand tu viens de la Cité des Fleurs. N'empêche pourquoi, ils n'envoient pas là-bas les malabars qui viennent nous sortir de chez nous. Il seraient parfaits, eux, pour défendre leur chère patrie...


- Rol...? Ca va ?
- Ouais. On a de la visite. C'est pas des gars de chez nous. 
- Tu as pu voir combien ils sont ?
- Dix, douze, pas plus de quinze.
- C'est mal barré.
- C'est clair.

 

De toute façon, ça peut pas bien finir. Soit on les descend un par un pendant qu'ils chargent, soit ils nous enfoncent et quand ils rentrent, c'est toute la baraque qui les explose et les envoie en enfer. Vu qu'on n'a pas de FM pour les arroser, on a intérêt à avoir du bol en leur tirant dessus au coup par coup. J'aime pas ça moi, tirer sur les mecs en les visant. Au moins avec les FM, tu vides ton chargeur en balayant à droite et à gauche. Si tu touches, c'est un peu le hasard. Mais avec nos one-shot t'es obligé de viser. Ca a l'air de discuter en face. Mon premier coup de feu a dû les inquiéter. Ils ne peuvent pas savoir qu'on est que trois momes dedans et qu'à la première charge, ils vons nous balayer comme des mouches.


La petite doit maintenant avoir dix-huit mois. Je ne l'ai pas vu apprendre à marcher. Encore un truc qu'ils m'auront volé. Carla m'a envoyé des photos. Elle est belle ; elle ressemble à sa mère. Et puis elle m'a donné des nouvelles des autres qui sont partis avant ou juste après nous. Sur les six de notre escalier, deux sont déjà tombés. Elie, le fils des gens du troisième, est bien revenu lui mais qu'à moitié. Ses deux jambes et une partie de son bassin sont restés sur une mine vers Neuchâtel. Finie la neutralité de la Suisse. Tout fout le camp. Au moins, Elie et ses dix-neuf ans ne se poseront pas le problème de trouver un emploi avec sur son CV une adresse à la Cité de Fleurs... L'Etat lui versera une minable pension qui lui permettra de survivre.


Tout d'un coup, il y en a un qui se lève et se met à courir vers nous. J'essaie de le prendre dans mon viseur. Mes mains tremblent. Il court en zigzag. Je tire. Il continue sa course. J'arme à nouveau. Je le mets en joue. Le coup part, sa tête prend la balle en plein sur le casque. Il est corriace le salaud. J'ai à peine le temps d'armer à nouveau qu'il est plaqué contre le mur de la baraque. Qu'est-ce qu'on peut faire ? Avec Jef et le grand black qui répond au nom de Lewis, on se regarde comme trois cons alors qu'on entend que l'autre est en train d'escalader le mur. Des pas sur le toit de tôle à travers lequel on tire au jugé. Tu parles, il avance toujours. Pourvu qu'il se casse la gueule tout seul.


Nous restons immobiles, nous avons vidé nos flingues. Sur le toit, l'acrobate continue sa progression vers la cheminée. Les images défilent dans ma tête. La Cité des Fleurs, Jef, Elie, Carla, la petite, Les keufs, Carla, la petite, Carla...


Deux patates dégoupillées viennent de tomber par la cheminée. Le salaud nous a plombés...

 

par Roland Ivy publié dans : F(r)ictions historiques communauté : Nouvelles d'ici et d'ailleurs
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Mercredi 19 décembre 2007

Déjà tout petit, j'avais entrepris de collectionner les bonbons. Je n'ai jamais réussi à les garder très longtemps.

A l'école, on nous encourageait à collectionner les bons-points. Seulement, il fallait les rendre si on voulait collectionner les images. Celles-là, on pouvait aussi les échanger contre de grandes images mais pour ça, il fallait être sage sinon on rendait les bons-points en collectionnant les mauvaises notes.

J'ai essayé de rassembler la collection complète des vignettes Pannini des joueurs de foot de la saison 1975-76. Je n'ai jamais réussi à trouver Jean-Michel Larqué et j'ai 17 fois Dominique Rocheteau.

J'ai collectionné les bleus vu le nombre de taloches que j'ai pu recevoir. Je m'en serais bien passé mais on choisit ses amis, pas ses parents...

Plus tard, je n'ai pas véritablement collectionné les conquêtes mais j'ai une belle collection de copains (et aussi de copines).

