Histoires comme ça

Jeudi 2 juillet 2009

 

 

 

 

C'est une vague série B américaine.

 

L'histoire met en scène quelques pensionnaires d'une maison d'arrêt en révolte pris dans un imbroglio impossible à démêler et trop compliqué à vous raconter.

 

Je n'ai pas tout compris mais, comme toujours, les gentils-qu'on-faisait-passer-pour-des-méchants finissent par s'en tirer in extremis et les méchants(et-même-le-directeur-de-la-prison)-dont-on-sait-bien-qu'ils-resteront-méchants ne gagnent pas même si à-un-moment-on-peut-croire-qu'ils-vont-triompher.

 

Mais, morale oblige, happy-end au bout du compte.

 

Forcément, la population carcérale est multi-ethnique et les blacks, les latinos, les blancs, les asiatiques sont traités sous un mode qui frise la caricature.

 

Là où les choses me font rire, c'est quand le générique défile et que mes fistons décident de jouer « au-film-qu'on-vient-de-voir ».

 

Comment vont-ils se répartir les rôles ?

 

C'est simple, je leur laisse la parole :


- Moi, je suis le rouge

- Et moi, je suis le bleu.

 

Pour eux, ces personnages n'ont pas de couleur de peau. Ils les désignent par la couleur des vêtements qu'ils portent.

 

J'adore mes fils !!!!!!!!!

 

 

 

Par Roland Ivy
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Dimanche 11 janvier 2009
 




Déjà, dès sa naissance, son métabolisme particulier avait causé des inquiétudes à ses parents, du trouble aux médecins et de la curiosité à tous. Il faut dire que ce n’était pas banal. Un bébé que son biberon ne rassasiait jamais et qui ne dormait pas de la nuit, il y avait de quoi être surpris.

Chacun y allait de son conseil : augmenter les doses alimentaires, épaissir le lait à l’aide de farines, passer à un régime plus consistant... Rien n’y fit. Roland ne se satisfaisait jamais de ce qui lui était offert à manger.

Concernant son sommeil, tout le monde était formel : ce n’était pas le premier nourrisson à prendre la nuit pour le jour et il finirait bien par se caler. Mais, sur ce point aussi, il ne se mit jamais au rythme normal.

Ses parents se désespéraient et ils finirent par baisser les bras, après des nuits et des nuits blanches à veiller auprès de leur petit Roland. Ils décidèrent de le laisser chaque soir gazouiller dans son berceau dans lequel ils disposaient plusieurs biberons qu’ils retrouvaient invariablement vides chaque matin.

Pour autant, le petit Roland ne semblait pas souffrir de ses curieuses habitudes. Il ne prenait pas plus de poids que la normale et ne manifestait aucun trouble lié à son absence de sommeil.

C’est ainsi qu’il grandit. Son perpétuel éveil fit de lui un enfant précoce, studieux et très actif. Il appris rapidement à lire et s’occupa seul sans que personne ne soit jamais gêné par ses activités nocturnes. Bien au contraire. Ses parents s’étonnaient chaque matin de constater qu’il avait passé sa nuit à repasser des piles de linge, à ranger la maisonnée ou à régler les affaires familiales au mieux des intérêts de chacun.

Quand il fut envoyé au pensionnat, Roland connut quelques déboires. Ses camarades trouvaient suspect ce garçon ténébreux qu'on ne voyait jamais dormir. Il ne se fit jamais d’amis et ne fut pas apprécié pas ses maîtres malgré ses résultats scolaires excellents. Ce fut un jeune homme brillant mais terriblement solitaire.

Passées ses études, bardé de diplômes, Roland chercha un emploi au service du roi. Il fut affecté au service stratégique de la prospective et des projets transversaux et commença à exercer sa charge avec efficacité, ce qui lui valut l’estime de ses supérieurs. Ce furent ses habitudes alimentaires qui lui causèrent du soucis. Poussé par son gigantesque appétit, Roland dévalisait chaque nuit les réserves royales. Le cuisinier en chef s’en plaignit au trésorier général qui suggéra au roi de se défaire de ce trop coûteux collaborateur.

