Auto-entretien

Lundi 23 février 2009
 



Chers lecteurs,


Les derniers jours ont été particulièrement difficiles pour notre producteur de texte Roland.Ivy 2.04.2.


Une sournoise attaque virale a massivement affecté ses capacités d'écriture et nos techniciens ont dû plancher nuit et jour pour remettre notre robot en activité.


Malgré les doses gigantesques d'antalgiques, antipyrétiques, antidiurétiques, antihistaminiques et tout la clique qui lui ont été administrées, il se remet à peine des désagréments occasionnés sur lui.


Comme toujours – la loi de Murphy étant toujours prompte à se manifester – c'est au cours de l'attaque en question que la vraie vie de Roland l'a fortement sollicité : obligations familales, travaux d'importance, pannes domestiques, impérieuse nécesité de se mobiliser pour défendre des valeurs très fortement attaquées...


De façon à ne pas définitivement endommager les circuits de notre producteur de textes, nous avons été contraints de mettre en sommeil la fonction « nouvelle production » et la fonction « visite à des sites tiers et amis ».


A l'heure où nous publions ce communiqué, il semble que la phase critique de l'attaque soit définitivement dépassée. Notre robot va désormais pouvoir reprendre ses activités. Pour autant, nous profitons de l'arrêt momentanné de certaines de ses fonctions pour effectuer dans ses circuits quelques menus réglages et mises à jour.


Nous espérons pouvoir le remettre totalement en service dans les meilleurs délais dans une version 3.00. (version béta encore soumise à quelques tests en attendant la version 3.01. livrable sous quelques semaines) et nous vous prions d'excuser la gène occasionnée pendant cette période pour laquelle la direction commerciale a d'ores et déjà reçu l'ordre de ne pas vous adresser de facture.



Roland.Ivy, concepteur, fondateur, activeur et régulateur du Roland.Ivy 2.03

Par Roland Ivy
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Samedi 1 novembre 2008

 

Il écarte les bras comme si ce qu'il vient de dire était une totale évidence (A ça, c'est pour ceux qui prendraient le train sans avoir lu l'épisode précédent. Remarquez que le mieux est peut-être de commencer depuis le début). Devant mon air dubitatif, il continue.

- C'est pour ça que j'écris surtout de courtes histoires.
- C'est vrai que tu t'es surtout spécialisé dans les nouvelles.
- Normal, je suis trop flemmard. Non... Je blague. Vue ma façon de procéder, tu comprendras aisément que je ne peux garder en tête que des textes de taille raisonnable. La nouvelle correspond bien à mon mode de vie. J'ai peu de temps à consacrer à l'écriture. Je peux y réfléchir à d'autre moments mais je ne dispose pas d'un temps régulier à y consacrer.
- Donc, tu ne te lanceras pas dans un roman.
- Tu veux ma mort ou celle de mon couple ? S'engager dans un tel projet signifierait pour moi renoncer au fragile équilibre qui est celui de mon organisation personnelle. Et si je mourrais demain, ou plutôt si j'avais un problème qui m'interdisais de mettre à terme le roman, je crois que je ne supporterais pas de ne pas pouvoir aller au bout.
- T'es sérieux ?
- Un peu... C'est fragile l'existence tu sais.
- Tout de même...
- Non, je crois surtout que j'aime les petits textes. On peut les ciseler, en maîtriser l'intrigue, aller à l'essentiel. Ça n'est pas si facile que d'essayer de faire court et efficace. Et puis comment voudrais-tu que j'aboutisse mon projet d'écrire 1000 vies si je reste des mois à écrire 150, 300 voire 600 pages sur la même histoire ? Et si au bout du compte l'histoire n'était pas bonne ?
- Je ne suis pas sûr de partager ce que tu racontes.
- Console-toi, moi non plus. Pas de roman, pour l'instant. Mais un jour, qui sait ? En plus pour être honnête, j'ai bien deux ou trois idées qui me trottent par la tête mais je ne les perçois pas encore comme susceptibles d'aller au bout.


D'un seul coup, il s'est levé il m'invite à le suivre vers la porte.


