Définitivement, une seule vie, ça n’est pas assez. Alors, j’ai décidé que j’en aurai davantage, beaucoup, au moins mille. Ce sont ces vies rêvées, imaginées, fantasmées que je vous présente dans ces pages.

Certaines sont plus longues que d’autres ; je les ai rangées dans des tiroirs spéciaux. C’est le cas pour " Volutes " et pour " Modèle vivant ".

Quand on a mille vies, il est normal qu’on en profite pour revisiter l’histoire. C’est ce que je fais dans " Fri(c)tions historiques ".

Tout le reste est rangé dans " Humeurs " ou "Histoires comme ça", tout simplement parce que je n’ai pas trouvé mieux que ces titres.

Bonnes Lectures

Roland 

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Jeudi 8 mai 2008
 

 

 

- Ah, te voilà enfin. Mais qu'est-ce que tu foutais ?

- Ben, j'étais au défilé. Sers-moi donc un coup de cidre, ça m'a donné soif cette commémo...

- Le défilé, le défilé... Ça fait au moins deux heures qu'il est terminé le défilé. Vu ton état, m'est avis qu'après la cérémonie tu es passé par la case Café de la Place et que tu l'as bien arrosé cet anniversaire de la fin de la guerre.

- C'est vrai, mais le Maire voulait nous payer un coup. Surtout à ceusses qui reviennent d'Algérie. Tu peux pas comprendre ça, toi. Tu y étais pas...

- D'accord, d'accord. Retire ton uniforme et pose ton clairon. Il y a pas idée de commencer le cochon à onze heures et demie. Magne-toi, tout le monde t'attend.

- C'est bon, c'est bon. D'abord, un petit verre et on y va. Le cochon a attendu jusqu'en mai, il va pas m'en vouloir parce que je lui ai donné un petit sursis de trois mois ? Alors, deux heures en plus ou en moins...

- N'empêche que la pauvre bête, elle sent bien que c'est pour aujourd'hui. Il est sacrément énervé. T'as intérêt à faire gaffe parce que c'est un bestiau et qu'il va pas se laisser faire.

- Louis, ne me cherche pas. Est-ce tu m'as déjà vu me planter une seule fois en tuant le cochon ?

- Mais non, ce n'est pas ce que je voulais dire. Tu sais très bien qu'il n'y en a pas deux comme toi pour faire ça. Il y a juste que j'espère que tout va bien se passer et que tu n'es pas trop, comment dire, fatigué avec la matinée que tu as déjà derrière toi.

 

Les deux hommes traversent la cuisine et vont s'équiper dans la remise. Pendant que Charles noue un grand tablier blanc autour de sa taille et qu'il glisse dans ses bottes un fusil à couteau, son beau-frère le regarde en se disant que Charles a beaucoup changé au cours de ces vingt-trois mois passés en Algérie. Il l'avait déjà remarqué lors de sa permission l'été dernier, mais là, les choses se sont accélérées. Le fier garçon qui avait épousé sa soeur a fait place à homme marqué qui a pris de sérieuses habitudes question alcool. Les voilà dans la cour où les attendent quelques amis réunis pour l'occasion.

 

- Salut la compagnie ! C'est le grand retour du guerrier, le roi des saigneurs.

- Pas la peine de gueuler comme ça. Tu vois bien qu'il faut y aller maintenant.

- Tu permets que j'embrasse tout le monde ? Salut René... Ça va Michel ?... Jacqueline, comment ça va ma poule ?... Tudieu, La Gisèle, te v'la une vraie femme maintenant !... Comme je suis content de vous revoir. Allez, on trinque un coup pour fêter ça.

- Non, Charles. Le cochon d'abord.

- Ben... Ouss'qu'elles sont nos deux bourgeoises à nous ?

- Elles sont là-haut. Y a ta femme qu'est en douleurs. Le petit, c'est pour aujourd'hui...

- Vrai ? Le lardon y va arriver le jour du cochon. Et ben, on s'en rappellera de la commémo de cette année...

 

Mais déjà les femmes s'affairent autour du grand feu où l'eau bout dans une lessiveuse. Elles jettent dans des poêles les oignons qu'elles ont épluchés dès le matin. Tout le monde est prêt. Deux hommes tirent jusqu'en plein soleil l'animal qui gueule de terreur. Charles se saisit d'une masse et enfourche l'énorme bête. Il hurle par-dessus les cris du cochon.

 

- Tenez-le bien. Il ne fait qu'à bouger. Louis, approche-toi avec les seaux ... Je vais le percer tout de suite... Prêts ?... Han !