Chassé du château, Roland errait dans la ville haute passant ses nuits à la recherche de nourriture qu’il grappillait au hasard de ses pérégrinations. Un soir, assis sur les fortifications alors qu’il se délectait d’un jambon fumé qu’il avait dérobé à l’étal d’un charcutier, il remarqua un étrange brouillard vert qui se répandait sur la ville et montait le long des murailles. Il entendit un choc sourd derrière lui. Il se précipita et tomba sur un des gardes royaux profondément endormi à son poste. Le brouillard plongeait tous ceux qui le respiraient dans un sommeil de plomb. C'est alors que Roland entendit des pas qui venaient de la campagne. Son sang ne fit qu’un tour. La ville était attaquée. Les ennemis perpétuels du royaume avaient utilisé l’arme secrète du brouillard vert pour plonger la ville dans un profond sommeil et pour lancer leur armée sur la ville.

Oubliant sa faim, Roland décida de tout tenter pour sauver les siens. Il fut partout. Il fut au pont-levis où il repoussa les assaillants. Il fut aux meurtrières où il décochait des volées de flèches. Il fut aux machicoulis d’où il déversait de la poix bouillante sur les hordes à l’attaque. Il fut aux créneaux où il renversait les échelles qui étaient apposées contre les murailles. Il fut partout. Partout, toute la nuit au cours de laquelle il ne put s'accorder aucun repos pour se restaurer.

Au petit matin, les habitants sortant de leur torpeur découvrirent le champ de bataille qu’avait été leur ville pendant leur sommeil. Ils virent que les assaillants avaient tous été exterminés et comprirent tout de suite qu’ils ne devaient leur salut qu’à Roland qui fut porté en triomphe et amené devant le roi.

- Roland, cette nuit, notre ville aurait pu tomber aux mains des ennemis perpétuels. Grâce à toi, il n’en est rien. Ton courage nous a sauvés. J’ordonne donc, qu’à partir de maintenant et jusqu'à désormais, les cuisines royales te soient ouvertes jour et nuit. Tu pourras t’y servir à ta guise, à tout moment. Maintenant, Roland, parle, dis-moi ce qui te ferait plaisir : une volaille, de la charcuterie, un dessert ?
- Votre Majesté est trop bonne et c’est un réel honneur pour moi de bénéficier de votre table. Mais, si vous le permettez, il y a quelque chose que je voudrais faire maintenant.
- Parle donc. Tes désirs sont des ordres.
- Je voudrais dormir, car en vérité, je suis exténué.

Sans autre forme de cérémonie et pour la première fois de sa vie, Roland s’endormit sur le champ. Il se mit à ronfler devant le roi et sa cour tout amusés du spectacle.

Depuis ce jour, Roland ne passa jamais une nuit blanche et reprit une vie normale. Mais il ne perdit jamais l’occasion de profiter des largesses culinaires du roi qui l’accueillait chaque jour à sa table.




Par Roland Ivy
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Jeudi 8 janvier 2009



En lisant l'article de Chris, ce matin, j'ai senti un léger picotement dans l'abdomen, juste à l'endroit de la cicatrice. Alors, je vous raconte :



Elle a mis sa main sur la mienne pour m'empêcher de me lever.


- Laisse, Roland.

- Je ne peux pas.

- Je t'en prie...


C'est vrai que le gros tas de bidoche qui se tenait devant le comptoir avait de quoi impressionner. Massif, immense, d'immondes tatouages mal faits sur les avant-bras, un poitrail velu sortant de sa chemise ouverte jusqu'au milieu du ventre, un front bas, un cou court auquel une lourde chaine en or avec une immense tête de Christ était suspendue. La raie de ses fesses débordait de son jean dégueulasse. Je ne juge jamais les gens sur leur apparence, pourtant, quand il a poussé la porte du bar, j'ai pensé qu'il avait une tête de tueur.


- Eh, la grosse, tu me mets une mousse.


Sans un mot, la serveuse s'est exécutée. Tout en allumant sa cigarette, il s'est tourné vers la salle qu'il a scrutée de son regard pisseux. Un vieux type qui faisait son tiercé s'est plongé dans son journal. Un couple de voyageurs entre deux âges a pris sa valise et s'est glissé vers la sortie. Trois gamins martyrisaient le flipper ; je me rappelle qu'il s'agissait du modèle Hulk dont le film venait de sortir. Muriel consultait notre billet et elle m'a dit que notre train entrerait en gare dans la demi-heure. Elle m'a glissé le billet sous le nez pour me forcer à le regarder.