- Maintenant, je suis au regret de t'annoncer qu'il va te falloir retourner à tes chères études ou plutôt au néant d'où je t'ai sorti il y a quelques semaines. Je te rappelle que si je n'existe pas, toi non plus. D'autres histoires, d'autres personnages m'attendent et je crois que mes lecteurs, eux-aussi, ont le droit que je leur raconte autre chose que mes états d'âme. Alors, si tu le veux, on va en rester là.
- Bon, et bien bonne route et merci encore de m'avoir accueilli chez toi.
- Salut à toi et à bientôt peut-être... dans une autre histoire...

Par Roland Ivy
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Vendredi 31 octobre 2008


 


Il y avait de la neige fondue qui tombait et je faisais attention en conduisant. Je me suis garé derrière sa maison. Il était assis dans un transat, installé sous un grand parasol qu'il avait ouvert pour l'occasion. Bien emmitouflé dans sa doudoune, il lisait l'Odyssée avec les écouteurs de son lecteur MP3 vissé sur ses oreilles.

- Tu as de drôles d'endroits pour lire.
- C'est vrai mais c'est plutôt calme et puis, j'ai mon thermos de thé.
- Mais ça t'arrive souvent de faire des trucs bizarres comme ça ?
- Je ne trouve pas bizarre de profiter du jardin pour lire un peu en écoutant les Pink Floyd, même si la météo n'est pas favorable. C'est la faute d'un copain qui m'a nargué avec son olivier. Si tu veux, on va rentrer. Tu n'es pas vraiment équipé et il ne s'agirait pas que tu tombes malade.
- Je te remercie.


Il a juste renfermé le parasol, nous avons ramassé ses affaires et nous sommes rentrés. Il y avait du feu qui crépitait dans la cheminée. Il a rajouté une bûche et nous nous sommes installés.


- Bon, où en étions-nous ? Qu'est-ce que tu veux que je te raconte aujourd'hui ?
- Et si tu me disais comment tu t'y prends pour écrire.
- Et bien, je me mets à une table, je prends mon stylo, des feuilles ou alors je me mets directement devant mon ordinateur et puis je trace des lettres qui forment des mots, ces mots composent des phrases et à la fin, ça fait une histoire.
- Roland...
- Tu crois que je me moque de toi ?
- Faut dire...
- Pourtant, c'est comme ça que les choses se passent. Quand je me mets à écrire, c'est juste une question de mécanique, de transcription. J'écris mon texte très vite parce que, dans la majeure partie des cas, l'histoire est déjà écrite dans ma tête. Le fait de la mettre sur le papier ne me prend que très peu de temps.
- Donc pas d'angoisse de la page blanche ?
- Pas d'angoisse de cette nature. Par contre, l'angoisse de l'histoire qui ne se tortille pas comme je l'avais imaginée, c'est permanent.
- Tu peux préciser ?
- Sans doute mon fonctionnement est-il particulier, mais je ne mets jamais à écrire, matériellement écrire, si je n'ai pas au préalable totalement pensé mon texte. Je suis certain que Chris me traitera de fou. Pour elle, il faut saisir le stylo et se lancer, advienne ce qui sortira de ce saut dans le vide. C'est son côté bête sauvage... La chatte qui se lance mais qui retombe toujours sur ses pattes même si c'est dans une poubelle...
- Oui mais tout le monde s'accorde à penser qu'il faut se colleter à la tâche pour écrire. Qu'il faut s'y mettre régulièrement...
- L'écrivain doit être un artisan, un tâcheron, un bosseur assidu. Je partage cette vision des choses... « 5% de génie et 95% de sueur »... Mais permets-moi de te dire que je ne me considère pas comme un écrivain et surtout que je la réalise cette tâche importante. Je le fais avant, dans ma tête.
- Pardon ?
- Quand il me vient l'idée d'une histoire... On en a parlé l'autre jour, tu sais, je lis un truc, je rencontre quelqu'un, j'observe un événement... Il arrive un moment où un déclic se passe. Ça commence souvent par « Et si... ». Alors, je mets le tout dans le bocal « pour Roland » et je laisse fermenter. Et puis au cours du temps, l'histoire prend forme, les personnages se dessinent, l'intrigue se noue. Je laisse encore faire le temps. Quand j'ai un instant de libre, je me rappelle à son bon souvenir. Je m'interroge sur l'avancée des travaux. Je laisse à nouveau... Il faut laisser la pâte lever. Il faut du temps. Parfois, c'est plus rapide que d'autre mais il arrive un moment ou le texte, tout le texte, s'impose à moi. C'est à ce moment que je me mets à le coucher sur papier ou à le saisir à l'écran.