 

La masse s'abat d'un coup sur la tête de l'animal qui s'affaisse. Dans le silence le plus total, la lame du couteau s'enfonce dans sa gorge d'où le sang gicle d'un coup, sitôt recueilli dans le seau. Louis l'agite frénétiquement avec des brins d'osier pour éviter qu'il ne coagule. Déjà le corps de l'animal est porté sur les planches qu'on a dressées sur des tréteaux.

 

- Encore un que les Fellaghas n'auront pas... Gisèle, sers-moi un godet. Il fait soif...

 

De gestes sûrs et rapides, il s'affaire autour de la bête qu'il se met à découper. Il commence par la tête qu'il sépare du corps. Il la pose de côté et se concentre sur la carcasse. Il l'ouvre de haut en bas pour en sortir les entrailles qu'il jette dans des bassines qui sont emportées plus loin, sur une autre table. Tout autour de lui, c'est la grande agitation. Chacun connaît sa partition et la joue en silence. Qui s'occupe des abats dont on fera des pâtés, qui se lance dans la confection du boudin qu'on fait couler avec un entonnoir dans les boyaux que les femmes ont lavés, qui découpe le lard, les côtes...

 

Pendant des heures, la compagnie s'est activée. L'animal est désormais dépecé en morceaux qu'on va se partager. Tout au long de la journée, Charles a découpé, taillé, scié, haché, ne s'interrompant que pour boire un verre de cidre. Son tablier est couvert de sang. Son visage luisant de sueur est écarlate sous l'effet de la chaleur et de l'alcool.

 

D'un coup, il s'est affalé sur une chaise. La besogne est finie. Il n'en peut plus. Son beau-frère s'approche de lui.

 

- Tu devrais manger un bout. Goûte-donc au boudin, il est excellent.

- Pas faim... Préférerais boire un coup.

- D'abord, tu devrais monter voir ta femme. Le petit est né. C'est un garçon.

- C'est bien ce que je disais, un lardon.

- Un beau petit gars. Tout rond, tout rose.

- Gras comme un cochon... Eh les gars... Je suis papa. La Claudine m'a pondu un lardon. On l'arrose ?...

- Il ne s'appelle pas lardon, Charles, mais Roland. Et tu as assez bu pour aujourd'hui.

 

 

 

par Roland Ivy publié dans : Avant que je les oublie communauté : Nouvelles d'ici et d'ailleurs
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Commentaires

Te voilà né, mon tout petit...
Le jour de la fête du cochon !

Franchement, Roland, tu as choisi un drôle de jour...

Mais c'est pas grave. Tu as une maman formidable et elle te racontera tout un tas d'histoires, une pour chaque jour, une pour chaque fois que tu t'éveilleras la nuit, en ayant des cauchemars à cause de ce cochon qui hurlait le jour de ta naissance...

Tu étais là, tout rose et silencieux dans ses bras, espérant que ce père ne viendrait pas trop vite... il avait bien le temps de te retirer des bras si doux de la Claudine !

Moi, tu vois, ce soir... je n'ai pas vraiment faim, je t'apportais de quoi fêter dignement mon retour et ton anniversaire...



Je t'embrasse, Roland, très fort !
commentaire n° : 1 posté par : Quichottine (site web) le: 08/05/2008 00:22:54
 

Tu as peut-être raison... Peut-être pas. Rappelle toi :

"You can't always get what you want"


http://roland.ivy.over-blog.com/article-14580746.html

réponse de : Roland Ivy (site web) le: 17/05/2008 21:16:25
Oui, bon anniv'...
Mais tu m'avais commandé un Pink Floyd, si je me souviens bien...
N'empêche, t'es vraiment un sacré lardon ! A+
commentaire n° : 2 posté par : pb-r (site web) le: 08/05/2008 01:44:51
 

Merci bien. Et merci de ne pas avoir oublié les Pink-floyd

réponse de : Roland Ivy (site web) le: 17/05/2008 21:18:17
Tu sais, c'est grâce à pb-r que je suis là, que je n'ai pas oublié ton anniv... lui, il a mis chez lui un truc pour toi...

Alors, je l'ai volé et te l'apporte aussi ici !!!

http://fr.youtube.com/watch?v=9G3TS-nqhyk

Gros bisous, toi... (re-)
commentaire n° : 3 posté par : Quichottine (site web) le: 08/05/2008 01:51:57
 

Merci Quich... Un grand groupe... Une ambiance... Toute une époque...

réponse de : Roland Ivy (site web) le: 17/05/2008 21:19:09

Alors bon anniversaire... Roland qui n'existe pas...

commentaire n° : 4 posté par : arpenteur (site web) le: 08/05/2008 07:24:34
 

Merci bien à toi qui n'existes peut-être pas non plus...