C'est à ce moment précis que la fille est entrée. La gamine a eu un geste de recul quand elle l'a aperçu. Elle devait avoir dans les dix-huit vingt ans, pas plus. Ses jambes toutes maigres dont le collant avait un accroc au genou semblaient à peine tenir en équilibre sur les hauts talons aiguilles de ses chaussures rouges. Sa jupe aussi aussi était rouge, de même que le foulard qu'elle avait noué sur ses cheveux passés à l'eau oxygénée et mal permanentés. Et puis, elle portait un tee-shirt noir avec un cœur en paillettes. Elle m'a fait penser à Jeanne Mas. « Rouge et noir », c'est ce qui m'est venu à l'esprit en la voyant avancer vers le comptoir. A part les cheveux, c'était pratiquement ça, version gare de province.


- Alors connasse, ça a marché comment cette nuit ?

- Pas trop mal.

- C'est ce qu'on va voir. Fait passer la monnaie. Grouille-toi un peu, salope, j'ai pas que ça à faire.


Elle a posé son sac sur le comptoir et s'est mise sur la pointe des pieds pour fouiller dedans. Quand elle a relevé ses bras, son tee-shirt s'est relevé découvrant le bas de son dos qui était couvert de bleus. Mes mains se crispaient sur ma tasse vide et j'ai senti que Muriel se serrait contre moi


- T'en mêle pas.


Sa voix s'est perdue parce que, au comptoir, l'autre venait d'attraper la gamine par les cheveux.


- Bon, tu te magnes maintenant...

- Attends...

- Grouille, j'ai dit...


Elle a sorti une poignée de billets de 50 francs de son sac. Le type les lui a arrachés des mains.


- Tu te fous de ma gueule ? C'est tout ?

- Mais...

- Ta gueule ! Je vais t'expliquer moi.


Sans lâcher les cheveux de la fille, il lui a donné un coup de genou dans le flanc. Elle s'est pliée en deux.


- Ça suffit, maintenant.


Pendant un instant, tout s'est arrêté. Le gros a tourné sur lui-même et m'a toisé.


- De quoi y se mêle le merdeux ?

- Je vous ai dit de vous arrêter.

- Qu'est-ce t'as ? Occupe-toi de c'qui te regarde.

- Laissez-la.

- Et c'est toi qui va m'empêcher de faire c'que je veux, peut-être ? Tu t'es vu, avec tes petits bras musclés ? Retourne t'asseoir auprès de ta gonzesse et va faire tes mots croisés, j'te dis.

- Et moi je vous dis que vous n'avez pas le droit.

- C'est ce qu'on va voir.


Lentement, il a porté sa main à la poche arrière de son jean. La lame du couteau à cran d'arrêt est sortie en un éclair. Elle était longue et brillait sous les néons. Le type s'est approché, prêt à bondir. Je me suis écarté de la table et je ne quittais pas son regard des yeux. Muriel était tétanisée. La fille pleurait dans le dos du type. Quand il s'est précipité, le tabouret de bar à côté de lui a volé. J'ai été surpris par le bruit. La lame m'a accroché sur le côté gauche juste sous les côtes mais elle n'a fait que m'effleurer lorsque j'ai pivoté. J'ai attrapé le poignet que j'ai tordu. Le gars est passé sous mon aisselle, bras bien tendu. J'ai pesé de tout mon poids sur l'arrière du coude et il a craqué d'un coup. Le gros s'est affaissé avec un cri de chien battu. L'espace d'un instant, j'ai eu envie d'écraser sa tête à coups de pied. Muriel s'est jetée sur moi. La fille s'est mise à hurler :


- Philippe... Mon amour, t'as mal ?






Par Roland Ivy
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Mardi 6 janvier 2009
 




Tout s’est passé si vite. Il y a à peine trois heures, nous étions encore à la maison. Puis, d’un coup, tout s’est emballé. La perte des eaux. Le trajet jusqu’à la clinique. La montée directe en salle de travail. Les contractions. Les douleurs. L’obstétricien qui s’habille. L’épisiotomie. Les poussées. Et voilà…


Je n’ai même pas pensé à demander à couper le cordon. J’ai tout pris dans la figure. J’étais là. Inutile, mais j’étais là et je n'aurais voulu être nulle part ailleurs.