(à suivre...)

Par Roland Ivy
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Jeudi 30 octobre 2008

C'est lui qui m'a rappelé. En fait, il m'a envoyé un courriel :

De : Roland Ivy

Objet : Il faut (peut-être) aller au bout de notre discussion


Salut,

Je suis désolé que nous ne soyons pas allés plus loin l'autre soir et je te remercie d'avoir perçu que je n'étais pas en forme. Pour autant, je crois que je te dois de répondre aux dernières de tes questions.

Si tu es disponible, je te propose qu'on se voit jeudi en début d'après-midi. Les enfants sont en vacances chez leurs grands-parents et je dispose d'un peu de temps libre. Si ça te convient, je serai chez moi.

Amitiés.

Roland



Et comment que je vais y aller, trop content qu'il n'ait pas décidé de mettre fin à notre discussion...

Par Roland Ivy
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Vendredi 24 octobre 2008

 



Je me suis arrêté à peine à quelques rues de chez lui. Je suis sorti de ma voiture et j'ai allumé une cigarette. Alors que je regardais le ciel que nous avions observé ensemble, je repensais à cette rencontre tout en recrachant la fumée de ma première bouffée.


Pour la première fois en sortant de chez lui, j'ai eu l'impression qu'il était marqué par ce qu'il m'avait raconté. Un peu comme si ces confidences qu'il me faisait l'avaient entrainé au-delà de ce qu'il avait imaginé. Quand il s'était tourné vers moi après son long moment de silence, j'ai vu qu'il faisait un effort pour recoller les morceaux. Lui d'habitude si posé dans ses propos, si ferme dans ses énonciations avait des difficultés à construire son discours. Il avait la tête rentrée dans ses épaules qui se voûtaient.


J'ai ressenti un vrai trouble, une gêne. Je me suis dit qu'il valait mieux ne pas prolonger cette entrevue. J'ai prétexté avoir un rendez-vous très tôt le lendemain pour prendre congé.


Qu'allait-il se passer maintenant ? Nous ne nous étions pas entendu sur la date d'une prochaine rencontre. Je décidai de ne pas le rappeler comptant que ce soit lui qui me relance.


Il n'y avait pas de bruits dans le lotissement endormi. Un hérisson est passé à peine à quelques mètres de moi. Ses yeux ont reflété la lumière du réverbère. Puis il a disparu sous une haie qui bordait le jardin d'une maison. J'ai lancé mon mégot dans une bouche d'égout et je suis remonté en voiture.




Par Roland Ivy
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Vendredi 24 octobre 2008

 


- C'est un excellent choix que tu as fait là : un gunpowder !
- C'est la vendeuse qui me l'a conseillé. Je dois dire que le nom m'a un peu surpris.
- Tu sais pourquoi on l'appelle comme ça ?
- Non.
- As-tu regardé à l'intérieur du sachet ?
- Non, pourquoi ?
- Tiens regarde.
- C'est marrant, il est formé de petites boules.
- En fait ce sont des feuilles de thé qui ont été soigneusement roulées à la main. Comme il s'agit d'un thé particulièrement rare, on lui accorde ce traitement particulier. C'est une espèce de conditionnement de luxe. Il s'agit d'un thé vert chinois... Mais, vas-y sers-toi, il doit être infusé maintenant.


Je lui ai rempli sa tasse et il l'a portée à sa bouche en fermant les yeux. Avant d'y goûter, il l'a respiré lentement. Un peu de vapeur s'est déposée sur les verres de ses lunettes. Je n'avais jamais remarqué qu'il en portait. A la réflexion, je suis certain qu'il n'en avait pas lors de mes précédentes visites. Il m'a paru d'ailleurs plus fatigué, plus fragile.

