Définitivement, une seule vie, ça n’est pas assez. Alors, j’ai décidé que j’en aurai davantage, beaucoup, au moins mille. Ce sont ces vies rêvées, imaginées, fantasmées que je vous présente dans ces pages.

Certaines sont plus longues que d’autres ; je les ai rangées dans des tiroirs spéciaux. C’est le cas pour " Volutes " et pour " Modèle vivant ".

Quand on a mille vies, il est normal qu’on en profite pour revisiter l’histoire. C’est ce que je fais dans " Fri(c)tions historiques ".

Tout le reste est rangé dans " Humeurs " ou "Histoires comme ça", tout simplement parce que je n’ai pas trouvé mieux que ces titres.

Bonnes Lectures

Roland 

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Merci aux 3718 visiteurs qui ont consulté 12401 pages sur ce site entre le 07/11/2007 et le 29/02/2008 

 

Dimanche 25 novembre 2007

Cette histoire est une pure invention. A commencer par Christelle qui n'existe pas. Il se trouve que je n'ai même pas de soeur.

Évidemment, je n'ai jamais posé pour un groupe d'artistes, je n'ai même jamais mis les pieds dans un atelier de cette nature. Tout au plus, pourriez-vous me croiser de temps à autre dans des salons, musées, expositions ou galeries. Tout ce que j'ai décrit dans cette histoire est donc totalement imaginaire. Il m'a semblé que ça pourrait se passer comme ça...

Pour autant, il y a un personnage qui existe bel et bien. C'est celui de mon ami Max à qui j'ai présenté cette histoire en début de semaine et à qui j'ai lancé le défi de me trouver l'illustration du dernier épisode.

Ce qui est amusant, c'est qu'il participe à ce type de séances au sein d'une association et qu'il m'a annoncé qu'il y avait des similitudes entre ce que je propose et ce qui se passe dans son atelier.

C'est pourquoi je vous mets en lien le site de l'association dont il est adhérent. Elle est basée sur Paris mais la magie de l'Internet permet à tous de faire une petite visite.

http://www.aracanthe.org/

Bonne fin de week-end.

par Roland Ivy publié dans : Modèle vivant communauté : Au fil des mots
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Dimanche 25 novembre 2007

J’ai mis longtemps à me rhabiller. J’aurais bien aimé prendre une douche mais il n’y avait qu’un lavabo. J’étais fourbu. J’avais des courbatures dans tout le corps. Mon portable a sonné au moment où j’allais sortir. C’étaient les enfants qui voulaient savoir comment allait leur tante. Après quelques échanges, ils m’ont passé leur mère à qui j’ai raconté mon aventure. Nous avons parlé un moment et elle m’a quitté pour aller coucher les petits.

En poussant la porte, j’ai constaté que Christelle était seule. Elle m’attendait assise à sa place en feuilletant ses dessins.

- Tu en as mis un temps !

- Désolé, j’étais au téléphone. Ils sont partis ?

- Ils t’ont attendu. Ils voulaient te dire au revoir et te remercier.

- Excuse-moi. J’ai eu les petits. Ils t’embrassent.

- Ca, c’est gentil. Tiens, Max m’a laissé ce dessin pour toi. Il espère qu’il te fera plaisir.

- Max ?…

- Tu as discuté avec lui pendant la pause.

- Ah oui, je me souviens. Mais c’est magnifique. Tu le remercieras de ma part.

- Bon. On va dîner ? J’ai découvert un petit restaurant dont tu me diras des nouvelles. Comme tu es plein aux as avec l’argent que tu viens de gagner, tu m’invites.

- Objection votre honneur. Avec le coup que tu viens de me faire, c’est à toi de payer.

- Objection retenue.

FIN

P1010030.jpg
Max Gratto - sans titre
(Autorisation spéciale de l'artiste)

par Roland Ivy publié dans : Modèle vivant communauté : Nouvelles d'ici et d'ailleurs
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Dimanche 25 novembre 2007
Hier, j'ai oublié de dire qu'il y aurait une suite. Je me suis rendu compte que l'histoire pourrait s'arrêter là. Mais comme les derniers épisodes sont déjà prêts, je vous en livre un aujourd'hui.