Ils ont mis le bébé sur le ventre de sa mère. Il s'est mis à téter immédiatement. Nous le caressions. Nous l’embrassions. Nous l’avions. Avec la chaleur qu’il faisait en cette mi-mai, forcément, il était pressé de sortir.


Nous étions tous les trois à notre bonheur quand ils nous ont demandé comment nous voulions t’appeler. J’ai regardé ta maman. Je t’ai attrapée par les pieds pour te soulever.


- Lucie, elle s’appelle Lucie.


Tout le monde a éclaté de rire. Tu étais parmi nous déjà depuis plus de cinq minutes et nous ne savions pas que tu étais une petite fille. Ils t'ont roulée dans un grand drap blanc puis ils m’ont demandé de prendre tes affaires et de les suivre pendant qu’ils s’occuperaient de ta maman. Je l'ai embrassée et je suis sorti en courant. Je ne voulais pas te perdre des yeux.


L’infirmière t’a passé des tuyaux dans le nez et la bouche. Elle t’a pesée et mesurée. Puis elle a dit :


- Maintenant, petite demoiselle, Papa va te donner un bain.


Grand moment d’émotion. Très vite, elle nous a laissés seuls. Alors que je soutenais ta tête, tu nageais en gazouillant et en repoussant les bords du bac de tes petits pieds tout longs. Je revis chaque seconde de ces quelques minutes passées dans cette salle. Quelques minutes rien que pour toi et moi. Quelques minutes d'une infinie douceur. Quelques minutes d'une intensité remarquable. Quelques minutes d'éternité à jamais gravées dans mon coeur. Je t’ai détaillée de la tête aux pieds, comptant chacun de tes doigts, t’observant sous tous les angles. J'apprenais chaque parcelle de ta peau si douce.


Lorsque l’infirmière est revenue, elle t’a sortie de l’eau. Elle t’a séchée et elle a fixé un bracelet rose avec ton prénom à ton petit poignet avant de me montrer comment envelopper ton ombilic. Ensuite, je t’ai habillée. Elle m’a dit d’attendre quelques instants avant de rejoindre ta mère parce que les soins n'étaient pas terminés.


Alors, je t’ai emmenée dans le couloir. Avec la chaleur, toutes les fenêtres étaient ouvertes. Les acacias embaumaient les étages. Je t’ai raconté comment on fait des beignets avec leurs fleurs, que c’était bon, que tu les aimerais. Tu m'as souri et j'ai su que tu me comprenais.


Un vieux monsieur est passé. Il nous a regardés longuement. Ses yeux brillaient derrière ses lunettes aux montures dorées.


- Elle est belle.
- Oui.
- Comment s’appelle-t-elle ?
- Lucie.
- Quand est-elle née ?
- Il y a 20 minutes.
- Félicitations. Je vous souhaite plein de bonheur.
- Merci.

Par Roland Ivy
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Mercredi 17 décembre 2008
Je gratouillais mollement dans le salon. Mes doigts couraient le long du manche quand mon portable s'est mis à vibrer sur la table. Un coup d'oeil sur le cadran. C'était Marie.

- Allo.
- ...
- Marie ? Qu'est-ce qui t'arrive ?
- Il est parti.
- Il t'a dit quelque chose ?

Il y avait juste le souffle dans le combiné. Je percevais des sanglots étouffés.

- J'arrive.


Par Roland Ivy
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Mardi 16 décembre 2008
 


- Tout va bien, Monsieur ?
- Oui, oui, je vous remercie.
- Si vous avez un problème, si vous vous sentez mal, vous m'appelez. Je suis juste à côté.


Elle est toute mignone, l'infirmière. Ce n'est pas la même que d'habitude, peut-être une stagiaire. A moins que ce ne soit une interne.


Je suis tout seul en ce samedi matin. Les trois autres fauteuils sont vides. C'est la première fois depuis longtemps. Alors, je me suis installé dans le coin près de la fenêtre. Dehors, il y a du brouillard. Je n'aime pas trop les autres places qui font face aux murs. Quelqu'un a essayé de rendre moins anonyme cette salle un peu froide avec des posters offerts par des agences de voyage mais les images commencent à dater. Dans la salle d'attente, il y a des affiches d'information mais une fois dans le cabinet, pas la peine de chercher à nous convaincre.