- Roland ?
- Humm...
- Qu'est-ce qui te pousse à écrire ?
- A vrai dire, je n'en sais trop rien. Je n'ai pas de message à délivrer. Je n'ai pas l'impression que ma prose soit si essentielle au devenir du monde ni même aux quelques personnes qui me font le plaisir de la lire. Peut-être est-ce seulement une façon de mettre en forme les histoires qui me viennent à la tête un peu malgré moi comme je te l'ai raconté. Ce qui est sûr, c'est qu'au cours de ma vie, écrire m'a permis de faire face alors que je traversais des moments très douloureux. Pourtant maintenant, ce n'est plus la même chose. En tout cas, c'est une activité qui me détend, qui m'apaise. Et puis, pour essayer d'être complet puisque tu me poses cette question, je crois que ça me plait bien de raconter des histoires et surtout que ça me fait plaisir quand mes lecteurs me disent qu'ils apprécient mes textes.
- Tu penses donc qu'il n'y a pas de raison particulière ?
- Tu as déjà lu des histoires à des enfants, surtout quand c'est pour la vingtième fois ?
- Pas depuis bien longtemps.
- Et bien, à ce moment-là, il y a une intimité, une connivence qui s'établit entre les enfants, le texte et toi. Pour les gamins, à ce moment précis, tu es en quelque sorte la personne la plus importante du monde. La réciproque est d'ailleurs vraie pour toi en ce qui concerne tes auditeurs. Tu leur sers le meilleur de toi-même. Quand je lis un texte, j'aime à penser que l'auteur l'a écrit spécialement pour moi. Aussi, quand je donne à lire un des miens, il se passe quelque chose d'analogue. Mes lecteurs sont loin de moi mais l'intimité qui se noue au fil des textes est réelle... Pour autant, et je te parle au fur et à mesure que les idées viennent, alors que je te raconte ça, je me dis que je continuerais de toute façon à écrire même si personne ne fréquentait plus mon site ou même si je cessais de l'alimenter. En fait, je viens de te donner une réponse mais je ne suis pas sûr qu'elle reflète la réalité. Peut-être n'ai pas véritablement creusé cette idée... Mais, est-ce que c'est si important que cela ?


Il s'est tu pendant de longues secondes, la tasse vide comme suspendue dans les airs. Son regard s'est comme troublé. Visiblement, il n'était plus avec moi. Je n'ai pas voulu briser ce moment hors du temps. Je suis resté là, assis en silence en face de lui.



Par Roland Ivy
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Mardi 21 octobre 2008


 


Je l'ai trouvé sur le perron lorsque je suis arrivé.

- Bonsoir.
- Bonsoir. Tu prends le frais ?
- Non, je regardais les étoiles. Ça n'est pas si fréquent que le ciel soit dégagé en cette saison et j'aime bien le visage qu'il nous offre en ce moment. D'habitude, c'est surtout le ciel d'été que j'ai l'occasion d'observer.
- Tu t'y connais en astronomie ?
- Pas plus que ça. Je sais repérer les constellations et lire le déplacement des planètes. J'ai bien quelques notions scientifiques mais c'est plutôt de la beauté du spectacle dont j'aime m'imprégner. Allez, ça suffit pour ce soir. Rentrons.


Je lui ai tendu la pochette en papier que j'avais prise avec moi. Elle contenait un petit sachet de thé et des biscuits au gingembre que j'étais allé chercher en ville au cours de l'après-midi.

- Merci. Je nous prépare tout ça et j'arrive. Installe-toi.
- D'accord.


.../...