Désolé de ne pas avoir d'images à montrer comme me le demande Martine, mais les lecteurs attentifs auront remarqué que Roland n'a vu aucun dessin lui non plus...


Cinq minutes, c'est beaucoup plus long que deux. Ca peut sembler une évidence mais mon corps l'a douloureusement ressenti au cours de cette demi-heure. Tenir la pose pendant cinq minutes m'a semblé beaucoup plus difficile que lors de la première partie. A plusieurs reprises, j'ai senti les crampes me gagner mais j'ai finalement réussi à tenir.

Cette fois, j'ai profité de ces longs moments d'immobilité pour les observer tous en pleine action. Ils étaient totalement concentrés et se lançaient à corps perdu dans leur activité. A droite, un homme sans âge, très grand, très maigre, faisait des gestes amples et rapides. Il réalisait au moins cinq dessins par pose. Ses feuilles volaient. A gauche, une dame aux gestes sobres travaillait sur de tout petits formats. Au centre, il y avait deux jumelles habillées exactement de la même façon qui partageaient la même boîte de craies disposée entre leurs deux chaises. La seule que je n'ai pas observée, c'est Christelle.

J’observais leurs visages crispés, leurs regards qui me scrutaient. Il s’imprégnaient de moi. Ils me convertissaient en lignes et en ombres. Ce qui les intéressaient, en ces moments précis, ce n’était pas moi en tant que personne, mais moi étant que corps. Seuls la position de mon corps, la lumière sur ma peau, mes muscles et mes os sous ma peau et même mes rondeurs les intéressaient.

Leurs yeux effectuaient un va-et-vient incessant de mon corps à leurs feuilles. Parfois, un sourire illuminait leur regard. Parfois, une grimace le tordait. Ils étaient tous lancés dans un corps à corps avec leurs outils dont mon corps était la cible. Le dernier coup de gong a mis fin à leur bataille. Tous les combattants se sont arrêtés. Marina s’est approchée de moi. Elle tenait un petit panier d’osier.

- Merci beaucoup, Roland, c’était une belle séance. Tenez, c’est pour vous.

Elle me tendit le panier. Il était rempli de billets et j’ai dû avoir l’air surpris.

- Toute peine mérite salaire, Roland. Les gens qui sont ici paient pour avoir un modèle et cet argent vous revient. C’est vous qui avez été le modèle aujourd’hui. Vous l’avez vraiment mérité.

Il y a eu quelques applaudissements quand j’ai pris le panier. Je me suis éclipsé pendant qu’ils tournaient leurs chaises pour se montrer leurs travaux.


(La fin demain)

par Roland Ivy publié dans : Modèle vivant communauté : L'écriture dans tous ses états
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Vendredi 23 novembre 2007

Drôle de situation. J'avais une tasse d'Earl Grey dans une main et un gâteau au chocolat dans l'autre. J'étais nu sous un imperméable de femme au milieu d'un groupe de personnes qui discutaient tout autour de moi et je n'entendais pas les conversations. Certains avaient les mains toutes sales. Christelle avait une trace sombre qui lui barrait le front. J'étais là, mais j'étais ailleurs. Je pensais aux dessins que j'aurais bien aimé voir mais qui avaient tous disparu dans les cartons.

J'ai senti qu'on me tapait légèrement sur l'épaule. Je me suis retourné et je me suis retrouvé face à un type de taille moyenne. Il devait avoir dans la cinquantaine. Il a tendu la main vers moi en disant :

- C'est vraiment sympa ce que vous faites. Franchement, c'est un drôle de tour que vous joue Christelle. Je ne sais pas si j'aurais apprécié que ma femme me fasse un coup pareil...

- Mais, Christelle n'est pas femme.

Son regard d'acier s'est posé sur ma main gauche et j'ai remarqué une légère crispation des muscles de ses joues sous son discret collier de barbe.

- Excusez-moi si j'ai commis un impair.

- Il n'y a aucun problème. Christelle est ma sœur. C'est une amie d'enfance de ma femme. C'est elle qui nous a présentés.