La banque du sang ne fait pas vraiment recette aujourd'hui. Les gens sont dans les magasins. Pourtant les besoins augmentent chaque année. Depuis presque trente ans, je vais donner mon sang deux ou trois fois par an. Je ne sais plus combien de dons j'ai réalisés en tout. A vrai dire, je m'en moque un peu. Je n'en tire aucune gloire, je trouve juste ça normal...


- La poche est presque pleine. Je vais vous retirer l'aiguille.


Elle s'approche de moi, et passe le bout des doigts sur la boursouflure au creux mon bras. De gestes surs, elle tire sur ses gants, et ajuste son clamp sur le tuyau. Elle tire une petite longueur de spradrap blanc dont elle colle l'extrémité sur la lame de ses ciseaux. Puis elle saisit un petit morceau de coton derrière lequel elle fait disparaître l'aiguille. Quand elle la ressort de mon bras, elle appuie fortement sur la veine pendant quelques secondes puis elle me demande de la rempacer. J'en profite pour me redresser car je n'aime pas trop la position mi allongée imposée par les fauteuils. Tout en préparant, un autre morceau de coton, elle jette un coup d'œil sur la poche en matière plastique toute rebondie de liquide rouge vif.


- Ah ça...AB+ ... Vous savez que vous avez un sang très rare ?
- Oui, receveur universel, je sais.
- C'est la première fois que je fais un prélèvement de votre groupe. Il paraît que seulement 5% des français sont dans votre cas.
- 3% pour être exact. Pourtant, les statistiques sont parfois étonnantes. Elles ne fonctionnent que sur les grands nombres.
- Qu'est-ce que vous voulez dire par là ?
- Chez moi, nous étions cinq. Mon père, mes deux frères et moi, ça faisait quatre à être AB+. 80%, le compte n'y est pas par rapport à la moyenne.
- C'est étonnant, en effet. Et vous continuez à donner même si vous savez que votre sang ne peut être transfusé qu'à une toute petite population ?
- Peu importe, il suffit d'une seule personne. Et puis, si un AB+ a besoin de mon sang, ce sera toujours une poche d'un autre groupe qu'on pourra donner à quelqu'un d'autre...
- Vous avez raison... Montrez-moi votre bras. C'est parfait, ça ne saigne plus. Je vais vous mettre le pansement.


Elle saisit le petit morceau de coton à peine taché et le glisse dans un bac spécial. A la place, elle dispose celui qu'elle avait gardé en main au long de notre échange et le fixe à l'aide du sparadrap.


- Maintenant, la petite collation. Je crois que je vais la prendre avec vous si vous n'y voyez pas d'inconvénient. Vu le nombre de personnes.
- Mais bien volontiers.
- Qu'est-ce que je vous prépare ? Un café ? Un thé ?
- Je préférerais un jus d'orange.
- Mangez un morceau. Le buffet est là. Je vais déposer votre don à la réserve et je reviens.


Alors qu'elle disparaît derrière une porte, je me dis que je vais lui faire de la pub à la gamine...


Par Roland Ivy
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Jeudi 11 décembre 2008
 

Dijon, Meudon-Bellevue, Genève, Caracas, Vallée des Yewtawa, Groznyï, Vaisseau spatial X3-21, Pont du Gard, Stade Olympique de Moscou, Berlin...


le 10/12/2008



M Bottle, lanceur de bouteilles

M Gratto, peintre de nus

Mme la Bernache, lectrice du Coran

Mme Quichottine, lectrice de Don Quichotte

Mme Noute, future Atsem en attente d'heureux événements

Mpolly, pourvoyeuse d'émotion

Mlle Constance, chronophagisée

Martine la Pélerine, marcheuse sur chemins

PeuBeuReu, navigateur endormi sous son olivier

Mlle Maude, trentenaire citadine, femme (im)parfaite

M Lazza, militant, peintre, écrivain, faux-jumeau, vrai frère, amateur de chocolat

Mme Chystelyne, chorégraphe

M Ruégy, inclassable

L'Arpenteur, perdu dans les glaces mais repéré grace à sa balise Argos

M ou Mme Nemo (?), visiteur de dernière minute


ont la douleur/le plaisir de vous faire part du décès de l'un des mille


Roland Ivy


survenu lors sa deuxième année au cours de la nuit du 10 décembre 2008

par épectase au sens élargi du terme (prenez un bon dictionnaire !) .