- Donc tu voulais que je développe ce que j'avais dit à propos de mes personnages ?
- Oui. Si tu le veux bien.
- Tu es d'accord avec moi que les lecteurs sont des invités qu'il convient d'accueillir convenablement ?... De tout façon, ils sont toujours libres de nous quitter à tout moment si ce qu'on leur propose ne leur convient pas, qu'il s'agisse des idées qu'on émet, de l'intrigue qu'on développe ou même du style qu'on utilise.
- Oui, j'ai bien suivi ce que tu m'as dit l'autre jour. Pourtant, il peut arriver qu'on écrive quelque chose pour choquer ou pour forcer le lecteur à réfléchir ?
- Mais bien sur. Mon idée n'est pas qu'il faille toujours écrire sur le mode consensuel. Au contraire. Non, ce que je voulais dire l'autre soir est que le lecteur, chaque lecteur a sa personnalité propre et aura sa compréhension de ce qu'il aura lu. Je crois qu'il ne faut pas l'oublier quand on l'écrit. Mais parlons plutôt des personnages.
- Oui.
- Les personnages sont captifs. Tu ne les invites pas, tu les convoques et tu as tout pouvoir sur ce qu'ils sont, ce qu'ils font et ce qui leur arrive. Du fait de ce pouvoir (divin?), j'estime que tu n'as pas le droit de les négliger.
- Qu'est-ce que tu veux dire par là ?
- D'abord, je pense qu'il n'y a pas de personnages secondaires. Le terme me semble mal indiqué. Certes, certains personnages jouent un rôle secondaire à certains moments dans certains récits. Mais si tu choisis d'insérer un personnage dans une histoire, c'est que son rôle – aussi minime soit-il dans le récit que tu fais – est indispensable. A ce titre, tu te dois de faire de lui un traitement digne de ce nom. Ce que j'aime bien, ce sont les personnages que l'on suit de manière assez prolongée pendant un certain temps et finalement, leur fonction se résume à ouvrir une porte derrière laquelle se trouve le personnage principal de l'histoire. Ce décalage m'amuse. Tu as vu Men in Black ?
- Pardon.
- Le film, Men in black?
- Oui.
- Lors du générique, on suit pendant longtemps une espèce d'insecte à travers différents plans jusqu'à ce qu'il finisse écrasé sur un pare-brise d'un véhicule lancé à folle allure. Changement de point de focalisation. Décalage. Tu me suis ?
- J'ai compris. Mais qu'est-ce que ça donne chez toi ?
- Geoffroy Saint Hilaire ou le nubien dans « Pétales de rose». Ils ont chacun de quoi être des personnages centraux dans une histoire, mais dans celle-là, ils ne font que traverser l'espace. Un autre exemple : Jocelyne dans « Dans la toile de Monsieur Roland ». Le caractère de cette employée – même à peine esquissé – peut donner lieu à des interprétations de la part du lecteur et qui sait si elle ne réapparaîtra pas à nouveau dans un autre texte?... Il n'empêche qu'elle joue un rôle car elle permet à la petite secrétaire de se positionner et lui offre une porte d'entrée vers le personnage de M Roland. Tu me suis ?
- D'accord.
- Je te laisse un moment, l'eau est chaude.



(à suivre)

 


Par Roland Ivy
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Samedi 18 octobre 2008


 


En sortant de chez lui, je me suis précipité au journal dont les locaux étaient pratiquement déserts. Dans les bureaux, seules étaient allumées les salles du service des sports. Bien sur, dans le grand entrepôt, ça tournait à plein régime. L'édition du matin était sur les rotatives. Mais dans les bureaux, je n'ai rencontré personne.


Je tenais absolument à rédiger quelque chose qui tienne la route et je me sentais plutôt frais par rapport à la semaine précédente. Je me suis mis face à un écran et j'ai produit deux textes qui, selon moi, pouvaient constituer la suite de ceux qu'il m'avait adressés.


Par jeu, j'ai décidé de les lui transmettre et je lui ai envoyé un message :


A : Roland Ivy

Objet : Notre entretien (la suite)


Avant tout, je tiens à te remercier de m'accueillir chez toi comme tu le fais. Je trouve nos échanges vraiment passionnants. Pour te montrer que cette fois, j'ai travaillé, je te mets en fichiers joints les deux textes qui relatent notre rencontre de tout à l'heure. Je les ai respectivement intitulés « auto-entretien (3) » et « auto-entretien (4) ». J'espère que tu les apprécieras.


En ce qui concerne notre rencontre de la semaine prochaine, j'aimerais que tu m'éclaires sur un sujet que tu avais effleuré lors de notre première entretien et que tu avais dit que tu développerais plus tard. Je veux parler de l'attention particulière que tu portes à tes personnages. J'ai bien compris ce que tu as dit concernant les lecteurs mais je brûle d'impatience d'entendre ce que tu as à me dire concernant les gens dont tu peuples tes histoires.


Par ailleurs, si tu le veux bien, j'aimerais que tu me parles de tes motivations à écrire et de ce qui t'inspire. Je sais que la question est éculée mais ça m'intéresse vraiment.


Pour finir, je voulais t'annoncer que moi qui ne buvais pas de thé, je trouve ça très agréable. Si tu le permets, la prochaine fois, je t'en apporterai avec quelques petites douceurs.