C'est à ce moment précis que Marina a sonné la fin de la pause. Chacun a rejoint sa place. C'est en remontant sur l'estrade que je me suis rendu compte que j'avais gardé mon alliance en me déshabillant.

J'ai dénoué la ceinture de l'imperméable, je l'ai laissé glisser sur mes épaules sans le laisser tomber. J'ai planté mon regard dans celui de l'homme aux yeux bleus. La deuxième partie de la séance commençait.

par Roland Ivy publié dans : Modèle vivant communauté : Au fil des mots
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Vendredi 23 novembre 2007

« Y a-t-il un pilote dans l'avion ? » ,« Y a-t-il un médecin dans la salle ? », «  Y a-t-il un volontaire pour sauter de la montgolfière ? ». Voilà le genre de phrases qui me venaient à l’esprit pendant que je me déshabillais dans la petite salle attenante où Christelle et Marina m'avaient poussé.


- Ca n'est pas très compliqué. Dans la première partie de la séance, on fait des sprints. Tu prends la pose pendant deux minutes, montre en main. Au bout des deux minutes, Marina donne un coup de gong et tu peux te détendre un instant. Au deuxième coup, tu prends une nouvelle pose et ainsi de suite. Ca dure une demi-heure. Après on fait tous une petite pause. Dans la deuxième partie, c'est plutôt du demi-fond. Le principe est le même, mais les sessions durent cinq minutes. Tu as compris ?

 

Elle ne m'a pas laissé répondre et je me suis retrouvé seul. Je n'avais gardé que ma chemise dont j'espérais qu'elle me cacherait, du moins au début. J'étais en train de regarder les marques que les élastiques avaient laissées sur mes jambes lorsque Marina a frappé doucement.

 

- Roland ? Est-ce que vous êtes prêt ?

 

Je sentais bien que je ne serais jamais prêt, mais j'ai ouvert la porte. Je me suis avancé vers l'estrade en tirant sur les pans de la chemise et en évitant tous les regards.

 

Pour la première pose, je me suis assis en tailleur, dos à la salle. Ces deux minutes m'ont semblé une éternité. Lorsque le gong a retenti, je les ai entendu s'agiter et souffler. J'ai fait un quart de tour en remontant mon genou sur lequel je me suis appuyé. Une ultime manœuvre pour leur cacher mon sexe. Nouveau coup de gong.

 

Finalement, je me suis levé. J'ai mis les mains derrière la tête et je me suis posté face à eux, le regard braqué sur le fond de la salle. Les choses étaient lancées mais j'évitais soigneusement de croiser leurs yeux. A chaque nouvelle position, je choisissais un point fixe dans la salle. Je les entendais s'échiner sur leur travail. Ils grattaient, ils frottaient leurs feuilles dans une gestuelle frénétique. Quel fourmillement, quelle agitation ; et pas une parole.

 

Le gong a annoncé la fin de la première partie. Ils se sont mis en arrière sur leurs chaises en poussant un grand soupir. Je ne savais pas quoi faire. Christelle est venue vers moi avec son imperméable.


- Tiens, couvre-toi. C'est l'heure du thé. Rassure-toi. Tout se passe très bien.


(La suite demain)

par Roland Ivy publié dans : Modèle vivant communauté : Nouvelles d'ici et d'ailleurs
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Jeudi 22 novembre 2007

Elle est effectivement montée, Marina. Mais l'église toute proche avait déjà sonné 19 heures depuis de longues minutes quand elle est arrivée et elle était seule. Elle semblait préoccupée. Elle s'est approchée de l'estrade et s'est tournée vers les quinze visages qui ne la quittaient pas des yeux.

- Chers amis, bonsoir. (Elle fit une pause en prenant le temps de regarder chacun des membres de l'assemblée). Nous avons un problème. Le modèle qui devait venir poser ce soir nous a appelés il y a quelques minutes. Malheureusement, elle ne pourra pas venir.

Des murmures sont montés dans la salle qui, depuis l'entrée de Marina, était restée parfaitement silencieuse.

