Roland Ivy
L'homme aux mille vies, et qui s'y accroche...
Lierre : n.m. (anc. fr. l'iere, du lat.
Hedera) Plante ligneuse grimpante à feuilles persistantes, à baies noires toxiques,
qui se fixe aux murs, aux arbres par des racines crampons. (Genre Hedera ; famille des araliacées).
Le Petit Larousse Illustré, édition 2007
Définitivement, une seule vie, ça n’est pas assez. Alors, j’ai décidé que j’en aurai davantage, beaucoup, au moins mille. Ce sont ces vies rêvées, imaginées, fantasmées que je vous présente dans ces pages.
Certaines sont plus longues que d’autres ; je les ai rangées dans des tiroirs spéciaux. C’est le cas pour " Volutes " et pour " Modèle vivant ".
Quand on a mille vies, il est normal qu’on en profite pour revisiter l’histoire. C’est ce que je fais dans " Fri(c)tions historiques ".
Tout le reste est rangé dans " Humeurs " ou "Histoires comme ça", tout simplement parce que je n’ai pas trouvé mieux que ces titres.
Bonnes Lectures
Roland
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J'ai dû passer pour une idiote !
Il faut dire que j'ai eu si peur. Quand je suis sortie du métro, la pluie s'est mise à tomber d'un coup. Tu parles d'une averse ! Comme de juste, je m'étais trompée de porte et je m'étais retrouvée du mauvais côté du carrefour... Je ne m'y ferai jamais à cette ville. Ça fait déjà une semaine que j'habite là et je n'arrive toujours pas à rentrer chez moi sans me perdre...
J'ai profité qu'il n'y avait pas de voiture et j'ai traversé le carrefour en diagonale. Avec mes talons, j'ai failli me tordre la cheville à cause des pavés. Une fois sur le bon trottoir, j'ai foncé tête baissée jusqu'à mon immeuble.
Mon père qui disait qu'il m'avait déniché un appartement dans un quartier tranquille, tu parles, oui ! Il y avait un type allongé sur le trottoir devant chez moi. C'est fou ce qu'il y a comme SDF dans cette ville. Mais en passant près de lui, j'ai vu qu'il avait les yeux grands ouverts et qu'il était couvert de sang. J'ai cru qu'il était mort...
Vite, j'ai appelé la police. J'ai même pu leur donner le nom du type. Il était inscrit sur un billet d'avion qu'il avait dans la main. Finalement, ce n'était peut-être pas un SDF ?
Et puis, j'ai vu la lumière du hall qui s'est allumée. La porte s'est ouverte. Je suis rentrée me mettre à l'abri. Il y avait le grand du quatrième qui sortait. Ça m'a fait du bien de rencontrer une tête connue. Ça m'a rassurée. Pourtant, je ne lui avais jamais parlé à ce gars... A peine bonjour-bonsoir dans l'escalier.
Il s'est précipité dehors et m'a dit que l'autre, le SDF, n'était pas mort. Il m'a crié d'appeler les secours. Et puis, il a éclaté de rire...
Le SAMU est arrivé très vite. Entre temps, mon voisin s'est occupé du mort. Il a trouvé des sacs en plastique dans la poubelle du hall. Il s'est enroulé les mains dedans avant d'appuyer sur les entailles que le SDF avait dans le ventre. Comme ça, le sang a arrêté de couler. Il m'a demandé de vérifier que le blessé respirait toujours. Dans le feu de l'action, j'ai fait ce qu'il m'a dit, sans réfléchir. Et puis, les urgentistes ont pris le relais.
L'ambulance avait déjà tourné l'angle de la rue quand le gyrophare de la voiture de police a éclaboussé la nuit de ses éclairs bleus. Ils nous ont fait rentrer dans le hall et ils nous ont posé des tas de questions. Nous étions chacun à un bout du corridor. Finalement, j'ai compris que Roland Ivy, ce n'était pas le type sur le trottoir mais mon voisin. D'ailleurs, je savais bien que ce nom me disait quelque chose. Je pouvais le lire par dessus l'épaule du flic qui m'interrogeait. Il était écrit sur l'une des boîtes aux lettres, en petites lettres très fines tracées au stylo-plume. Pour finir, ils ont pris nos identités et nous ont remis des convocations au commissariat pour le lendemain.
Maintenant, trempés comme des soupes, nous montons les escaliers. On ne sait pas trop quoi se dire. Il m'a salué quand nous sommes arrivés sur mon palier et il a repris sa montée.
J'ai dû passer pour une idiote !
Vous me l'avez écrit