Vivement lundi





(à suivre)

 


Par Roland Ivy
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Jeudi 16 octobre 2008


 

Il se penche et prend un sablé dans lequel il croque à pleines dents.

- Il n'empêche que tu ne réponds pas à ma question. Pourquoi tant de mystères ?
- C'est simple. Roland Ivy n'existe pas ou plutôt il n'existe que lorsque ma vie personnelle me permet de lui laisser du temps. Tout au long de la journée, en fonction des événements, quand j'ai une idée de traverse, je la mets de côté en pensant : « Ça, c'est pour Roland. » et je passe à autre chose.
- C'est si facile que ça ?
- Bien sur que non mais au moins, ça me permet de continuer ce que je suis en train de faire sans gêner les gens qui sont avec moi. D'ailleurs, les membres de ma famille ignorent tout de ce fonctionnement. Ce qui est pratique, c'est qu'en supplément, ça me réserve un total incognito pour mes activités de plume.
- Mais alors, tu fais ça quand ?
- Ça dépend surtout du temps libre que me laisse ma vie mais aussi de mes insomnies... Ma femme qui est au-dessus a besoin de beaucoup de dormir. Elle a l'habitude que je ne vienne me coucher que bien longtemps après elle. Ça ne la préoccupe pas plus que ça que je lise, joue de la musique ou travaille quand elle dort. Parfois même, j'effectue des tâches ménagères avec mon baladeur sur les oreilles. Ça ne te plairait pas de te lever le matin en constatant que la corbeille de linge à repasser s'est vidée au cours de ton sommeil ?
- Vu sous cet angle... Mais tu ne te sens pas coupable de cette activité secrète ?
- Mais de quoi donc ? Il n'y a pas la moindre tromperie. D'autant plus que la seule limite que je me fixe est le non-débordement sur ma vie personnelle. Pour être plus clair, Roland Ivy ne peut exister que lorsque j'ai du temps à lui consacrer. Je ne dis pas que je n'aimerais pas lui laisser plus d'espace. J'aimerais davantage écrire, répondre aux commentaires qui me sont laissés et pouvoir mieux que je ne le fais visiter les autres blogs mais je ne le peux pas. Remarque bien que l'audience de mon blog, le sacro-saint BR, s'en ressent fortement. Au début, j'en étais affecté mais maintenant, j'ai appris en m'en détacher. J'ai quelques fidèles lecteurs (à peine une dizaine pour être honnête) mais ils savent comment je fonctionne et, même s'ils râlent légitimement de mes absences régulières et parfois trop longues, ils reviennent me voir quand je refais surface et ils me soutiennent...
- Je vois qu'il est presque deux heures? Est-ce que tu acceptes qu'on se revoit à nouveau pour continuer cette discussion.
- Si tu veux. Fais-moi savoir ce dont tu voudras qu'on parle. Tu as mon adresse mel. Convenons que lundi prochain, on se revoit. Ça te va ?
- Et comment !...


 


 

(à suivre)

 



Par Roland Ivy
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Lundi 13 octobre 2008


 

 

Tout était déjà sur la table quand je suis arrivé. Le plateau avec les tasses, le lait et le sucre. Il avait ajouté une assiette de sablés faits maison. Par contre, la théière n'y était pas ; j'imagine qu'il l'avait préparée dans la cuisine en attendant d'y verser l'eau chaude.

 

La construction du château fort avait avancé. Deux nouvelles tours en carton avaient été ajoutées. Les soldats et les petites voitures se faisaient face selon un plan de bataille sans doute bien établi. Les dvd de chaque côté de l'écran de télévision avaient été empilés bien régulièrement. Quant à l'ordinateur portable sur la grande table, il avait fait place à une superbe guitare au bois roux et aux tons chaleureux.

- Tu joues de la guitare ?
- C'est un rêve de gosse. Tu sais, j'ai grandi avec les Beatles, les Stones, Dylan, Joan Baez, Simon & Garfunkel... Ça te dit quelque chose ?... Peu importe. Depuis toujours, j'avais envie de jouer cette musique. Il y a peu, je m'y suis mis. Je suis nul mais j'adore ça. Ça me détend. Et toi, tu fais de la musique ?
- J'ai vaguement appris le piano quand j'étais gamin.