réponse de : Roland Ivy (site web) le: 17/05/2008 21:20:06
ça sent le désespoir cette fin, le petit lardon Roland va avoir à faire à un père qui est déjà au-delà de la vie.
Au ciné j'ai vu cette année, le bonheur d'Emma, elle vivait seule dans une ferme, au milieu de ses bêtes en liberté, et elle aimait sincèrement ses cochons. Elle avait une manière magnifique de les tuer.
Alors si Roland est né un 8 mai, bon annvi' à lui.
commentaire n° : 5 posté par : polly (site web) le: 08/05/2008 07:30:02
 

C'est pas la fin, Polly. C'est le début. Même si c'était le début de la fin...

réponse de : Roland Ivy (site web) le: 17/05/2008 21:43:06
Cette histoire ,c'est du vécu ...."y meurt"  le porc  ,
                                                          et " y vit !"..roland ! d'ou le nom ivy ..j'ai trouvé !
 on appelait ça "la fête du cochon "....chez moi , autrefois ! hiiiiiiiiiii!hiii!c'est le cri du cochon qu'on assassine..HAAAA !répondait la mère en gésine ..puuuto ! il m'en a fait voir celui là , disait le père ..souvenirs Bonne fête ..
commentaire n° : 6 posté par : nymphea (site web) le: 08/05/2008 08:08:50
 

Merci à toi et bienvenue par ici.

A bientôt

réponse de : Roland Ivy (site web) le: 17/05/2008 21:43:44
Je ne lirai pas.....pas question...ispice de sadique.....

HERVE  !!!!!.....rapplique !!!!

Tu vas voir,toi......
commentaire n° : 7 posté par : chris (site web) le: 08/05/2008 15:04:14
 

Trouillarde ! L'horreur, il faut avoir le courage de la regarder en face.

Bises

réponse de : Roland Ivy (site web) le: 17/05/2008 22:05:07
Faut espérer que le père ne va pas se planter au moment de la déclaration à l'état civil ! C'est écrit avec humour, mais dessous il y a beaucoup de réflexions
commentaire n° : 8 posté par : Martine27 (site web) le: 08/05/2008 19:06:36
 

Surtout que Roland et Lardon s'écrivent avec les mêmes lettres...

 

réponse de : Roland Ivy (site web) le: 17/05/2008 22:05:58
C'est marrant, moi aussi j' ai pensé à Hervé en lisant ce texte...

Joyeux anniversaire à Roland, ou à toi peut être, je ne sais plus, je suis troublée là...
commentaire n° : 9 posté par : noute (site web) le: 08/05/2008 19:27:23
 

Celui qui écrit ces lignes te remercie...

:=)))

réponse de : Roland Ivy (site web) le: 17/05/2008 22:07:43
A qui doit-on souhaiter cet anniversaire?
 Je suis dans le doute tout comme Noute...
Bon anniversaire à celui qui est né le 8 mai ;-)
commentaire n° : 10 posté par : val'r (site web) le: 08/05/2008 22:42:52
 

Merci pour lui

réponse de : Roland Ivy (site web) le: 17/05/2008 22:08:37
TUER...la pire chose qu'on puisse faire ! prends- moi pour une andouille , mais dehors j'évite autant que possible d'écraser des fourmis , je ramasse des escargots perdus et condamnés sur le bitume pour les jeter dans des jardins de Paradis...
commentaire n° : 11 posté par : La bernache (site web) le: 12/05/2008 15:25:17
 

Loin de moi l'idée de prendre qui que se soit pour une andouille. Surtout pas mes fidèles lecteurs...

réponse de : Roland Ivy (site web) le: 19/05/2008 16:17:04
Roland, je viens de lire ta réponse à mon commentaire, et pour être sûre de ne pas me tromper, j'ai lu aussi tout ce qu'il y avait dans le lien que tu me donnes...

Souvent, tu dis "j'écris de la fiction", tu parles de tes mille vies et je te réponds en ne pensant pas aux textes précédents...

Là, tu vois, je m'inquiète... mais toi, tu sais bien que je vais revenir, n'est-ce pas ? Je serai là s'il le faut, je te prendrai dans mes bras s'il le faut aussi, moi, je n'ai peur de rien, pas même de cette première fois où tu aurais besoin, pour de vrai, de tous tes amis.

Je t'embrasse, Roland... prends soin de toi.
commentaire n° : 12 posté par : quichottine (site web) le: 18/05/2008 11:18:14
Pas de quoi s'inquiéter Quich'.
Comme on dit chez moi : "ce petit lardon ira loin................ si les petits cochons ne le mangent pas".

Roland a appris à rebondir au fil des jours.

Passe un bon séjour et plein de grosses bises.
Reviens-nous en pleine forme
réponse de : Roland Ivy (site web) le: 20/05/2008 00:05:21

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