Il sera organisé un transfert de sa dépouille dans l'au-delà au cours d'une croisière sur le Styx organisée chez Chris, passeur en chef à partir du 11/12/08.


Ni fleur, ni couronnes mais bonnes bouteilles et chocolat fin (noir de préférence)


Riez pour lui.



Par Roland Ivy
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Mercredi 10 décembre 2008
 


- T'en fais pas... C'est pas grave. Ça peut arriver à tout le monde


Elle prend ma tête entre ses deux mains et m'embrasse lentement sur le front. Puis elle s'installe confortablement au creux de mon épaule. D'ici cinq minutes, elle va se retourner et s'endormir pour de bon en me laissant dans mon coin. Je le sais, elles font toutes ça...


Au jeu de la courte paille, c'est moi qui ai perdu. Je ne peux pas dire que j'ai touché le gros lot, ça serait totalement hors de propos. J'ai beau le savoir depuis toujours, je n'arrive pas à m'y faire.


Toujours, toujours... En fait, il faut être honnête, pendant les trois premières années de ma vie, j'ai pu mener une existence tout à fait normale. C'est à la maternelle que j'ai pris conscience du cadeau que la nature avait oublié de me faire. Trente marmots en rang d'oignon devant des tinettes de liliputiens et soudain, un cri :


- Simonne, Simonne. Viens voir...
- Qu'est-ce qui t'arrive encore, Ginette ? Il y en a encore un qui fait dans sa culotte ?
- C'est pas ça. Regarde Roland...
- Qu'est-ce qu'il a ?
- Mais regarde son zizi. Il est tout petit.
- Bah vieux. T'es pas gaté.


Mon enfance s'est passée dans une recherche d'intimité brusquée sporadiquement par des passages obligés dans des vestaires de douches, de piscine ou de salle de sport que je vivais comme de réelles humiliations mais qui ne m'empêchaient pas d'avoir une vie normale par ailleurs.


Puis est venue l'adolescence...


Oserai-je dire ce que j'ai vécu à cette période ma vie ? Rien de particulier à dire concernant la première partie où l'on s'embourbe dans un corps qui grandit trop vite pour nous. Rien à signaler dans les premiers émois des baisers baveux qu'on échangeait avec les filles mi-dégoûtés, mi-exaltés. Parlerai-je des câlins pleins de tendresse, de ces mains qui se glissent sous les pull à la recherche de la bretelle dun soutien-gorge, de ces caresses appuyées sur des poitrines à peine naissantes ? Non, je n'ai véritablement rien à dire là-dessus. Rien de plus que tous les garçons de mon âge.


Non, c'est après que les choses ont véritablement pris un tour dramatique pour moi. Pourtant pour ma première expérience sexuelle, ma partenaire me connaissait depuis plusieurs années. Nous avions beaucoup de tendresse l'un pour l'autre. Je crois même qu'on peut parler d'amour. Ce fut un désastre total. Une incapacité pour moi de faire face à la situation. Je me souviens qu'elle s'est rhabillée sans un regard. Je me souviens qu'elle a pris son sac et qu'elle a claqué la porte de ma chambre en sortant. Je me souviens encore du tic-tac du réveil qui a meublé les longues minutes où je suis resté prostré.


Le lendemain, le surnom de « petite bite » m'avait définitivement été attribué et je ne pouvais pas passer dans un couloir au bahut sans qu'un groupe de filles, mêmes celles que je ne connaissais pas, se mettent à pouffer en me voyant.


Alors, j'ai convaincu mes parents de m'emmener consulter un spécialiste. Il a été formel : « Tout est parfaitement en place. Vous êtes normalement constitué. A peine vos corps caverneux sont-ils moins creux que la moyenne. C'est du moins ce que montre l'échographie. Rien ne s'oppose à ce que vous ayez des relations sexuelles. Vous pourrez être père sans problème le moment venu. Il vous faudra trouver une partenaire qui vous corresponde bien. Mais je vous assure que tout va bien »...