En tant que jeune enseignant, j'ai collectionné les postes. Au hasard des nominations, des mutations, des ouvertures/fermetures de classes, des changements d'emploi, j'ai dû me promener dans une collection d'écoles.

Après 25 ans d'exercice, j'ai évidemment collectionné les élèves.

Comme je suis devenu formateur, je titille ma femme en disant à qui veut m'entendre que j'ai une collection de maîtresses. Il y a bien aussi quelques maîtres mais c'est beaucoup moins amusant.

Est-ce qu'on peut dire qu'avec 4 enfants, j'ai déjà une collection respectable ?

Je ne suis pas le seul mais j'ai collectionné les ennuis. J'ai comme l'impression que ce sera ma plus riche collection.

Je commence à avoir une jolie petite collection d'harmonicas. Si vous pouviez dire à tous ceux qui m'en offrent que, désormais, je collectionne les billets de 500 euros ?

Pour les livres, je vous en parlerai une autre fois, promis.

Je ne compte plus les nuits blanches que j'ai passées.

Je n'avais jamais remarqué tout ce que je peux collectionner depuis que je suis né. Finalement, je me rends compte que je suis un collectionneur de collections.

par Roland Ivy publié dans : Histoires comme ça communauté : Au fil des mots
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Lundi 17 décembre 2007

Carla,


Là, ma grande, tu me déçois. Et d'une force, tu ne peux même pas t'imaginer. Mais je ne parle pas du fait que tu me plaques. Ce qui me gène, c'est de l'apprendre par voie de presse interposée. Ca, ça me fout les boules. D'accord, c'est sur papier glacé dans des magazines haut de gamme, super people. Mais n'empêche, tu aurais pu me prévenir avant. Faut dire que le papier glacé, tu n'as jamais pu t'en défaire avec cette manie que tu as eue de te faire shooter sous toutes les coutures et de t'exhiber en 4 par 3 sur tous les murs du monde. Et puis ça, Carla, c'est pas si grave.


Je t'écris ces quelques lignes cloué au fond de mon lit rapport à la crêve que je me suis choppée samedi quand tu m'as posé un lapin en face des auto-tamponneuses où je t'avais donné rendez-vous. Au début, j'ai cru que ta montre était tombée en panne. Mais si, tu sais, la Swatch que je t'ai offerte à la rentrée. Ce jour-là, tu as eu l'air d'être déçue. Tu m'as dit que tu préférais les Rollex mais, moi je suis désolé, ça n'entre pas dans mon budget les Rollex. De toute façon, j'ai passé l'après-midi à t'attendre à la fête foraine de Villeneuve-Saint-Georges pendant que Madame faisait la belle à Mickeyland.


Evidemment, tu n'étais pas toute seule. Ton nouveau copain avait secrètement convoqué la presse et cette dernière, servile, avait dépêché ses photographes les plus prestigieux. Il ne fait pas très grand ton nouveau petit ami. Franchement, qu'est-ce qu'il a de plus que moi, lui ? Il est loin de mon mètre 85. Il a des bourrelets. Ne dis pas le contraire, on les a tous vus cet été. C'est pas le footing qui lui fait de l'effet... Tiens, moi j'arrête de courir. Ca me ferait mal de lui filer la honte en le doublant un de ces quatre matins. Et puis, il n'est pas si jeune que ça, Carla. Tu verras dans dix ans.


C'est vrai que dans dix ans, c'est loin. Pour l'instant, vous vivez à échéance quinquennale. Peut-être que tu ne lui renouvelleras pas son bail quand il lui faudra remettre son titre en jeu. Parce que, Carla, d'accord, il a une bonne place, mais fais gaffe, on tombe de plus haut quand il faut descendre de son trône. Alors qu'avec un modeste fonctionnaire comme moi, t'avais du solide. Du statut blindé jusqu'à le retraite. Surtout que, comme l'a annoncé ton pote, on va tous être augmentés de 140%, nous les fidèles serviteurs de l'Etat. Tu te marres ? J'ai dit une connerie ? Passons.


Plus j'y réfléchis, Carla, plus je me dis que ce que tu ne supportais pas, c'était mes potes. Ali, Mohamed et Zoltan, ca faisait pas assez classe pour toi. Madame préfère sans doute la compagnie de Muammar. A moins que ce soit les américains. Walker Georges, ça t'attire. Pourtant, moi aussi mon pote Bill, il fait couleur locale et puis, il en a dans le citron lui... Si tu crois que tu vas échapper aux hamburgers-parties, tu te mets le doigts dans l'oeil. Est-ce que tu feras la dégoutée en pique-nique à la Maison blanche de la même façon que quand je t'ai emmenée chez Mc Dégueu ?