- Croyez bien que nous en sommes désolés. Si je ne suis pas venue vous le dire dès son appel, c'est que nous avons essayé de joindre un ou une remplaçante en appelant des modèles avec lesquels nous travaillons habituellement. Nous n'avons pu joindre personne. Je suis très contrariée de vous annoncer que nous devons annuler cette séance. Je vous donne donc rendez-vous à la même heure la semaine prochaine et je vous prie de bien vouloir nous pardonner cet impondérable. Bien évidemment, si vous souhaitez rester pour travailler un autre sujet, la salle est libre jusqu'à 21 heures.

Les murmures se sont transformés en grognements auxquels se sont ajoutés des bruits de chaises qu'on repousse. La plupart des artistes commençaient à ranger leurs affaires quand Christelle prit la parole :

- Attendez. Ne partez pas. Nous en avons un modèle. Roland peut poser pour nous. De toute façon, il m'attend. Il n'a rien à faire d'autre.

Adossé au mur du fond, j'ai eu envie de me retourner quand les regards se sont braqués sur moi.

- Mais, je n'ai jamais fait ça. Je ne saurai pas. Je ne sais même pas comment ça se passe...

Ma voix s'est cassée avant la fin de ma phrase et Christelle a repris :

- Ne fais pas le timide. Tu y arriveras très bien. On est entre amis. Tu verras, ça va bien se passer. Allez, Roland, un petit effort...

Ils ne l'ont pas dit, Marina non plus, mais tous ces regards dirigés vers moi reprenaient en chœur : " Allez, Roland... ". Je n'ai pas trouvé les mots pour leur dire non. Quand j'ai haussé les épaules, un grand " Ah ! " est monté et ils se sont tous assis face à l'estrade. 

(La suite demain)

par Roland Ivy publié dans : Modèle vivant communauté : L'écriture dans tous ses états
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Mercredi 21 novembre 2007
Je commence aujourd'hui la publication d'une histoire en plusieurs épisodes. Rendez-vous chaque jour pour la suite.

Je voulais lui faire une surprise. Comme je n'avais appris que je devais monter sur Paris qu'à la dernière minute, je n'avais pas prévenu Christelle que je passerais la voir à son atelier ce soir-là. Tous les mardis, elle participait à une séance de dessin sur modèle vivant et m'avait invité à y assister à l'occasion.

A 18h30, j'étais devant l'immeuble de l'association qu'elle avait rejointe deux ans auparavant. Je connaissais les lieux ; j'y étais venu à une exposition au printemps. Alors, je suis monté directement dans la grande salle du grenier où étaient organisées – comme Christelle me l'avait raconté – les séances du mardi. En entrant, je fus saisi par la chaleur. Des chaises faisaient face à une estrade sur laquelle des cubes en bois avaient été empilés puis recouverts d'un drap qu'on avait négligemment jeté.

Peu à peu, les membres de l'atelier sont arrivés. Tous portaient un grand sac d'où ils extrayaient, dès leur arrivée, leur matériel. Certains préparaient leurs feuilles qu'ils fixaient à un grand carton avec des épingles à linge. D'autres sortaient juste un bloc. Tous disposaient leurs outils près de leur chaise. Les craies, les fusains, les crayons et les gommes s'étalaient. Ce n'est qu'après ce minutieux déballage que les uns et les autres se sont salués. Poignées de mains furtives ou grandes embrassades selon l'humeur ou l'intimité.

Christelle est arrivée à 18h45. Elle était la dernière comme d'habitude. Elle a lancé un grand " Bonsoir tout le monde ! " avant de se précipiter sur la seule chaise disponible près de l'estrade ce qui, de toute façon, semblait être sa place.

J'étais assis au fond de la salle et elle ne m'a aperçu qu'après avoir sorti son matériel. Lentement, elle s'est approchée de moi en souriant. Manifestement, ma visite lui faisait plaisir. Elle m'a pris dans ses bras en murmurant :

- Petit cachottier, on vient s'encanailler à la capitale. On en profite pour venir observer des femmes toutes nues.

- Va savoir...

- La séance va commencer. A 19 heures pétantes, Marina va monter nous présenter le modèle du jour. Aujourd'hui, c'est une femme. Il parait qu'elle a un corps superbe. Tu es un petit veinard. On se revoit à la pause.


(La suite demain.)

par Roland Ivy publié dans : Modèle vivant communauté : Au fil des mots
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