Tu parles. J'aimerais bien l'avoir avec moi dans la chambre en ce moment pour qu'il explique à la fille qui m'avait trouvé si charmant jusqu'à il y a une heure que si je n'ai pas réussi à faire l'amour avec elle c'est parce parce qu'elle ne me correspond pas. Je ne vais tout de même pas passer une petite annonce :


« JH, Normlt. constitué, pte. bite. Cherche JF, suffmt. excitante avc attribut fem. adapt. pour déb. Rel. et + si affin. Pas sér. s'abtenir. Ecrire au journal qui transmettra. »

 



Par Roland Ivy
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Lundi 24 novembre 2008
 

Dans le forum de la communauté Nouvelles d'ici et d'ailleurs, en guise de lancement d'une discussion intitulée « Textes (nouvelles) très court(e)s », Ernest a proposé un texte dont voici une suite possible.



Les yeux troubles (bis)


Il n'a pratiquement pas fait de bruit lorsqu'il est arrivé et qu'il s'est installé à la table en face de la mienne. A son passage, j'ai pu reconnaître son eau de toilette. Exactement la même que celle de mon ophtalmo. Une eau à base de lavande, tenace mais très agréable. Je savais que c'était un homme avant même qu'il ne parle au garçon pour commander son café. Sa voix était claire, douce et forte à la fois. Il s'est montré particulièrement poli en s'adressant au jeune serveur.


Dans le brouhaha permanent de la salle à ce moment de la matinée, je me suis attachée à fixer mon attention sur lui tout en fumant. J'ai entendu qu'il posait un journal sur la table mais il ne l'a pas ouvert. Et puis aussi, il avait un sac assez lourd qui a fait un bruit métallique quand il l'a glissé sous la banquette.


De ma place, je n'ai pu discerner que quelques éléments sur mon voisin de table. Je peux vous dire qu'il a mis un sucre dans son café. Il l'a longuement remué avant de le boire, comme si ses pensées étaient occupées ailleurs. Il devait porter une espèce de gourmette qui heurtait le bord de la table dans ses mouvements lents et réguliers.


Vraiment, je ne peux pas en dire davantage. Non, je suis désolée, Monsieur l'inspecteur, rien de plus. J'ai ramassé mes affaires, j'ai réglé ma note et je suis sortie du café. J'étais à peine sur le trottoir quand l'explosion s'est produite.

Par Roland Ivy
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Vendredi 21 novembre 2008



 



Spécialement écrit pour le Forum de la communauté Nouvelles d'ici et d'ailleurs animée par Ernest J. Brooms, discussion « textes (nouvelles) très court(e)s »,




Rapport du commandant Ivy, mission d'exploration des planètes du secteur 4, cycle 746 du calendrier universel (consolidé par ordonnance du grand conseil)


Objet : Planète Terre (coordonnées : 54876-56 système delta)


De prime abord, la planète en question semble particulièrement accueillante, elle est dotée d'une atmosphère qui lui procure une température compatible avec la vie observée sous toutes ses latitudes avec des variations liées à la position relative par rapport aux pôles (très froids) et à l'équateur (chaud-humide). De nombreuses espèces (des plus primitives jusqu'à une branche d'hominidés arrivée au stade d'évolution 2 sur les 9 de l'échelle standardisée de Malthy) ont été observées ce qui témoigne d'un potentiel d'autonomie à son maximum pour peu que l'espèce dominante ne se fourvoie pas dans la gestion de ce capital.


Eu égard aux informations recueillies, le pôle scientifique de la mission s'apprêtait à proposer un classement de ladite planète dans le groupe le plus élevé (AA1++) jusqu'à ce qu'un phénomène inexpliqué se produise. En effet, sans le moindre signe avant-coureur, la surface de la planète s'est couverte de champignons présentant une forte radioactivité. Le phénomène, isolé dans un premier temps, s'est propagé sur la toute surface de la planète, provoquant par là-même un anéantissement total des ressources décrites supra.


Conclusion : Planète détruite dont les coordonnées sont à effacer de la base de données.

Par Roland Ivy
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