Mais tu vois, Carla, je vais pas faire un scandale. Ce n'est pas toi qui me quittes, c'est moi qui reprend ma liberté. Je vais pouvoir à nouveau écouter de la musique à plein tube sans être obligé de tendre l'oreille pour percevoir un vague souffle. Pas plus tard que ce soir, je suis invité à une fête chez un copine à Naples. Bon vent à toi. Si tu me cherches dans cinq ans, c'est pas certain que j'en sois rentré.

par Roland Ivy publié dans : Humeurs communauté : L'écriture dans tous ses états
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Vendredi 14 décembre 2007

Une petite clochette qui retentit lorsqu’on repousse la porte. C'est une minuscule boutique à l’ambiance feutrée. La vendeuse nous dévisage. Son regard passe de l’un à l’autre.

 

Je ne suis jamais entré dans une boutique de lingerie avant aujourd’hui. Tu as tenu à ce que je t’accompagne. Je me sens comme un chien dans un jeu de quilles. Tu souris, comme toujours. Moi, je regarde le bout de mes chaussures. Je tire sur mon écharpe. Il fait tellement chaud.

 

Tu sélectionnes plusieurs modèles de soutien-gorge aux couleurs pastel. Des écrins de dentelle véritablement ravissants. J’essaie de cacher le trouble qui est le mien sous le regard amusé de la vendeuse. Elle vérifie que tu as bien pris la bonne taille et te conduit jusqu'à un coin de la pièce. Tu disparais dans la cabine pendant que je m’assieds. Pourquoi n’ai-je pas acheté le journal ? Ca m’aurait donné une contenance.

La patronne passe régulièrement la tête à travers le rideau. A chaque fois, elle fait son commentaire. Puis, elle ressort la tête, elle me regarde et me sourit de manière affectée. Elle sait que je suis gêné. Alors, elle joue avec moi. Elle s’amuse. Son regard réprobateur semble m'avoir déjà jugé, définitivement classé dans la catégorie " vieux pervers ". Qu’est-ce qu’un type de mon âge fait avec une jeune fille comme toi ? J'ai envie de lui demander quel est son problème. Elle m'énerve avec son sourire chiasseux et son regard de travers. De quoi se mèle-t-elle ? Qu'est-ce qu'elle peut bien s'imaginer ?

   

- Et votre ami, qu’est-ce qu’il en pense ?
- Roland, tu peux venir s’il te plait ?
- J’arrive.

 

Tu repousses le rideau et je te découvre. Magnifiquement femme. Splendide. Je viens de prendre mes quarante ans en pleine figure. J'ai le souffle coupé. Je ne trouve pas mes mots.

   

- C’est comment ?
- C’est… C’est bien.
- Alors, je prends l’ensemble, les deux pièces.

 

Le rideau glisse une fois encore sur la tringle pendant que la vendeuse commente ton choix. Elle ne me plait pas, définitivement. Il y a quelque chose dans le timbre de sa voix qui me met mal à l’aise. Son regard appuyé me pèse alors que je lui tends ma carte bleue. Tu sors de la cabine. Tu t 'approches de moi. Ton baiser claque sur ma joue.

   

- Merci, mon petit papa.

 

J'attrape le sac en papier kraft que me tend la mégère interloquée. J'ai retrouvé le sourire. Tu ne m’as pas appelé ainsi depuis que tu es entrée au lycée mais je te remercie de le faire à cet instant.

par Roland Ivy publié dans : Histoires comme ça communauté : Au fil des mots
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Jeudi 13 décembre 2007

You can't always get what you want


Ouais, ouais. Je sais. Je la connais la chanson. Mais je n'ai pas demandé à être là, moi. Alors puisque vous m'avez fait naître, fallait assurer un minimum. Et puis, ne me prends pas la tête avec ça. D'accord, on avait assez pour manger pour s'habiller et aller à l'école. Même qu'on partait en vacances tous les ans. OK ! A la limite, ça aurait pu suffire s'il s'était arrêté de nous taper dessus à chaque fois que l'araignée avait les pattes en l'air. J'y suis pour rien moi si c'était un nerveux, s'il a eu des problèmes quand il était petit. C'était tout de même pas de ma faute s'il picolait. A chaque fois, c'est moi qui trinquais.