 

Tout en parlant, il s'était dirigé vers la cuisine et il avait allumé le feu sous la bouilloire. Puis, il avait rangé sa guitare dans sa housse avant de la poser précautionneusement au dessus d'une des étagères. Il s'est assis dans un des fauteuils et m'a invité à prendre place dans celui qui y faisait face.

- Je voulais te demander de m'excuser pour ce report de rendez-vous.
- C'est à moi de te présenter mes excuses. C'est déjà gentil de me consacrer du temps. Et puis, je me sens tellement stupide d'avoir oublié mes affaires...
- Il faut dire qu'il était vraiment tard. Aujourd'hui, nous n'allons veiller aussi longtemps. Tu es d'accord ?

 

Au moment où j'ai hoché la tête, la bouilloire a commencé à siffler et il s'est levé pour finir de préparer le thé. Pendant son absence, j'ai formulé une dernière fois la question à laquelle je pensais depuis longtemps.

- Je voulais te demander une chose. Ça a rapport à l'heure de nos rendez-vous. Il y a comme une espèce de secret dans tes activités d'écriture. Est-ce que tu peux m'en dire davantage ?
- Hum... Roland Ivy n'existe pas. Tu le sais, son nom ne figure pas sur la boîte aux lettres. C'est un être virtuel, un avatar que je me suis inventé et qui prend en charge toutes les histoires qui me viennent à la tête depuis toujours. Dans la vraie vie, je suis extrêmement occupé. J'ai un métier prenant, une famille, des activités sociales diverses. A priori, pas de place pour ces histoires. Pour autant, je n'y peux rien, tout au long de ma journée, les situations que je vis, les lectures et les rencontres que je peux faire évoquent chez moi une espèce de vie parallèle, une multitude de vies pour être plus précis.
- Un peu comme quand on pense à autre chose que ce qu'on est en train de faire ?
- C'est tout à fait ça. Chez moi, c'est permanent et je dois avouer que c'est parfois un peu envahissant même si je crois que j'ai toujours réussi à composer avec. Je suis capable de mener plusieurs activités simultanément, de changer de casquette en permanence et ce depuis toujours.
- Alors pourquoi avoir décidé d'inventer Roland ?
- C'est la vie qui l'a décidé pour moi. Franchement, et je ne dis pas ça pour faire pleurer dans les chaumières, elle n'a pas été tendre avec moi. Même si j'ai cru longtemps que mon enfance terminée, elle me laisserait un peu tranquille, il n'en a rien été. En guise de long fleuve tranquille, ça a plutôt été un torrent tumultueux avec rapides et chutes vertigineuses à tous les coudes du fleuve. Souvent, j'ai cru que j'allais me fracasser dans le courant mais je suis toujours là. Au début, je griffonnais de trucs informes sur des cahiers d'écolier, comme s'il était possible d'échapper à mon quotidien en recourant à l'imaginaire. Puis un jour, alors que je vivais un drame, j'ai découvert, presque par hasard un atelier d'écriture sur internet. Je me suis pris au jeu et j'ai commencé à écrire des textes un peu plus construits à l'aide des propositions d'écriture qui étaient faites sur l'atelier. Alors, l'idée de Roland a peu à peu fait son chemin. Si je m'inventais un personnage qui pourrait être à la fois totalement moi et totalement un autre, il lui serait loisible de se substituer à moi pour me débarrasser de mes vies parallèles.
- Un peu comme dans second life ?
- En quelque sorte, un peu comme dans les jeux de rôle où on participe par l'intermédiaire d'un personnage qui a ses caractéristiques physiques, psychologiques ou autres. Tu me suis ?
- Oui, oui. Je me souviens d'un article où on racontait que certains joueurs étaient totalement perturbés par les mésaventures qui survenaient à leur personnage, leur avatar comme tu dis.
- C'est vrai. C'est tout simplement parce qu'ils n'arrivent pas à faire la différence entre leur propre vie et celle de leur avatar.
- Et tu ne crains pas de te perdre toi-même avec Roland ?
- Au contraire, je l'ai créé pour me décharger des histoires imaginaires qui risquaient à terme de créer des interférences dans ma vraie vie...
- Vu comme ça...

 

 

(à suivre)

 

 

 

Par Roland Ivy
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