You can't always get what you want


Et puis pourquoi tu ne nous as pas défendus ? A chaque fois c'était pareil. Tu aurais pu t'interposer un peu, ne serait-ce qu'une fois. Non, Madame a laissé faire. Toujours la même chanson. Toujours plus de terreur dans tes propos pour qu'on s'écrase, pour qu'on ne fasse pas de bruit. Pour l'aide de ta part, on attend encore. On s'en foutait vraiment des voisins et de la famille qui faisaient les sourdingues pendant qu'on prenait les coups.


You can't always get what you want


C'est pour ça qu'on s'est tous barrés jeunes. Pour s'échapper. Tu comprends ça ? Tu n'as jamais voulu l'entendre, mais c'est pour ça. Alors pour la vie, on s'est débrouillés comme on a pu avec ce qu'on avait. Les études, on ne les a pas pas prolongées. On a pris nos cliques et nos claques et tchao la maison. C'était ça ou on finissait par vous étendre l'un ou l'autre en se rebiffant. Aussi simple que ça. Pas la peine de dire merci. De toute façon ça ne te viendrait même pas à l'idée. Heureusement qu'on est tombés sur des gens qui nous ont un peu soutenus à ce moment-là. Il s'en est fallu d'un rien qu'on tourne mal. Mais finalement on s'en est plutôt bien sortis, tous.


You can't always get what you want


Franchement, t'avais vraiment besoin de te gargariser avec la réussite de tes enfants ? Tu as fini par te persuader que c'était grace à toi qu'on en était arrivé là. Il n'y a que toi que tu dupais. Les autres savaient bien que tu n'y étais pour rien. Ils rigolaient bien dans ton dos. Même à ce moment-là j'ai eu mal. Pourtant, ils ne pensaient pas m'atteindre quand ils me le disaient.


You can't always get what you want


Ecoute bien ce qu'elle dit la chanson. C'est comme ça que tu nous a élevés. On a appris à se satisfaire de ce qu'on avait, vu qu'on ne ne pouvait avoir tout ce qu'on voulait. Parfois, on aurait aimé en avoir moins, si tu vois ce que je veux dire. On aurait juste voulu pouvoir grandir en paix à défaut de se sentir aimés. J'ai mis longtemps à comprendre que ce n'était pas de notre faute. La culpabilité et la honte, ça marque un môme. Maintenant, je m'en moque. J'ai réussi à survivre à cette enfance. Ca me travaille toujours un peu, la nuit surtout. Quand mes souvenirs m'empêchent de dormir, je m'invente d'autres vies. Je m'en suis inventé des tonnes et ça continue encore aujourd'hui. Des vies où j'aurais joué au football avec mon père, où j'aurais fait la cuisine avec ma mère, des trucs de gamins comme ça. Mais dans mes rêves, ça n'est jamais vous mes parents.


You can't always get what you want


Je te dis d'écouter la chanson. Elle chante pour toi aujourd'hui. Tu t'étonnes d'être toute seule. Tu appelles au secours. Tu voudrais qu'on te téléphone. Tu voudrais voir les enfants. Arrête une minute, tu n'as pas pris de leurs nouvelles depuis qu'ils sont nés. Ils vont bien. Ils ne prennent pas de coups eux. Je crois même qu'ils sont heureux. Il y a des jours où je suis obligé de leur dire qu'on ne peut pas toujours avoir ce qu'on veut. Je crois qu'ils le comprennent.


You can't always get what you want


Maintenant tu t'inquiètes. Tu ne sais pas comment ça va finir. Et si on n'était pas avec toi lors de la minute imbécile où il paraît qu'on passe pour aller ailleurs. Peut-être même que tu te demandes si on ne va pas t'obliger à solder les comptes. Tu peux dormir sur tes deux oreilles. Si on te demande quoi que ce soit, tu pourras répondre que tu ne me dois rien. Je peux l'attester si tu en as besoin. Mieux, je te jure que je serai avec toi. Et même si tu en as besoin, je te tiendrai la main. Mais pas tout de suite. Attends que ce soit l'heure parce que pour l'instant...


... You can't always get what you want

par Roland Ivy publié dans : Histoires comme ça communauté : L'écriture dans tous ses états
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